⁢i. Les problèmes

On parle depuis longtemps d’une crise de la famille mais nous pouvons constater que même si la famille paraît malade à beaucoup d’observateurs, elle reste appréciée et est considérée comme nécessaire.

Dans les années septante, de forts courants d’idées l’ont mise en question. Il était de bon ton alors de dénoncer sa structure autoritaire ou ses hypocrisies. Certains rêvaient de la remplacer par des communautés plus larges, plus mouvantes, sans contraintes.

Vingt ans plus tard, la famille reste, dans les sondages, un bien précieux dont on rêve, que l’on veut défendre ou promouvoir. L’état de crise permanente des institutions politiques, les difficultés dans le monde du travail, l’insécurité générale ont fait de la famille, la valeur-refuge par excellence ce qui n’est peut-être pas sans conséquences perverses dans la mesure où la fonction essentielle de la famille n’est pas de rester un lieu de protection, un cocon où l’on se préserve de l’instabilité du monde et de l’incertitude du temps mais un point de départ, un « premier rivage »[1].

Dans le même temps, dans toute l’Europe occidentale et, sans doute, dans bien d’autres endroits du monde, on constate une baisse des mariages, une augmentation parallèle de l’âge auquel on se marie et des divorces⁠[2]. Les unions libres ou officielles sont fragiles et la fécondité chute à tellement que le remplacement des générations est compromis⁠[3].

Divers auteurs ont souligné, dans les mœurs, une évolution significative mais préoccupante au cours de la seconde moitié du XXe siècle. On a connu, après l’effondrement du modèle traditionnel de la famille nombreuse et la diffusion des moyens mécaniques ou chimiques de contraception, une époque qui a mis l’accent sur la qualité de l’enfant plus que sur la quantité. On a appelé cette période celle de l’enfant-roi, entouré, choyé, pourvu de tout le confort matériel et culturel possible. Progressivement, l’optique s’est encore rétrécie et c’est le couple qui s’est privilégié. A tel point, semble-t-il, que l’ arrivée d’un enfant peut être un élément détonateur⁠[4]. Il semble qu’aujourd’hui, l’évolution ait atteint son degré minimal dans la mesure où c’est désormais l’individu qui se privilégie. Le nombre de célibataires, avec ou sans enfants, est, en effet, en augmentation⁠[5]. Il ne s’agit pas nécessairement de solitaires convaincus ou victimes. Ainsi a-t-on vu apparaître, à la fin du 20e siècle, ce que l’on a appelé les CNC, c’est-à-dire les « Couples Non Cohabitants ». Chacun vit chez soi et les rencontres sont le fruit de rendez-vous⁠[6].


1. BOONEN-MOREAU Suzanne, La famille, dernier refuge ou premier rivage ? Savoir et Agir, 1978, p. 10.
2. Selon BARTIAUX Françoise, professeur de démographie à l’UCL, « le déclin du mariage est lié à l’émergence de valeurs plus centrées sur la qualité de la relation, sur le côté affectif des choses et non plus sur l’aspect formel de cette institution,. On peut également y ajouter un facteur tel que le travail des femmes qui les rend plus indépendantes de leur mari et leur permet de rompre sans rencontrer de problèmes économiques insurmontables. L’impact de la pilule ne peut être négligé même si une étude récente vient de montrer que le nombre d’aventures extraconjugales, contrairement à ce que l’on pourrait croire, ne s’est pas accru depuis le début de la révolution sexuelle ». (in La dernière heure, 17-9-1998, p. 12)
3. Cf. Déclaration du Conseil pontifical pour la famille, sur la chute de la fécondité dans le monde, OR, 15 mars 1998 ; DC, 21 juin 1998, n°2184, pp. 571-574.
4. Cf. BREUER Ruth (asbl Centre de consultations conjugales et familiales) : « Passer de 2 à 3, c’est très, très dur et certainement la première amorce de fissure dans l’entente » (in La Dernière heure, 17-9-1998, p. 12).
5. LECAILLON J.-D., La famille, source de prospérité, Régnier, 1995, p. 38.
6. Le phénomène a même fait l’objet d’un film documentaire : Toit sans toi de Marc Mopty. Le film a été présenté dans l’émission Lignes de vie sur France 2, le 20 septembre 1998.
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