⁢i. Vive la violence ?

Le bon-sens nous amène peut-être à considérer que si la punition parentale est justifiable en principe et que l’usage de la force est légitime quand elle est exercée par une autorité légitime, la police par exemple, il n’en reste pas moins que pour la plupart des gens, apparemment du moins, la violence, elle, dans toutes ses formes, est illégitime. Pourquoi ? Parce qu’elle inflige à l’individu ou à une communauté un tort physique, psychologique ou économique. Et une agression personnelle ou collective, avec ou sans moyens sophistiqués, contre le corps ou les biens produit aussi un tort psychologique ou spirituel ou social. On peut dire, en une formule lapidaire, que la violence est une « négation de l’homme par l’homme »[1].

Toutefois, si beaucoup d’entre nous jugent la violence destructrice, mortifère, elle n’a jamais, semble-t-il, manqué d’adeptes, il suffit d’ouvrir le journal d’aujourd’hui, ni de chantres. A tel point qu’on peut se demander même si les hommes souhaitent vraiment la paix ! Le célèbre polémologue Gaston Bouthoul⁠[2] s’interroge : « Si les hommes, les nations et les États se montrent si rétifs à encourager l’étude scientifique des guerres (il n’existe nulle part un Institut des guerres qui ne coûterait pourtant que le prix d’un tank moyen ou d’une paire d’avions de chasse), serait-ce qu’obscurément ils redoutent de voir disparaître leur fête la plus enivrante et leur ultime recours ? »[3]

Alors que les animaux, à l’exception peut-être des termites et des fourmis⁠[4], ne connaissent pas la guerre, beaucoup de sociétés primitives l’ont connue et l’ont intégrée dans les rites sociaux : les jeunes gens sont formés pour la guerre, ils n’entrent dans le cercle des adultes qu’après une dure initiation guerrière, parfois, ils ne peuvent prendre femme qu’après avoir tué un homme, etc.

Dans de nombreuses religions primitives, la guerre a sa divinité: Astarté en Phénicie et en Égypte, Tanit à Carthage, Indra en Inde, Thor, Tyr et les Walkyries dans la mythologie nordique, Arès et Mars chez les Grecs et les Romains, Huitzilopochtli chez les Aztèques, Skanda au Sri-Lanka, etc..⁠[5]

La littérature de tous les pays est parsemée de louanges pour des héros ou des faits de guerre. Les livres d’histoire ne sont pas en reste non plus.

qu’on songe à la littérature épique, aux héros de l’Iliade, à Achille particulièrement, à Roland⁠[6], au puissant guerrier Siegfried, dans la légende des Nibelungen, qui hanta les esprits du XIIIe siècle jusqu’à Richard Wagner et Fritz Lang. On pense à Bertrand de Born⁠[7] le seigneur troubadour qui chante les joies de la guerre dans des poèmes considérés comme des oeuvres majeures de la poésie occitane.⁠[8] On se rappelle le Cid⁠[9] qui hanta l’esprit de Corneille, comme Vercingétorix celui d’Honoré d’Urfé ou Cyrus qui, après avoir enchanté Hérodote, réapparaît sous la plume de Madeleine de Scudéry. Bossuet est fasciné par Condé qu’il compare à Alexandre le Grand⁠[10] et décrit avec lyrisme, dans son Oraison funèbre⁠[11], la bataille de Rocroi⁠[12]. Boileau, à l’instar de nombreux écrivains qui ont célébré les victoires des princes dont ils espéraient ou recevaient bénéfices, écrit un méchant poème pour célébrer lourdement la prise de Namur par les troupes de Louis XIV.⁠[13] Racine, de même, fera l’éloge de la guerre de Hollande.⁠[14]

Il semble que le philosophe Kant ait vu clair lorsqu’il écrivit que la guerre « paraît greffée sur la nature humaine, et même passer pour un acte noble auquel l’homme est poussé par le sentiment de l’honneur et non par des mobiles intéressés ; c’est ainsi que la valeur guerrière est estimée (aussi bien par les sauvages d’Amérique que par ceux d’Europe au temps de la chevalerie) comme ayant une haute valeur immédiate non seulement quand il y a une guerre (comme de juste), mais encore afin qu’il y ait guerre ; on l’entreprend donc souvent uniquement pour faire preuve de ce courage ; on confère ainsi à la guerre en elle-même une sorte de dignité intérieure, et des philosophes même en font l’éloge comme d’un moyen pour ennoblir l’humanité[15], sans songer à la parole du Grec : « La guerre est néfaste en ce qu’elle fait plus de mauvaises gens qu’elle n’en extirpe. ». »[16]

A l’opposé du classicisme, Diderot défendra l’idée très déterministe que le génie ne peut s’exprimer qu’à partir du désordre et de la violence⁠[17].

