⁢i. Pacem in terris

Le pape Pie XII rêvait-il lorsqu’il croyait la paix possible alors que depuis la nuit des temps les hommes ne cessent de se battre ? Jean XXIII poursuivait-il le même rêve, la même utopie⁠[1], en publiant en 1963 l’encyclique Pacem in terris  ?⁠[2]

On peut se poser la question dans la mesure où, au moment où Jean XXIII écrit son encyclique, les deux « blocs » sont toujours face à face. En 1961, est construit le mur de Berlin et, en 1962, les deux superpuissances ont failli s’affronter lors de la crise de Cuba après l’installation sur l’île de missiles nucléaires soviétiques. Dans le tiers-monde, des guerres d’indépendance ont éclaté en Palestine, en Indonésie, en Algérie, en Indochine. Dans ces guerres, parfois, les deux blocs se heurtent par peuples interposés.

d’emblée on est frappé par une nouveauté

L’encyclique, s’adresse aux destinataires habituels mais aussi et c’est une première, à « tous les hommes de bonne volonté »[3]. Et ce n’est pas simplement une formule publicitaire car l’encyclique est écrite dans un style très accessible et limite à l’extrême les références théologiques. L’intention est donc claire de faire réfléchir et mobiliser tous les hommes quels que soient leur religion, leur philosophie. A ce point de vue, l’encyclique atteignit son objectif car l’accueil du monde entier fut chaleureux⁠[4].

De plus, dans les Directives pastorales, le Saint Père voulant réellement que tous les « hommes de bonne volonté » s’attellent à la tâche de la paix, aborde la question de la collaboration des catholiques avec les chrétiens séparés et les hommes qui vivent en dehors de toute foi chrétienne dans les domaines économique, social et politique. Certains y ont vu une permission voire une invitation à l’action commune avec les communistes prenant ainsi le « contrepied »[5], dit-on, de Divini redemptoris où Pie XI déclare que « le communisme est intrinsèquement pervers, et [que] l’on ne peut admettre sur aucun terrain la collaboration avec lui de la part de quiconque veut sauver la civilisation chrétienne. »[6]

Or, Pacem in terris, fidèle à toute la tradition de l’Église, invite à « distinguer l’erreur et ceux qui la commettent, même s’il s’agit d’hommes dont les idées fausses ou l’insuffisance des notions concernent la religion ou la morale » (156). Jean XXIII ajoute qu’ « on ne peut identifier des théories philosophiques sur la nature, l’origine et la finalité du monde et de l’homme, avec des mouvements historiques fondés dans un but économique, social, culturel ou politique, même si ces derniers ont dû leur origine et puisent encore leur inspiration dans ces théories. » (157) Les doctrines ne changent pas tandis que les mouvements évoluent.⁠[7] « Sophisme habile », dirent certains⁠[8], qui devait donner naissance à « une théologie de la libération », dirent d’autres⁠[9]. Ces critiques affirmées ou développées ont ceci de commun qu’elles négligent tout le contexte où s’inscrit le distinguo fait par le Pape⁠[10].

