⁢ii. Aujourd’hui

La recherche du bien commun ou de la « vie bonne » pour reprendre l’expression d’Aristote n’a jamais cessé mais elle a été perturbée à l’époque contemporaine, en particulier, par l’obsession de la richesse matérielle, la volonté d’autonomie individuelle, le souci de la rapidité, de l’efficacité et de la sécurité à tout prix, le relativisme, le multiculturalisme.

On a cru que ces conditions assureraient une « vie bonne ». Ce fut une illusion. Ce chemin a conduit nos sociétés dans une crise sociale, politique, environnementale où lentement mais sûrement de plus en plus nombreux sont ceux qui redécouvrent en eux l’envie d’une « vie bonne » bâtie sur d’autres principes. C’est pour cela qu’Elena Lasida⁠[1] ne cesse de répéter que « la crise [est] une chance pour réinventer le lien ».⁠[2] En effet, « la relation aux autres » est une dimension importante de la « vie bonne », dimension oubliée et mise à mal. Nos contemporains rêvent de « réenchanter le monde »[3] mais n’est-ce pas simplement une autre formule pour dire l’espérance d’une « vie bonne », une vie où la relation retrouve ses sens : relation à l’autre, à la nature, à Dieu selon des modalités nouvelles ?


1. Née en 1959 en Uruguay. Docteur en sciences économiques et sociales. Professeur à l’Institut catholique de Paris, directeur du Master « Economie solidaire et logique de marché ». A été influencée, entre autres, par Juan Luis Segundo, jésuite urugayen ( 1925-1996), un des représentants de la théologie de la libération. Elle est l’auteur de Le goût de l’autre, déjà cité et de nombreux articles dont Le don fondateur du lien social, le cas de l’économie de marché in Transversalités, vol. 126, n° 2, 2013, pp. 23-35 ; Des biens communs au bien commun, Une lecture économique de la pensée sociale de l’Église, in Transversalités, vol. 131, n° 3, 2014, pp. 65-76.
2. Cf. , par exemple, ses interviews sur eglise.catholique.fr : Une chance historique pour redéfinir la vie bonne ; ou enseignement-catholique-fr/elena-lasida : Il faut prendre l’incertitude comme une promesse.
3. Voilà une expression très à la mode mais qui trouve des sens extrêmement divers. Pour bien la comprendre dans le sens où Elena Lasida l’emploie, il faut se rappeler l’analyse faite par le célèbre économiste et sociologue allemand WEBER Max (1864-1920) qui, à plusieurs reprises parle du désenchantement du monde (L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Plon/Pocket, 2010, p. 117 ; Le savant et le politique, La découverte/Poche, 2003, p. 83). Le monde moderne est désenchanté c’est-à-dire que suite à la sécularisation, à l’essor des sciences, de la technique, de la rationalisation capitaliste, la magie ou la religion ont perdu leur rôle central, ne peuvent plus enchanter le monde. Depuis lors, on ne compte plus les auteurs qui proposent des recettes pour réenchanter le monde par l’art, par la politique, l’astrologie, le symbolisme, l’architecture, le veganisme, la danse intuitive, les balades féériques, etc..
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