La littérature romantique semble lui donner raison et s’inscrit, en tout cas, dans cette esthétique où Victor Hugo s’illustrera insérant en même temps une dimension idéologique dans l’exaltation de la guerre. C’est en effet la Liberté qui mène l’armée révolutionnaire de 1794-1795 contre les « tyrans » européens ligués.⁠[18] La mémoire du conquérant Napoléon est perpétuée avec grandiloquence au Panthéon de Paris.⁠[19]

Même un hymne national comme La marseillaise peut paraître suspect à un esprit tolérant et pacifique.⁠[20]

Bien des vers de Guillaume Apollinaire⁠[21] donnent de la poésie à l’horreur de la guerre.⁠[22]

Depuis le XVIIIe siècle, la raison apporte son concours à l’éloge. Le marquis de Sade, dans La philosophie dans le boudoir, considère que la violence, comme le sexe et l’égoïsme sont non seulement des manifestations naturelles mais aussi des manifestations de la nature de l’homme. Le propos de Sade, dans son ensemble, vise à contester et détruire la religion, la morale, et finalement tout l’ordre établi. A sa suite, nombreux sont les auteurs qui verront, dans la violence, le seul moyen d’en finir avec l’oppression réelle ou dénoncée comme telle. On songe à tous ces mouvements anarchistes et révolutionnaires qui, depuis le XIXe siècle, ne cessent de se manifester dans l’actualité⁠[23], on songe au terrorisme et à ses justifications sociales, politiques et même religieuses.⁠[24]

Nombreux sont les analystes qui ont montré le lien intime entre la violence et les idéologies d’extrême-droite ou d’extrême-gauche.

Mussolini déclare que le fascisme « ne croit ni à la possibilité ni à l’utilité de la pais perpétuelle. Il repousse le pacifisme, qui cache une fuite devant la lutte et une lâcheté devant le sacrifice. La guerre seule, porte au maximum de tension toutes les énergies humaines et imprime une marque de noblesse aux peuples qui ont le courage de l’affronter. »[25]

Dans le même esprit, l’écrivain H. de Montherlant exalte « une morale de guerrier »[26]. Il souhaitait que les garçons français pratiquent le boxe : « parce qu’elle tend à développer l’agressivité » (Le Solstice de juin). Il porte aussi un jugement révélateur sur l’humanité : « On quitte le comptoir et on va à la machine à sous, où l’on reste un quart d’heure. On retourne boire au comptoir et on revient à la machine à sous. De la machine à sous on retourne boire au comptoir et on revient, etc. Comme je déjeune dans la salle d’à côté, je peux compter ce que cela dure : cela dure une heure. On a de trente à trente-cinq ans. Ne dites pas que c’est de l’humanité, c’est de l’ordure humaine.

Puis il y a un éclatement. La guerre. La révolution. Des types tombent dans une crevasse. Un type qui se jette dans la Seine. L’homme éclate hors de l’ordure humaine, jaillit comme une fleur, brillant de courage et de sacrifice, digne d’être admiré, respecté, aimé. Cela dure un instant. Puis se flétrit pour toujours, redevient de l’ordure humaine » (Va jouer avec cette poussière). Plus simplement, il dira que: « L’ennui naquit un jour de l’uniforme ôté », que « Les deux meilleures façons de sortir de ce monde sont d’être tué ou de se tuer ».

On retrouve dans ces lignes l’influence de Sénèque écrivant : « Vivre est le fait d’un guerrier ».