Si l’on prend la peine de lire les n° 154-160 et pas seulement les deux extraits cités, on se rend compte que les athées auxquels Jean XXIII fait allusion sont ceux « qui, guidés par les lumières de la raison, sont fidèles à la morale naturelle » (154) et que les mouvements visés sont ceux qui « sont d’accord avec les sains principes de la raison et répondent aux justes aspirations de la personne humaine » (157). Le Pape conclut qu’ « il peut arriver […] que certaines rencontres au plan des réalisations pratiques qui jusqu’ici avaient paru inopportunes ou stériles, puissent maintenant présenter des avantages réels ou en promettre pour l’avenir ». Mais ces collaborations éventuelles sont soumises à la vertu de « prudence » exercée par les catholiques « les plus influents du Corps social et les plus compétents dans le domaine dont il est question, pourvu que, fidèles aux principes du droit naturel, ils suivent la doctrine sociale de l’Église et obéissent aux directives des autorités ecclésiastiques ». La collaboration est donc très conditionnelle en ce qui concerne les hommes et les mouvements avec lesquels on envisage une action pratique et très restrictive aussi quant à la personnalité des catholiques qui voudraient s’y engager. A cela s’ajoute encore la méfiance exprimée par le Souverain Pontife vis-à-vis de toute réforme aux « allures quasiment révolutionnaires » (159) et que « les institutions humaines […] ne peuvent être améliorées qu’à condition qu’on agisse sur elles de l’intérieur et de façon progressive »[11]. Et de citer Pie XII : « Ce n’est pas la révolution, mais une évolution harmonieuse qui apportera le salut et la justice. L’œuvre de la violence a toujours consisté à abattre, jamais à construire ; à exaspérer les passions, jamais à les apaiser. Génératrice de haine et de désastre, au lieu de réunir fraternellement, elle jette hommes et partis dans la dure nécessité de reconstruire lentement, après de douloureuses épreuves, sur les ruines amoncelées par la discorde. » (160). 

Ensuite, on est frappé par l’optimisme qui imprègne tout le document. Optimisme délibéré : « En ouvrant le concile, Jean XXIII avant annoncé son « complet désaccord avec les prophètes de malheur qui annoncent des catastrophes comme si le monde était près de sa fin », et invitait à reconnaître dans le cours des événements « les desseins mystérieux de la providence divine ». »[12]

Et, effectivement, tout au long de l’encyclique, dans chacune des quatre premières parties, le Saint Père retient comme « signes des temps » toute une série d’éléments prometteurs pour l’avenir : « la promotion économique et sociale des classes laborieuses » (42), « l’entrée de la femme dans la vie publique » (43), la constitution de « communautés politiques indépendantes » (44), une conscience plus vive chez les hommes de leur dignité, de leurs droits et devoirs (46), une plus grande ouverture aux valeurs spirituelles et à Dieu (47). Ce sont des signes qui révèlent que le monde s’achemine vers une vaste communauté (46) d’autant plus que les hommes peuvent se référer à une « charte des droits fondamentaux » qui imprègne les constitutions et la vie politique (75-78). Les relations et les échanges de plus en plus intenses entre les peuples les rendent interdépendants et les persuadent chaque jour davantage que, malgré la course aux armements encore entretenue par la crainte, la négociation est le vrai moyen de régler les conflits et que le sens de l’unité du genre humain finira même par triompher l’amour sur la peur (123-126)⁠[13]. Enfin, l’existence de l’ONU et d’autres organismes intergouvernementaux, malgré quelques faiblesses et erreurs, est un pas important « vers l’établissement d’une organisation juridico-politique de la communauté mondiale » efficace (139-142). Ces « signes des temps » sont, souligne Mgr Minnerath, « une formulation inusitée » qui a été « interprétée à tort, comme une sorte de ralliement à la modernité ». En réalité, l’encyclique présente une « conception dynamique de l’ordre naturel. L’ordre naturel est donné en ce qu’il est inscrit dans les êtres. Mais il est aussi à réaliser. Il suppose la dimension du temps, le progrès des consciences et une volonté collective. »[14] Jean-Paul II saluera l’optimisme de Jean XXIII en écrivant : « Le pape Jean XXIII n’était pas d’accord avec ceux qui considéraient que la paix était impossible. […] Considérant le présent et l’avenir avec les yeux de la foi et de la raison, le bienheureux Jean XXIII a entrevu et interprété les impulsions profondes qui étaient déjà à l’œuvre dans l’histoire. Il savait que les choses ne sont pas toujours comme elles apparaissent en surface. Malgré les guerres et les menaces de guerres, il y a avait quelque chose d’autre à l’œuvre dans l’histoire humaine, quelque chose que le pape recueillit comme les débuts prometteurs d’une révolution spirituelle. »[15]

