⁢ii. L’hindouisme et les faits

Par contre, le même jour, Benoît XVI recevait aussi le nouvel ambassadeur d’Inde⁠[1] et, à cette occasion, le saint Père exprima sa « profonde préoccupation pour les chrétiens qui ont été victimes d’explosions de violence dans certaines régions »[2]. En effet, à suivre l’actualité des dernières années, on se demande comment il est possible de présenter l’hindouisme comme une religion pacifique et tolérante. En effet, depuis 1998, la minorité chrétienne d’Inde⁠[3] subit de plus en plus de persécutions.⁠[4] Ces persécutions qui se sont amplifiées à partir de 2008⁠[5] ont causé la mort de dizaines de chrétiens, le déplacement de dizaines de milliers d’autres, l’incendie de dizaines d’Églises, de temples protestants et de milliers de maisons de chrétiens.⁠[6] Les destructions et exactions diverses, les arrestations, les harcèlements physiques, les enlèvements, les viols, les attaques contre des écoles catholiques, les brutalités contre des prêtres, les perturbations des cérémonies religieuses, les conversions forcées furent tels en 2008 que la Cour suprême de l’Inde a ordonné au gouvernement de l’Orissa, région particulièrement troublée, de protéger les chrétiens sous peine d’être destitué.⁠[7] Le mouvement qui touche plusieurs États de l’Inde, s’est étendu également au Népal où un groupe hindouiste, Nepal Defence Army, a déclaré la guerre aux chrétiens.⁠[8]

Comment expliquer cette situation dans un pays qui a ou avait, notamment la réputation d’être un État tolérant, ouvert, non-violent, à l’image du héros de l’indépendance : Gandhi ?⁠[9]


1. Madame Chitra Narayanan.
2. Cf. Zenit.org, 29-5-2009.
3. Au total 25 millions de chrétiens (dont 18 millions de catholiques) vivent en Inde, soit 2,3 % d’une population qui, fin 2008, est à 82 % hindoue. Les sikhs sont estimés à 2%, les jaïns 0,8% et les bouddhistes 0,4%.
4. Il en est de même pour les musulmans (11%) dont les frères pakistanais persécutent les hindous et suscitent ainsi des représailles en Inde. « Cette communauté se sent persécutée, puisque ses membres sont considérés comme des citoyens de seconde classe. Pis, les extrémistes indiens commettent souvent des massacres qui restent presque toujours impunis contre leurs concitoyens musulmans. En 2002, entre 800 et 2000 habitants musulmans de l’État du Goujarat (ouest de l’Inde, aux confins avec le Pakistan) ont été massacrés par des extrémistes hindous. La police locale avait laissé faire et le gouvernement central du Goujarat, dirigé par Narendra Modi, avait été directement mis en cause par la Commission nationale des droits de l’homme. Récemment, le chef d’un monastère hindou avait été arrêté, car accusé d’avoir des liens avec l’attentat perpétré, le 29 septembre 2008, dans un marché proche de la mosquée de Malegaon, à 280 km, au nord de Bombay, causant la mort de 6 personnes et blessant 82 autres. L’un des exécutants de la série d’attaques qui a frappé, mercredi [26 novembre 2008], Bombay, a révélé à une télévision indienne qui l’a interviewé, que la principale revendication de son groupe consistait à exiger de mettre fin à la ‘’persécution pratiquée contre les musulmans indiens’’ » (BENALI Nacéra sur www.bladi-dz.com).
5. A tel point qu’ « à la suite des pressions exercées par le Parlement européen lors du sommet UE-Inde du 29 septembre 23008, la Commission européenne et le Conseil de l’Union européenne se sont saisis de la question de l’aggravation des persécutions religieuses à l’encontre des chrétiens en Inde » (Questions parlementaires, 20-10-2008 sur www.europarl.europa.eu).
6. « Le pays a été cruellement touché par une flambée de violences anti-chrétiennes depuis la mi-août , lorsqu’un prêtre carme a été sauvagement assassiné dans l’Andhra Pradesh. Cette vague de violences a enflammé le pays, faisant une vingtaine de morts et de nombreux blessés. Le 20 août, des affrontements entre chrétiens et hindous ont éclaté dans l’État d’Orissa, dans l’est du pays. 41 églises auraient été incendiées et près de 500 maisons de chrétiens détruites, selon le Père Babu Joseph, porte-parole de la conférence épiscopale d’Inde, pour qui ces violences sont sans précédent. Dans l’État du Madhya Pradesh, le 18 septembre, la cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul de Jabalpur a été incendiée, faisant suite à plusieurs actes de vandalisme dans les églises, ainsi que la profanation d’un tabernacle dans une église de l’État du Karnataka et l’agression de quatre Sœurs de Mère Teresa à Chhattisgarh. Depuis l’arrivée au pouvoir du Parti nationaliste hindou (BJP, Bharatiya Janata Party) dans certains États du pays, la situation devient extrêmement préoccupante pour les chrétiens qui subissent des violences désormais chroniques. Pour la seule année 2007, l’Association de défense des chrétiens, basée à New Delhi, a recensé 192 cas d’attaques contre des chrétiens. Et Noël dernier, dans l’Orissa, fut encore le théâtre de violences puisque cinq chrétiens furent tués et 200 églises catholiques ou temples protestants détruits » (www.aed-france.org). Outre l’Orissa, l’Andhra Pradesh, le Madhya Pradesh, cités, les États du Chhattisgarh, du Karnakata, du Kerala, du Jharkhand, du Maharashtra, et d’Uttarakhand connaissent aussi des violences semblables, contre les personnes, les bâtiments religieux et privés, les religieux et les religieuses. (Cf. Zenit 24-09-2008 et www.portesouvertes.fr « Au service des chrétiens persécutés »).
7. Zenit, 12-01-2009.
8. Le NDA a aussi revendiqué un attentat contre une mosquée mais ce sont les catholiques qui sont le plus visés. Après un attentat à la bombe dans l’Église de l’Assomption à Katmandou, le 25-5-2009, le NDA a déclaré le 29 mai : « Nous voulons que le million de chrétiens quitte le pays, sinon nous mettrons un million de bombes dans toutes les maisons où vivent des chrétiens et nous les ferons exploser ». Cette violence a été condamnée par le premier ministre communiste, par divers responsables hindous et musulmans et a provoqué l’organisation d’une grande manifestation pacifique, le 3 juin 2009, rassemblant 4000 protestants, 3000 catholiques, des hindous et des musulmans. Le NDA s’est constitué en 2006, année où le royaume hindou est devenu une république laïque qui reconnaît la liberté de religion. ( Zenit.org 25-05-2009 et 3-6-2009).
9. Nous suivrons, entre autres, la très intéressante analyse de ZANG Sylvie, Persécutions antichrétiennes en Inde, sur continentalnews.fr, 28-8-2008.
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