Ou encore celle de Nietzsche : « C’est en vain une rêverie de belles âmes que d’attendre encore beaucoup de l’humanité (à plus forte raison beaucoup) si elle a désappris à faire la guerre. (…) Une telle humanité hautement cultivée et par là nécessairement épuisée, comme l’Europe actuelle, na pas besoin seulement de la guerre mais encore de grandes et terribles guerres -c’est-à-dire par moments d’un retour à la barbarie- pour ne pas au moyen de la civilisation perdre sa civilisation et sa propre existence. » « En attendant nous ne connaissons pas d’autre moyen qui puisse rendre aux peuples fatigués cette rude énergie du champ de bataille, cette profonde haine impersonnelle, ce sang-froid dans le meurtre uni à une bonne conscience, cette ardeur commune organisatrice dans l’anéantissement de l’ennemi…​que ne fait n’importe quelle grande guerre. »[27]

Par ailleurs, comme on le sait, la lutte des classes n’est pas, selon Marx lui-même, une idée personnelle, mais « une réalité historique, dont d’ailleurs se satisfait parfaitement la bourgeoisie, lorsqu’elle possède la force et le pouvoir. »[28]

On sait aussi que Lénine emploiera volontiers des métaphores militaires. « Le prolétariat est ou devient une armée. Le Parti marxiste (bolchevik) représente un « détachement » de cette armée, son « avant-garde », qui précède le gros des troupes et que ces troupes doivent suivre. »[29] Mais, se demande le marxiste H. Lefebvre, « s’agit-il seulement de métaphores ? Non. La question centrale de la révolution politique étant celle du pouvoir, se pose en termes militaires. Il s’agit d’une guerre. Et si le prolétariat, si les révolutionnaires l’oublient, le pouvoir existant -avec sa police et son armée- se charge de leur rafraîchir la mémoire. Il s’agit d’une guerre, dont l’insurrection, la guerre civile et les complications qui s’ensuivent (à l’échelle internationale notamment) ne sont que les épisodes aigus et les plus sanglants. »[30] Ainsi, écrira Lénine, « la révolution sera une succession rapide d’explosions plus ou moins violentes, alternant avec des phases d’accalmie plus ou moins profonde. »[31] « En d’autres termes, commente H. Lefebvre, la lutte des classes se présente comme une guerre, où la violence latente et atténuée alterne avec la violence ouverte. »[32]

Influencé par Marx⁠[33] et Proudhon⁠[34], Georges Sorel⁠[35] rassemble en 1906 sous le titre Réflexions sur la violence, une série d’articles publiés dans la presse socialiste où il défend le principe du syndicalisme révolutionnaire dont l’arme sera la grève générale. En 1908, tout en ne partageant pas l’admiration qu’avait Jaurès pour la « haine créatrice », il n’hésite pas à déclarer que « le socialisme ne saurait subsister sans une apologie de la violence ». Toutefois, précise-t-il, « la guerre sociale, en faisant appel à l’honneur qui se développe si naturellement dans toute armée organisée, peut éliminer les vilains sentiments contre lesquels serait demeurée impuissante. »[36] Sa critique de la démocratie attirera les extrémistes d’Action française et influencera Mussolini qui le reconnaîtra comme un de ses maîtres penseurs.

Aujourd’hui, Ernesto Che Guevara est devenu une idole. Tee-shirts, posters, films et chansons le célèbrent encore⁠[37] comme un héros des temps modernes, libérateur des opprimés. Le halo romantique qui entoure le personnage que d’aucuns ont appelé « le Jésus de la révolution »[38], devrait se dissiper à lire cet éloge de la haine : « La haine comme facteur de lutte, la haine inflexible en face de l’ennemi pousse l’homme à dépasser les frontières naturelles et le transforme en une machine à tuer efficace, puissante, sélective et froide. Nos soldats doivent être ainsi. Un peuple sans haine ne peut venir à bout d’un ennemi brutal. »[39] « Nous ne devons pas craindre la violence, sage-femme de la nouvelle société »[40] ni « la haine efficace qui fait de l’homme une efficace, violente, sélective et froide machine à tuer »[41].

Même dans le socialisme « démocratique », on trouve l’écho de cette « philosophie ». En 1877, César de Paepe⁠[42] déclarait : « en faisant usage des droits constitutionnels et des moyens légaux mis à notre disposition, nous ne prétendons nullement répudier à jamais les moyens révolutionnaires et renier (le) droit à l’insurrection (…). Lorsqu’on persiste, malgré toutes ses réclamations et ses protestations, à refuser au peuple le redressement de ces griefs légitimes, le peuple n’a d’autre recours qu’en ce droit ; et nous savons, par l’histoire, que la révolution est souvent la raison suprême du peuple comme le canon est la raison suprême des rois. »[43]

Dans les milieux chrétiens, nous l’avons vu, l’idéologie marxiste a laissé des traces.