L’optimisme de Jean XXIII n’est autre que l’optimisme chrétien, l’optimisme de la foi. Nous l’avons déjà évoqué précédemment le reproche que l’ont fit à Jean XXIII de nourrir un « optimisme irrationnel » a été répété à propos du concile Vatican II⁠[16] et, plus particulièrement, de la constitution pastorale Gaudium et spes qui se greffe sur l’enseignement de Jean XXIII. Si l’on condamne cet optimisme⁠[17], c’est tout l’effort théologique que l’on condamne⁠[18], c’est l’enseignement pontifical contemporain que l’on refuse⁠[19] y compris le concile. Très précisément, récuser cet optimisme, c’est aussi récuser l’enseignement du pape Pie XII, lui qui dès les premiers jours de la guerre établissait les bases de la paix future alors que tout semblait perdu, à vue humaine.

Il est clair que, malgré son style nouveau, l’encyclique Pacem in terris est pétrie de tout ce que Pie XII a écrit sur la paix. En témoignent les 33 références explicites à son enseignement⁠[20]. On peut affirmer que cette encyclique est une opportune synthèse de ce que Pie XII a donné au monde à travers ses messages et radio-messages. Comme son prédécesseur, Jean XXIII insiste sur le respect des droits de l’homme, le souci du bien commun, la nécessité du désarmement et d’institutions internationales. Il s’inquiète du sort des minorités et des réfugiés. Comme Pie XII, il rappelle qu’il faut restaurer l’ordre voulu par Dieu sur la vérité, la justice, l’amour et la liberté, que la paix demande de la part des hommes le sens de leur fraternité à l’intérieur des nations comme dans les relations entre les États.

Sur cette base « classique », Jean XXIII poursuit la réflexion de son prédécesseur sur les conditions d’une paix durable. Partant de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, dont il reconnaît que certains points « ont soulevé des objections et fait l’objet de réserves justifiées » (141), il met en évidence les devoirs qui leur sont liés, conscient peut-être du danger qu’il y aurait à n’exalter que les droits (30-41). Il note aussi que ces droits « dérivent directement de notre dignité naturelle, et qui, pour cette raison, sont universels, inviolables et inaliénables » (142), conscient peut-être du danger de relativisation et soucieux d’en faire une référence acceptable par tous les hommes quels qu’ils soient.

Mais on n’a pas manqué de souligner que le texte, au contraire de la pensée classique, « semble poser une équivalence entre la notion de personne et de nature »[21] puisqu’il écrit que « les normes de la conduite des hommes […], il faut les chercher là où Dieu les a inscrites, à savoir dans la nature humaine » (6) et « tout être humain est une personne, c’est-à-dire une nature douée d’intelligence et de volonté libre. Par là même il est sujet de droits et de devoirs, découlant les uns les autres, ensemble et immédiatement de sa nature » (10). Cette présentation est devenue classique dans le Magistère contemporain mais « le passage d’une conception objective du droit naturel à une conception subjective est déjà présent chez Pie XII » note Mgr Minnerath.⁠[22]

Parmi les droits cités, il en est un qui suscita particulièrement des critiques, le droit « d’honorer Dieu suivant la juste règle de la conscience et de professer sa religion dans la vie privée et publique » (15). Cette phrase annonçait la prise de position du Concile sur la liberté religieuse mais non seulement Jean XXIII avait parlé juste avant, et la remarque est importante, de « la liberté dans la recherche de la vérité », il prenait aussi la peine de se référer à Lactance⁠[23] et à Léon XIII⁠[24]. Il aurait pu aussi convoquer Pie XI qui, face à l’État fasciste défendait « la liberté des consciences »[25] et Pie XII qui témoignait du « droit au culte de Dieu privé et public »[26]. Mais on n’aurait pas manqué de souligner les différences dans le langage : la liberté des consciences n’est pas la liberté de conscience et celle-ci ne se confond pas avec le droit au culte ni avec la liberté de religion, expression qui apparaîtra avec Paul VI.

