⁢v. Comment alors définir la violence ?

Comment la définir chez un être libre, fruit et désir d’amour, chez un être dont la liberté ne s’acquiert que dans l’amour ?

Habituellement, on définit la violence comme une « force qui perturbe ou détruit un ordre, une organisation, des règles ».⁠[1] E. Herr tient à préciser que la violence est « une manière destructrice de mettre en œuvre les forces à l’égard de divers « ordres », situations ou systèmes », ordres physique, psychique, social, culturel, spirituel. Mais il convient encore de distinguer la « violence légitime » et la « violence mauvaise » car tous les « ordres » ne se valent pas. Dès lors, la violence illégitime serait « l’atteinte à l’ordre dynamique de la réalisation de la liberté elle-même à partir et au travers de ses conditions ». Une atteinte à « la structure interne de croissance de notre liberté inséparablement unie à ses conditions d’existence et de déploiement » ou encore « une atteinte à l’unité complexe de nos libertés avec leurs conditions d’existence ».⁠[2] Etant entendu, si nous suivons l’analyse de Siewerth, que la condition d’existence essentielle est dans la sollicitation et l’accueil de la sollicitude.

Ces précisions sont indispensables car les mots peuvent être aussi ambigus que la violence. Ainsi, parler de violence comme « transgression » demande une mise au point. L’homme ne peut être ni croître que dans la liberté, c’est-à-dire dans une certaine rupture avec le biologique, le cosmique, tout ce qui s’impose à lui de l’extérieur sous peine d’auto-violence avons-nous dit. Mais il ne s’agit que d’une transgression par rapport à tout ce qui mettrait en péril l’ordre de la liberté. De même pour l’ordre de l’amour mêlé à celui de la liberté.

Quand on parle de la paix à la manière de saint Augustin, comme la « tranquillité de l’ordre »[3], s’agit-il du conformisme, de la soumission ? Certes non si l’on tient à respecter « la même dynamique d’une liberté personnelle articulée à ses conditions d’existence ».⁠[4]

Et cet ordre ne peut-il être défini comme l’ordre de l’amour qui, lorsqu’il manque, lorsqu’il est trahi ou blessé, risque de produire des actes violents⁠[5] ? C’est dire si la menace de la violence et de la guerre existera tant qu’il y aura des hommes…​

En attendant qu’ils soient saints.

Ou simplement sages ?

La raison peut-elle sauver de la violence ?


1. HERR E., op. cit., p. 133.
2. Id., p. 134.
3. « La paix du corps, c’est l’agencement harmonieux de ses parties (…) La paix de la cité, c’est la concorde bien ordonnée des citoyens dans le commandement et l’obéissance ; la paix de la cité céleste, c’est la communauté parfaitement ordonnée et parfaitement harmonieuse dans la jouissance de Dieu ; la paix de toutes choses, c’est la tranquillité de l’ordre. L’ordre, c’est la disposition des êtres égaux et inégaux, désignant à chacun la place qui lui convient ».(La Cité de Dieu, XIX, 13, 1).
4. HERR E., op. cit., p. 135. Toute cette analyse nous montre l’importance, dans ce problème de la violence comme dans les autres problèmes, d’une juste anthropologie.
5. On pourrait aussi de pencher sur l’œuvre d’Alfred Adler (1870-1937), ce psychothérapeute autrichien d’origine juive converti au protestantisme. Il fréquenta Freud avant de rompre avec lui. En effet, pour Adler, les pulsions sont moindres que la capacité naturelle à la liberté. Dans son livre L’enfant difficile (1930) traduit en français en 1949 (Payot) (disponible sur http://classiques.uqac/classiques), l’auteur étudie, entre autres, l’enfant gâté, le menteur, le voleur, l’enfant détesté, l’ambitieux, l’énurétique (incontinent). Si chaque cas est différent, « tous présentent les visibles défauts d’une invisible structure de leur personnalité dont le trait essentiel est l’insuffisant développement du sentiment social » (Préface du Dr Herbert Schaffer, traducteur, p. 8) « Et c’est dans la personne de sa mère que l’enfant réalise sa première expérience d’une relation sociale. L’enfant s’intéresse d‘abord à sa mère, c’est son premier pas vers l’intérêt qu’il portera plus tard aux autres. Cette première expérience est très significative pour l’enfant. La façon dont il fait l’expérience de sa mère est capitale pour l’enfant. » De même, par la suite, les éducatrices guideront les enfants « afin de leur donner la possibilité de trouver des relations avec autrui. Ce rapport « Toi à moi » joue un rôle capital dans toutes les facultés importantes de l’individu. » Dans l’apprentissage du langage, par exemple. La mère « durant les premières années de l’éducation de son enfant (…) doit aiguiller l’intérêt naissant du petit vers autrui et elle ne doit pas l’arrêter et le fixer à elle. » (pp. 198-199).
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