A partir de 1950 se sont constituées des théologies de la libération, en Amérique latine principalement, dont certaines ont cédé à la tentation révolutionnaire violente. A cette époque, « certains théologiens ne voient (…) pas comment on pourrait faire l’économie d’une révolution violente pour mener à bien le projet libérateur. » Ainsi, au Salvador, Ignacio Ellacuria examine « le « caractère politique de la mission de Jésus » avant d’envisager une « rédemption de la violence ». » ⁠[44] Et même le Président de la Conférence de l’Episcopat latino-américain, Mgr Larrain, déclare que « si les masses misérables d’Amérique latine ne voient pas de solution à leurs problèmes, elles exerceront un droit légitime en recourant à la violence. »[45]

En Europe, les débats théologiques qui ont influencé les théologiens sud-américains et qui insistent « sur le fait que toute réflexion théologique est située et conditionnée »[46], en arrivent à se poser la question de la révolution et de la violence. Après avoir souligné que « la non-violence reste une violence », un théologien précise que « croyant ou non[47], tout homme a les mêmes raisons d’adopter ou de rejeter la non-violence comme technique : c’est affaire de rationalité scientifique. Comme d’autre part tout, croyant ou non, a les mêmes raisons de tenir l’exigence utopique de non-violence, du moment qu’il est révolutionnaire, privilégier la non-violence, en la liant d’une façon quelconque à la foi chrétienne, nous paraît être une mauvaise position du problème, qui ne peut qu’ajouter à la confusion. Il semble bien du reste que Jésus, dans les limites de sa mission, ait vécu l’amour (support anthropologique de la foi) aussi bien par la violence (les vendeurs du Temple, les anathèmes) que par la non-violence (tendez l’autre joue). Le vrai révolutionnaire, croyant ou pas, alors même qu’il use techniquement de la violence (lorsqu’elle lui paraît le moyen adéquat), reste en tension utopique de non-violence. (…) Le seul problème est donc de ne jamais lâcher l’utopie, de telle sorte que l’action violente (et elle l’est toujours, même quand on la dit non-violente) soit pratique réelle (et non illusoire) de l’amour. »[48]

Plus radicalement, en 1975, rappelons-nous ce fait ahurissant, la Jeunesse rurale catholique belge, à la suite du Mouvement rural de la jeunesse chrétienne de France, choisissait la ligne marxiste-léniniste et déclarait sans ambages : « Les chefs syndicaux, les dirigeants réformistes, le P.C.B. prétendent arriver à la société socialiste sans user de violence, par la voie pacifique électorale. Mais ils trompent ainsi lourdement la classe ouvrière, la petite paysannerie (…). Il n’est pas d’autre passage pour arriver (au socialisme) que celui de la révolution socialiste violente (…) ».⁠[49]

Même en dehors de toute idéologie, la violence peut fasciner et trouver des justifications. Ainsi, le grand écrivain allemand Ernst Jünger⁠[50] écrit en 1922: La guerre comme expérience intérieure. Livre ambigu où il distingue le « pacifisme idéaliste estimable » du « pacifisme peureux décadent ». Il fait l’éloge d’une « brutalité naturalisée » où la guerre apparaît comme « une loi de la nature », « le moyen de lutte pour la survie des civilisations et le maintien du lien national ». Cet anti-nazi notoire converti au catholicisme, écrira, en 1943: « Pour mériter la paix, il ne suffit pas de ne pas désirer la guerre. La véritable paix suppose un courage qui dépasse celui de la guerre : elle est activité créatrice, énergie spirituelle ».⁠[51] Dans le monde de la violence, et dès l’origine, le terrorisme, sous toutes ses formes, et à certains égards, est peut-être pire que la guerre. Comme le montre Guy Haarscher, il inverse les positions du bourreau et de la victime⁠[52]. Déjà Camus avait remarqué que « les camps d’esclaves sous la bannière de la liberté, les massacres justifiés par l’amour de l’homme ou le goût de la surhumanité, désemparent, en un sens, le jugement. Le jour où le crime se pare des dépouilles de l’innocence, par un curieux renversement qui est propre à notre temps, c’est l’innocence qui est sommée de fournir ses justifications. »⁠[53] Telle est « la logique du terroriste: quand il tue des innocents, il arrive toujours à nier cette réalité insoutenable en la déplaçant sur le plan d’un combat plus large, et bien entendu pour lui légitime, contre le Mal. »[54] Ainsi Ben Laden⁠[55] dans son action terroriste contre les États-Unis s’en prend à l’impérialisme américain responsable des misères du monde arabo-musulman. Par là, il se pose en défenseur de tous les opprimés et devient un héros. Toutes les victimes sont complices et donc coupables. Elles n’avaient pas à se trouver sur le territoire de l’Empire du Mal.⁠[56]