Nous sommes en fait dans un mouvement de pensée qui est né avec Léon XIII confronté à des pouvoirs publics qui empêchent ou cherchent à empêcher que se développe, dans l’enseignement, l’économie, la vie sociale, la politique, un mode de vie conforme à l’idéal chrétien. Face donc à cette tentation totalitaire de l’État moderne, Léon XIII va réclamer le « droit de ». Ainsi, dans Libertas praestantissimum, si Léon XIII refuse que l’on interprète « la liberté de conscience » comme la possibilité de pouvoir « indifféremment, à son gré, rendre ou ne pas rendre un culte à Dieu », accepte « la liberté de conscience » « en ce sens que l’homme a dans l’État le droit de suivre, d’après la conscience de son devoir, la volonté de Dieu et d’accomplir ses préceptes sans que rien puisse l’en empêcher. »[27] Cette liberté est associée à la vérité, c’est pourquoi le chrétien à le « droit de » tandis qu’on ne parlera pas de droit pour le non-chrétien, voire pour le non-catholique mais de tolérance ?

Jean XXIII, nous l’avons vu, reconnaît d’abord que tout homme a droit « à la liberté dans la recherche de la vérité » avant de déclarer que « chacun a le droit d’honorer Dieu suivant la juste règle [l’adjectif a son importance] de la conscience et de professer sa religion dans la vie privée et publique ». Non seulement la conscience doit être respectée et Pie XII lui-même a justifié cette attitude⁠[28] mais il ne s’agit pas d’une conscience vagabonde mais une conscience qui cherche la vérité comme son premier devoir. C’est « une liberté orientée vers la vérité, et non un choix arbitraire », comme le souligne Mgr Minnerath⁠[29].

d’ailleurs, vérité et liberté font, avec la justice et l’amour, partie des quatre « piliers » sur lesquels repose, pour Jean XXIII comme pour Pie XII, une société « conforme à l’ordre moral naturel »[30] .

Comme Pie XII, Jean XXIII, face à la course aux armements nucléaires (111), rappelle que « la justice, la sagesse, le sens de l’humanité réclament […] qu’on arrête la course aux armements », qu’on en arrive à « la réduction parallèle et simultanée de l’armement existant » (112).

Comme Pie XII, Jean XXIII est bien conscient que la paix demande aussi l solidarité entre pays riches et pays pauvres dont l’indépendance doit être respectée ? (118-122).

Comme Pie XII insistant sur la nécessité d’une autorité mondiale pour servir la paix, Jean XXIII rappelle que le bien commun universel réclame une organisation politique adaptée : « C’est l’ordre moral lui-même qui exige la constitution d’une autorité publique de compétence universelle. » (134) Il ne s’agit pas de l’établissement d’un État mondial mais d’un pouvoir impartial constitué d’un commun accord et non par la force sur le principe d’une égalité juridique et morale (135), un pouvoir qui ait « comme objectif fondamental la reconnaissance, le respect, la défense et le développement des droits de la personne humaine » (136). Cette autorité universelle doit respecter comme toute autre autorité le principe de subsidiarité (137).

Comme on a pu le constater, toute l’encyclique est construite à partir de cette idée chère à Pie XII : le monde ne peut gagner la paix que s’il se construit sur l’ordre voulu par Dieu : l’ordre dans les êtres humains, l’ordre entre les êtres humains, l’ordre qui doit régner à l’intérieur de chaque communauté politique, l’ordre qui doit s’établir entre les communautés politiques, l’ordre enfin qui doit présider dans les rapports entre les individus, les communautés politiques et la communauté mondiale.

Jean XXIII nous offre ainsi un résumé de l’essentiel de la doctrine sociale de l’Église dont l’application serait un gage de paix. Et son rêve est de mobiliser aux côtés des chrétiens toutes les consciences dans cette perspective.


