⁢e. Du XVe siècle à la veille des révolutions

Pour l’essentiel, le statut du travail et du travailleur ne va pas beaucoup évoluer⁠[1]. Nous sommes toujours dans le cadre de la tripartition fonctionnelle qui s’est compliquée d’une bipartition économique et sociale suite à l’apparition d’une nouvelle classe : la bourgeoisie qui va de plus en plus s’imposer par sa puissance financière et sera, sans surprise, le moteur des révolutions qui lui donneront le surplus du pouvoir politique qui lui échappait encore.

On ne s’étonnera pas du langage employé par Richelieu dans son Testament politique[2] à propos de l’impôt⁠[3] : « Si les peuples étaient trop à leur aise, il serait impossible de les contenir dans les règles de leur devoir. S’ils étaient libres de tributs, ils penseraient l’être de l’obéissance. Il les faut comparer aux mulets qui, accoutumés à la charge, se gâtent par un long repos plus que par le travail ; mais, ainsi (de même que) ce travail doit être modéré et qu’il faut que la charge de ces animaux soit proportionnée à leurs forces, il en est de même des subsides à l’égard des peuples. S’ils n’étaient modérés lors même qu’ils seraient utiles au public, ils ne laisseraient pas d’être injustes…​ Ainsi qu’un prince ne peut être estimé bon s’il tire plus qu’il ne faut de ses sujets, les meilleurs ne sont pas toujours ceux qui ne lèvent jamais que ce qu’il faut ».

A propos du travail manuel ou mécanique, les avis continuent à différer. Si les ingénieurs le tiennent en grande estime⁠[4], par orgueil, esprit de profit ou désir de puissance⁠[5], il est, en général, de bon ton, dans la « bonne société », de le mépriser. Dans le Dictionnaire français de Richelet, en 1680⁠[6], on peut lire à la rubrique « mécanique » : « ce mot, en parlant de certains arts, signifie ce qui est opposé à libéral et honorable ; le sens en est bas, vilain et peu digne d’une personne honnête. »


1. Dans certaines branches, la situation sera moins bonne qu’au moyen-âge. C’est le cas pour les ouvriers du bâtiment qui eurent à l’époque un niveau de vie supérieur à celui de leurs confrères des XVIIe et XVIIIe siècles (cf. GIMPEL, op. cit., pp. 110-112).
2. Le cardinal de Richelieu (1585-1642) joua un rôle politique de premier plan sous le règne de Louis XIII. Son Testament politique (1642) est cité par LEFRANC Georges, in Histoire du travail et des travailleurs, Flammarion, 1957, pp. 168-169).
3. Cf. LEFRANC G., op. cit., p. 168: « Plus encore que des redevances héritées du régime seigneurial, le paysan français d’Ancien Régime est victime de la fiscalité royale ».
4. C’est le cas de Léonard de Vinci : « la science de la mécanique est, de toutes, la plus noble et la plus utile…​ » (In JACCARD, op. cit., p. 171).
5. Cf. JACCARD, op. cit., p. 178.
6. Cité in JACCARD, op. cit., p.182.
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