Ajoutons encore à ce rapide panorama que le spectacle de la violence est apprécié et, apparemment, de plus en plus apprécié. Certes, jadis, les hommes ont pris plaisir aux jeux du cirque ou ont assisté en masse à des condamnations à mort mais alors que tout l’effort de la civilisation été de bannir de tels scènes de la vie publique, les moyens de communications modernes ont pris le relais comme si l’homme avait absolument besoin de se repaître de tels « divertissements ». Une large part de la production cinématographique et des jeux video utilise le spectacle de la violence pour attirer la clientèle et se justifie par le fait qu’il ne s’agit que de fiction. Par contre, la télévision, à travers l’actualité, nous présente une violence réelle mais qu’elle censure en général. Ce qui n’est pas le cas actuellement sur Internet où de nombreux sites donnent à voir la violence réelle la plus crue dans son intégralité⁠[57]. Les principaux sites diffusant ce genre de video reçoivent en moyenne 200.000 visiteurs par jour et parfois jusqu’à 700.000 quand une « nouveauté » est proposée⁠[58]. Les téléphones portables permettent aujourd’hui à n’importe qui de filmer des agressions, des viols et de diffuser ensuite les images sur la « toile ». C’est le phénomène du « happy slapping ». Cette pratique, bien qu’elle soit considérée dans de nombreux pays comme un délit, se répand de plus en plus.