1. Certains ont parlé de « l’optimisme irrationnel » du « bon pape Jean » (Cf. TABARRO Carmine, Les 50 ans de l’encyclique « Pacem in terris », zenit.org, 23-24 avril 2013).
2. Les références renvoient à l’édition  Discours du pape et chronique romaine, n° 117-118, avril-mai 1963.
3. L’expression est empruntée à la traduction de Lc 2, 14 dans la Vulgate. La Bible de Jérusalem plus proche du texte grec traduit : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix aux hommes objets de sa complaisance » ; la TOB elle écrit : «  Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix pour ses bienaimés » et note une autre traduction : « sur terre, paix : pour les hommes, bienveillance. ».
4. Cf. La vie catholique illustrée, 24 avril 1963 qui publie les réactions positives, de la presse internationale, y compris de la presse communiste, de personnalités protestante ou juive. Pour mesurer l’influence politique de l’enseignement pontifical sur la paix, on peut lire le discours de l’homme d’État italien ANDRETTI Giulio (1919-2013) prononcé à Bergame en 1981 à l’occasion du centenaire de la naissance du futur Jean XXIII, in Pacem in terris et action politique, in 30Giorni, mai 2003. Andretti est un ancien dirigeant de la démocratie chrétienne, qui fut 21 fois ministre et 7 fois président du Conseil
5. In L’héritage de Jean XXIII : Jean-Paul II veut célébrer Pacem in terris, sur le site de la Maison Généralice FSSPX (Fraternité sacerdotale Saint Pie X).
6. Marmy, 179.
7. Dans QA, Pie XI notait l’évolution du socialisme et demandait que l’on distingue le socialisme qui « demeure vraiment socialiste » et celui qui serait « revenu de ses fausses doctrines ». (Cf. Marmy, n° 590-598).
8. L’héritage de Jean XXIII : Jean-Paul II veut célébrer Pacem in terris, op. cit..
9. Cf. AMERIO Romano, Iota unum, Etude des variations de l’Église catholique au XXe siècle, NEL, 1987, pp. 227-230.
10. Il en sera de même avec la déclaration Dignitatis humanae sur la liberté religieuse.
11. Commentant cette partie de l’encyclique, Mgr Roland Minnerath, archevêque de Dijon, fait remarquer que « ces formulations ont pu paraître extrêmement complaisantes pour les régimes totalitaires qui opprimaient alors une bonne partie de l’humanité. Rien ne laissait penser en 1963 que ces « mouvements historiques » étaient susceptibles d’évoluer et que vingt-cinq ans plus tard, ils disparaîtraient. Ce que l’on appelle l’Ostpolitik du Saint-Siège allait devoir se mesurer, sous le pontificat de Paul VI, avec la participation de l’archevêque Casaroli [1914-1998, attaché à la Secrétairerie d’État en 1961 puis Secrétaire d’État de 1979 à 1990], à des régimes décidés à faire disparaître le christianisme et l’Église. On peut donc mettre sur le compte de l’optimisme de Jean XXIII et de Mgr Pavan [a collaboré avec Jacques Maritain à la rédaction de cette encyclique comme à l’élaboration de plusieurs textes du Concile, cf. CHRISTIANSEN Drew, Un pape non violent dans une époque de terreur, in America, 2-9-2005, disponible sur le site du Ceras] l’idée prémonitoire que les régimes communistes finiraient par s’effondrer. » (Pacem in terris. Quid novi ? Académie pontificale des sciences sociales, 27 avril-1er mai 2012, sur le site ordosocialis.de)
12. Discours du 11 octobre 1962 cité par Mgr MINNERATH, op. cit.).
