⁢ii. L’Église ne serait-elle pas monarchiste ?

Beaucoup le pensent en fonction de la structure même de l’Église et pour des raisons historiques. qu’en est-il vraiment ?

L’Église a certes une structure hiérarchique comme l’a rappelé le concile Vatican II. Jésus-Christ « a mis saint Pierre à la tête des autres apôtres, instituant, dans sa personne, un principe et un fondement perpétuels et visibles d’unité de foi et de communion. Cette doctrine du primat du Pontife romain et de son infaillible magistère, quant à son institution, à sa perpétuité, à sa force et à sa conception, le saint Concile à nouveau le propose à tous les fidèles comme objet certain de foi »[1].

Il ne faut pas oublier que selon les théologiens, le mot « hiérarchie » « doit être pris au sens non pas simplement d’ordre immuable, mais de communication généreuse.

En particulier, on voit par là comment la hiérarchie des ministères, dans l’Église, n’est qu’une hiérarchie de services (…).

Si l’on garde présente à l’esprit cette conception, il apparaîtra que la hiérarchie, au sens traditionnel du mot, n’est pas simplement formée des chefs, c’est-à-dire des Evêques, dans l’Église, ni même des différents ministères étagés selon leurs ordres respectifs. Elle s’étend à tout le corps des fidèles, et elle n’y est point simplement un ordre statique de dignités et de fonctions, mais bien la communication de vie qui se fait des uns aux autres et la communauté dans cette vie à laquelle cette communication aboutit »[2].

Il faut savoir aussi que lorsque l’on parle de « monarchie pontificale », on évoque bien sûr ce « principe fondamental dans la constitution de l’Église catholique, d’après lequel l’autorité suprême y appartient au Souverain pontife ». Mais, comme le fait remarquer aussitôt le Père Bouyer⁠[3], « ce principe n’est nullement exclusif d’une autorité collégiale de l’épiscopat dans son ensemble (bien entendu en communion avec le Pape) »[4].

Enfin, et de toute façon, l’Église et la société civile sont des sociétés de natures fort différentes. Pour le chrétien, l’Église est, à la fois visible et spirituelle, habitée par l’Esprit, fondée par Jésus-Christ lui-même, Corps mystique et Epouse du Christ. On ne peut donc pas sans réflexion, transposer, tel quel, son modèle de constitution sur les sociétés civiles. L’inverse serait tout aussi faux.

Il est intéressant de constater que les auteurs chrétiens qui ont manifesté quelque prédilection pour la monarchie ont rarement, semble-t-il appuyé leur argumentation sur le modèle ecclésial. C’est notamment le cas pour les deux penseurs les plus souvent cités en la matière : Thomas d’Aquin et Bossuet.

Pour nous persuader que la monarchie est, en principe, le meilleur gouvernement, Thomas d’Aquin⁠[5] inspiré par Aristote, ne développe que des arguments rationnels et se réfère à l’expérience. Bossuet, lui, s’appuiera sur l’Écriture sainte et tout particulièrement sur l’Ancien Testament⁠[6].

C’est donc fort à la légère que l’on déduit de la structure particulière de l’Église une hypothétique préférence pour la monarchie.


1. Constitution dogmatique Lumen gentium (LG), 18. Tout le chapitre III consacré à la constitution hiérarchique de l’Église, a comme but d’expliquer précisément cette doctrine qui peut paraître désuète voire choquante à bien des contemporains qui oublient l’origine de cette société particulière qu’est l’Église.
2. BOUYER Louis, Dictionnaire théologique, Desclée, 1990.
3. Op. cit..
4. Code de Droit canon, 749, par. 2.
5. De Regno ad regem Cypri, Livre I, chapitre II. Thomas y développe 4 arguments : l’un est plus efficace que le multiple pour conserver l’unité de la paix qui est la fin de tout gouvernement ; si, pour bien gouverner, plusieurs doivent être unis, un seul gouvernera « mieux que plusieurs qui s’approchent seulement de ce qui est un » ; le gouvernement d’un seul est conforme à la nature puisque le cœur commande à tous les membres, la raison aux parties de l’âme, une seule abeille aux abeilles et Dieu à toutes choses ; enfin, l’expérience montre, et l’histoire d’Israël en témoigne notamment, que les meilleurs régimes ont été monarchiques.
6. Politique tirée des propres paroles de l’Écriture sainte, Droz, 1967.
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