1. Thomas Breidenthal, in Lacoste.
2. 1896-1980. Juriste, économiste et sociologue de formation, il est le fondateur de la discipline qu’il appellera « polémologie », c’est-à-dire l’étude scientifique de la guerre et des formes d’agressivité organisées dans les sociétés. En effet, écrivait-il, « Si tu veux la paix, connais la guerre » (Le phénomène guerre, Petite bibliothèque Payot, 1962, p. 19.
3. In La guerre, PUF, 1953, p. 119.
4. Chez les animaux, écrit G. Bouthoul, « la guerre n’existe que là où se rencontrent trois phénomènes : la hiérarchie, le travail organisé et la propriété ». Mais les sociétés de fourmis et de termites se différencient des sociétés humaines dans la mesure où, chez ces insectes, la propriété privée est exclue, « la hiérarchie et la division du travail sont somatiques » et la durée de vie extrêmement brève. (Le phénomène guerre, op. cit., p. 53).
5. Notons que certaines de ces divinités sont associées aussi à l’amour et à la fertilité. Rappelons que Freud in Malaise dans la civilisation (1929) lie Eros et Thanatos, c’est-à-dire la pulsion de vie et la pulsion de mort. Thanatos, pulsion destructrice, est au service d’Eros puisqu’elle détruit autre chose que soi.
6. « Roland tire Durendal, sa bonne épée, toute nue. Il éperonne, et va frapper Chernuble. Il lui brise le heaume où brillent des escarboucles, tranche la coiffe avec le cuir du crâne, tranche la face entre les yeux, le haubert blanc aux mailles menues et tout le corps jusqu’à l’enfourchure. A travers la selle, qui est incrustée d’or, l’épée atteint le cheval. Il lui tranche l’échine sans chercher le joint, il abat le tout mort dans le pré, sur l’herbe drue. » (CIV). « Le comte Roland chevauche par le champ. Il tient Durendal, qui bien tranche et bien taille. Des Sarrazins il fait grand carnage. Si vous eussiez vu comme il jette le mort sur le mort, et le sang clair s’étaler par flaques ! » (CV). « La bataille est merveilleuse et pesante. Roland y frappe bien, et Olivier ; et l’archevêque y rend plus de mille coups et les douze pairs ne sont pas en reste, ni les Français, qui frappent tous ensemble. Par centaines et par milliers, les païens meurent. » (CX). (La chanson de Roland, XIIe s.).
7. 1140-1215. Il est piquant de se rappeler que Dante, dans sa Divine comédie, place Bertan de Born en enfer (Enfer, chant 28, v. 118-142):
   « Je vis réellement -il me semble encore voir-
   Un corps sans tête aller droit, tout ainsi
   Que les autres allaient en ce triste troupeau.
   Il tenait aux cheveux sa tête décollée,
   Sa main la balançait en guise de lanterne,
   Et il nous regardait, et il disait : « Oh ! Moi ! »
   De soi-même il servait à soi-même de lampe :
   Ils étaient deux en un ; il était un en deux.
   Comment cela se peut, seul le sait Qui le fit.
   Quand il fut juste au pied de notre pont,
   Il éleva d’un coup le bras avec la tête,
   Pour rapprocher de nous sa voix et ses paroles.
   « Vois, me dit-il, mon cruel châtiment,
   Toi qui, bien que vivant, viens visiter les morts :
   Vois s’il en est de plus grand que le mien.
   Mais, afin que de moi tu donnes des nouvelles,
   Sache donc que je suis Bertan de Born, celui
   Qui à son jeune Roi donna mauvais conseils.
   J’ai rendu et le père et le fils ennemis :
   Achitopel n’en fit pas plus entre Absalon
   Et son père David, par ses pointes perfides.
   Comme j’ai séparé deux êtres si unis,
   Je porte, hélas ! mon cerveau séparé
   De sa tige, qui est la moelle de ce tronc.
   Ainsi s’observe en moi la loi du talion. » »
8. Quelques extraits d’un de ses plus célèbres poèmes:
   « Bien me plaît le temps de Pâques qui fait naître feuilles et fleurs ;
   j’aime à entendre le ramage des oiseaux, quand ils font retentir leurs chants par le bocage ;
   il me plaît de voir dressés sur les prés tentes et pavillons
   et j’ai grande allégresse quand je vois rangés par la plaine chevaliers et chevaux armés.
   (…)
   Il me plaît quand les éclaireurs
   font s’enfuir les gens et leur bétail ;
   et il me plaît de voir leur courir sus force guerriers, tous ensemble.
   (…)
   Masses et épées, heaumes de couleur,
   écus fendre et se défaire
   verrons-nous au début du combat, et de nombreux vassaux frapper ensemble.
   C’est pourquoi erreront en désordre
   les chevaux des morts et des blessés.
   Et, une fois dans la mêlée,
   que chaque homme bien né
   ne pense qu’à tailler têtes et bras,