13. Jean XXIII a constaté que la crise de Cuba a pu être résolue pacifiquement et que la tension entre les blocs s’est relâchée. En témoignent le retrait des missiles nucléaires soviétiques de Cuba, le retrait de certains missiles nucléaires américains de Turquie et d’Italie, l’accord URSS-États-Unis stipulant que les États-Unis n’envahiront jamais Cuba sans provocation directe et la mise en place d’un téléphone rouge entre Moscou et Washington D.C. Mais il fut aussi acteur lors de cette crise : « Jean XXIII accepta de jouer un rôle d’arbitrage. Dans la nuit du 24 au 25 octobre , il rédigea un texte qui fut porté le lendemain matin aux ambassades soviétique et américaine à Rome. « Nous supplions tous les gouvernements, disait-il, de ne pas rester sourds au cri d’angoisse de l’humanité qui, de tous les points de la terre, monte vers le ciel : Paix ! Paix ! Accepter des pourparlers est une règle de sagesse. » Le lendemain, à Moscou, la Pravda publiait, en première page, l’appel du pape, et Krouchtchev proposa une négociation à Kennedy, qui acquiesça. » (TOULAT J., Le Pape contre la guerre du Golfe, Jean-Paul II censuré, O.E.I.L.n 1991, pp. 10-11).
14. Op. cit..
15. Message pour la XXXVIe Journée mondiale de la paix, 1er janvier 2003, n° 3.
16. Rappelons la belle mise au point de PAUL VI : « Un critère imprègne tout cet enseignement du Concile : l’optimisme. Oui, l’Église a regardé le monde un peu comme Dieu lui-même, après la création, a regardé son œuvre admirable et immense. Dieu, dit l’Écriture, vit que toutes les choses qu’il avait créées étaient bonnes. L’Église a voulu aujourd’hui considérer le monde dans toutes ses expressions, cosmiques, humaines, historiques, culturelles et sociales, etc., et elle a voulu considérer toutes choses avec une immense admiration, avec un grand respect, avec une sympathie maternelle, avec un amour généreux. Non pas que l’Église ait fermé les yeux sur les maux de l’homme, sur le péché qui est la ruine fondamentale, la mort, et aussi la misère, la faim, la souffrance, la discorde, la guerre, l’ignorance, la caducité de la vie et des choses et de l’homme, multiple et toujours menaçante. Non, elle n’a pas fermé les yeux sur ces maux, mais elle les a regardés avec un amour plus grand, comme le malheureux abandonné et à moitié mort sur la route de Jéricho. » (13 janvier 1966, in D.C. 20 février 1966).
17. Giulio Andretti déclara dans son discours de Bergame: « nous sentons flotter au-dessus de nous son optimisme rassurant, sa foi ancrée dans le Seul qui ne tremble ni ne trahit » (cf. Pacem in terris et action politique, op. cit.).
18. Le P. CHENU M.-D., dans son livre Pour une théologie du travail (Seuil, 1955) déclare : « Je ne récuse cependant pas l’optimisme qui, d’un bout à l’autre, a soutenu notre recherche et qui, peut-être, dans l’état de guerre froide où nous vivons, n’est pas sans quelque candeur. Cet optimisme, j’ose le couvrir du patronage du cardinal Suhard qui, dans sa fameuse lettre pastorale [Essor ou déclin de l’Église, 1947], diagnostique dans les conjonctures présentes « non les suites d’une catastrophe, mais les signes avant-coureurs d’un proche enfantement ». Le malaise présent, dit-il, ne procède ni d’une décadence du monde, ni même d’une « maladie » : c’est une crise de croissance. »
19. Au seuil du troisième millénaire, Jean-Paul II, comme Jean XXIII, s’attache aux « signes d’espérance », signes de l’action de l’Esprit dans le monde. Il cite : « dans le domaine civil, les progrès réalisés par la science, par la technique et surtout par la médecine au service de la vie humaine, un sens plus grand de responsabilité à l’égard de l’environnement, les efforts pour rétabli la paix et la justice partout où elles ont été violées, la volonté de réconciliation et de solidarité entre les différents peuples, en particulier dans les rapports complexes entre le Nord et le Sud du monde… ; dans le domaine ecclésial, une écoute plus attentive de la voix d e l’Esprit par l’accueil des charismes et la promotion du laïcat, le dévouement ardent à la cause de l’unité de tous les chrétiens, l’importance accordée au dialogue avec les religions et avec la culture contemporaine… » (Lettre apostolique Tertio millenio adveniente, 1994).
20. Contre 12 à Léon XIII, 7 à Pie XI et 1 à Benoît XV et 8 à Mater et magistra et autres textes de lui-même.
21. Mgr MINNERATH, op. cit..
22. Op. cit..