   car mieux vaut être mort que vivant et vaincu.
   (…)
   Je vous le dis : rien n’a pour moi saveur
   ni manger, ni boire ou dormir,
   autant que d’entendre crier : « A eux ! »
   Des deux côtés, et d’entendre hennir
   dans les sous-bois les chevaux démontés,
   et crier « A l’aide ! A l’aide ! »
   Et voir tomber dans les fossés
   humbles et grands sur l’herbe,
   et voir les morts qui, dans leurs flancs,
   ont des éclats de lances avec leurs fanions. »
9. « A grands cris les excite qui en bonne heure est né : « Frappez fort, chevaliers, pour l’amour du Sauveur ! Je suis le Cid Ruy Diaz dit le Campeador. » Tous frappent dans le rang où est Per Bermudez. Il y a trois cents lances, toutes ont leurs pennons ; chacune tue un maure, chacune d’un seul coup ; reviennent à la charge pour en tuer autant. Force lances auriez vues s’incliner, se lever, force hauberts percés et démaillés, force blancs pennons teintés d’un sang vermeil, force vaillants chevaux sans leurs maîtres errer. (…) Mon Cid (…) Ruy Diaz le Castillan, court à un alguazil qui montait bon cheval, de son bras droit lui donne un si beau coup d’épée, qu’il lui tranche le corps en deux par la ceinture. » (Poème du Cid, XIIe s.).
10. A l’encontre, Albert Camus écrit : « Nous avons préféré la puissance qui singe la grandeur, Alexandre d’abord et puis les conquérants romains que nos auteurs de manuels par une incomparable bassesse d’âme, nous apprennent à admirer. » (L’exil d’Hélène, 1948, in Noces suivi de L’été, Gallimard, Livre de poche, 1959, p. 141).
11. 10-3-1687.
12. 1643.
13. Poème de 1693. Le siège de Namur eut lieu du 25 mai au 5 juin 1692. Un petit extrait de cette ode pénible : « Namur, devant tes murailles, Mais qui fait enfler la Sambre ?
   Jadis la Grèce eût, vingt ans, Sous les Jumeaux effrayés,
   Sans fruit vu les funérailles Des froids torrents de décembre
   De ses plus fiers combattants. Les champs partout sont noyés.
   Quelle effroyable puissance Cérès s’enfuit éplorée
   Aujourd’hui pourtant s’avance, De voir en proie à Borée
   Prête à foudroyer tes monts ! Ses guérets d’épis chargés,
   Quel bruit, quel feu l’environne ! Et, sous les urnes fangeuses
   C’est Jupiter en personne Des Hyades orageuses,
   Ou c’est le vainqueur de Mons. Tous ses trésors submergés.
   N’en doute point, c’est lui-même ; Déployez toutes vos rages,
   Tout brille en lui, tout est roi. Princes, vents, peuples, frimas ;
   Dans Bruxelles Nassau blême Ramassez tous vos nuages ;
   Commence à trembler pour toi. Rassemblez tous vos soldats :
   En vain il voit le Batave, Malgré vous, Namur en poudre
   Désormais docile esclave, S’en va tomber sous la foudre
   Rangé sous ses étendards ; Qui dompta Lille, Courtrai,
   En vain au lion belgique Gand la superbe Espagnole,
   Il voit l’aigle germanique Saint-Omer, Besançon, Dôle,
   Uni sous les léopards…​ Ypres, Maastricht et Cambrai... »
14. Cf. SCHRÖDER Volker, Racine et l’éloge de la guerre de Hollande, in Dix-septième siècle, 50, 1, n° 198, 1998, pp. 113-136. V. Schröder est professeur à l’université de Princeton.
15. Kant songe-t-il à Spinoza ? On lit dans son Traité de l’autorité politique (V, §5)(1677): « Quelquefois, il arrive qu’une nation conserve la paix à la faveur seulement de l’apathie des sujets, menés comme du bétail et inaptes à s’assimiler quelque rôle que ce soit sinon celui d’esclave. Cependant, un pays de ce genre devrait plutôt porter le nom de désert que de nation ! »
16. KANT E., Projet de paix universelle, Vrin, 1947, p. 42.
17. « La poésie veut quelque chose d’énorme, de barbare et de sauvage. C’est lorsque la fureur de la guerre civile ou du fanatisme arme les hommes de poignards, et que le sang coule à grands flots sur la terre, que le laurier d’Apollon s’agite et verdit. Il en veut être arrosé. Il se flétrit dans les temps de la paix et du loisir. (…) Quand verra-t-on naître des poètes ? Ce sera après des temps de désastres et de grands malheurs, lorsque les peuples harassés commenceront à respirer. Alors les imaginations, ébranlées par des spectacles terribles, peindront des choses inconnues à ceux qui n’en ont pas été les témoins. » (De la poésie dramatique, 1758, ch. 18).
18. « O soldats de l’an deux ! Ô guerres ! Épopées
   Contre les rois tirant ensemble leurs épées,
   Prussiens, Autrichiens,
   Contre tous les Tyrs et toutes les Sodomes,
   Contre le czar du nord, contre ce chasseur d’homme
   Suivi de tous ses chiens,