23. « Nous recevons l’existence pour rendre à Dieu, qui nous l’accorde, le juste hommage qui lui revient, pour le connaître lui seul et ne suivre que lui. Cette obligation de piété filiale nous enchaîne à Dieu et nous relie à lui, d’où son nom de religion » (Divinae Institutiones, lib. IV, c. 28, 2).
24. « Cette liberté véritable, réellement digne des enfants de Dieu qui sauvegarde comme il faut la noblesse de la personne humaine, prévaut contre toute violence et toute injuste tentative ; l’Église l’a toujours demandée, elle n’a jamais rien eu de plus cher. Constamment les apôtres ont revendiqué cette liberté-là, les apologistes l’ont justifiée dans leurs écrits, les martyrs en foule l’ont consacrée de leur sang. » (Encyclique Libertas praestantissimum, 1888).
25. Encyclique Non abbiamo bisogno, 49.
26. Message de Noël 1942. Dans son Discours à des juristes catholiques italiens, le 6 décembre 1953, Pie XII reprend la théorie développée par saint Thomas (IIa IIae qu. 10, a. 11) : l’erreur n’a pas de droits mais elle peut être tolérée pour éviter de plus grands maux.
27. In Marmy, 88.
28. Rappelons cette description offerte par PIE XII dans son Radio-message à l’occasion de la Journée de la famille, le 23 mars 1952 : « La conscience est comme le noyau le plus intime et secret de l’homme. C’est là qu’il se réfugie avec ses facultés spirituelles dans une solitude absolue : seul avec soi-même, ou mieux, seul avec Dieu - dont la voix se fait entendre à la conscience - et avec soi-même. C’est là qu’il se détermine pour le bien ou pour le mal ; c’est là qu’il choisit entre le chemin de la victoire ou de la défaite. Même s’il le voulait, l’homme ne réussirait jamais à s’en débarrasser ; avec elle, soit qu’elle l’approuve, soit qu’elle le condamne, il parcourra tout le chemin de la vie, et avec elle encore, témoin véridique et incorruptible, il se présentera au jugement de Dieu. La conscience est donc, pour prendre une image antique mais tout à fait juste, un αδυτον, un sanctuaire, sur le seuil duquel tout doit s’arrêter ; tous, même le père et la mère, lorsqu’il s’agit d’un enfant. Seul le prêtre t entre comme médecin des âmes et comme ministre du sacrement de la pénitence ; mais la conscience ne cesse pas pour autant d’être un sanctuaire jalousement gardé, dont Dieu lui-même veut que le secret soit préservé sous le sceau du plus sacré des silences. » Cette conscience-sanctuaire ne doit-elle pas être respectée chez tous les hommes ? Elle est le noyau le plus intime et secret de l’homme, dit le pape. Pas seulement du chrétien. L’importance de la conscience sur le plan religieux sera aussi rappelée à L’Église par l’expérience, la conversion et la réflexion du bienheureux cardinal Newman (Cf. GALLOIS Vincent, Église et conscience chez J.H. Newman, Commentaire de la lettre au duc de Norfolk, Artège, 2010). On peut aussi lire Mgr LEONARD A.-M., La conscience personnelle : dernier juge en matière morale ? in Pastoralia, juin 2012 ou revenir à saint THOMAS, Ia IIae q. 19, a.5.
29. Op. cit..
30. Mgr MINNERATH, op. cit.. Jean XXIII explique : « …une société n’est dument ordonnée, bienfaisante, respectueuse de la personne humaine, que si elle se fonde sur la vérité […]. Cela suppose que soient sincèrement reconnus les droits et les devoirs mutuels. Cette société doit, en outre, reposer sur la justice, c’est-à-dire sur le respect effectif de ces droits et sur l’accomplissement loyal de ces devoirs ; elle doit être vivifiée par l’amour, attitude d’âme qui fait éprouver à chacun comme siens les besoins d’autrui, lui fait partager ses propres biens et incite à un échange toujours plus intense dans le domaine des valeurs spirituelles. Cette société, enfin, doit se réaliser dans la liberté, c’est-à-dire de la façon qui convient à des êtres raisonnables, faits pour assumer la responsabilité de leurs actes. » (38).
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