   Contre toute l’Europe avec ses capitaines,
   Avec ses fantassins couvrant au loin les plaines,
   Avec ses cavaliers,
   Tout entière debout comme une hydre vivante,
   Ils chantaient, ils allaient, l’âme sans épouvante
   Et les pieds sans souliers ! » (Les châtiments, 1853, II, 7).
19. Jacques Bainville dans le dernier chapitre du livre consacré à Napoléon, intitulé très justement « La transfiguration », explique la gloire posthume de celui qu’il décrit en ces termes: « Eternel raisonneur, astronome militaire et politique, philosophe méprisant, despote assez oriental, mangeur d’hommes, on ne lui voit pas les dons qui transportent les cœurs. Les foules, il ne les aime pas. Il les craint. (…) Sauf pour la gloire, sauf pour l’ »art », il eût probablement mieux valu qu’il n’eût pas existé. Tout bien compté, son règne (…) se termine par un épouvantable échec. Son génie a prolongé, à grands frais, une partie perdue d’avance. Tant de victoires, de conquêtes (qu’il n’avait pas commencées), pourquoi ? Pour revenir en deçà du point d’où la République guerrière était partie, où Louis XVI avait laissé la France, pour abandonner les frontières naturelles, rangée au musée des doctrines mortes. Ce n’était pas la peine de tant s’agiter, à moins que ce ne fût pour léguer de belles peintures à l’histoire. Et l’ordre que Bonaparte a rétabli vaut-il le désordre qu’il a répandu en Europe, les forces qu’il y a soulevées et qui sont retombées sur les Français ? » (Napoléon, Livre de poche, 1969, pp. 490-491 et 496).
20. Sur le site carnetdecole.blog, on peut lire l’inquiétude de nombreux éducateurs à l’idée qu’à partir de 2005, il serait obligatoire de chanter La Marseillaise dans les écoles : « La marseillaise, par la violence et le fanatisme de ses paroles, est en parfaite opposition avec les valeurs de tolérance, de non-violence, de respect des autres, d’esprit critique (…) On ne peut accepter que, dans un monde où la guerre fait des ravages, chez nous, dans nos écoles, la guerre soit magnifiée (…). »
21. 1880-1918.
22. « O Guerre
   Multiplication de l’amour » (Oracles)
   « Feu d’artifice en acier
   qu’il est charmant cet éclairage
   Artifice d’artificier
   Mêler quelque grâce au courage » (Fête)
   « Le ciel est étoilé par les obus des Boches
   La forêt merveilleuse où je vis donne un bal
   La mitrailleuse joue un air à triple-croches » (La nuit d’avril 1915)
   « Que c’est beau ces fusées qui illuminent la nuit
   Elles montent sur leur propre cime et se penchent pour regarder
   Ce sont des dames qui dansent avec leurs regards pour yeux bras et coeurs (…)
   Que c’est beau toutes ces fusées
   Mais ce serait bien plus beau s’il y en avait plus encore » (Merveille de la guerre)
   « Ah Dieu ! Que la guerre est jolie
   Avec ses chants ses longs loisirs « ( L’adieu du cavalier)
   « O canons
   Douilles éclatantes des obus de 75
   Carillonnez pieusement » (Fusée)
23. Il n’est pas inutile de relire l’analyse d’A. Camus dans L’homme révolté. Il traque à travers l’histoire « la révolte, oublieuse de ses généreuses origines », la révolte qui doit être « amour et fécondité » et qui « préférant un homme abstrait à l’homme de chair (…) se laisse contaminer par le ressentiment, (…) nie la vie, court à la destruction et fait se lever la cohorte ricanante de ces petits rebelles, graine d’esclaves, qui finissent par s’offrir aujourd’hui, sur tous les marchés d’Europe, à n’importe quelle servitude. Elle n’est plus révolte ni révolution, mais rancune et tyrannie. » (Gallimard, Idées, 1969, p. 365).
24. A l’occasion de la guerre franco-allemande en 1870-1871, Bakounine fera l’éloge de la guerre civile et Marx verra l’occasion pour le prolétariat allemand de profiter de la centralisation opérée en Allemagne par l’État victorieux (Cf ANGAUT J.-C., Marx, Bakounine et la guerre franco-allemande, in Sens public, 25 février 2005, disponible sur www.sens-public.org). On se souvient de Frantz Fanon, ce psychiatre martiniquais qui a rejoint en 1957 le FLN et fait de la violence le remède contre le traumatisme causé par la violence coloniale : « la violence désintoxique, débarrasse le colonisé de son complexe d’infériorité, de ses attitudes contemplatives ou désespérées » (Les Damnés de la terre, Maspéro, 1961). Jean-Paul Sartre qui fit, par ailleurs la critique de la violence, soutiendra cette thèse en interpellant en ces termes les opprimés : « La violence, comme la lance d’Achille, peut cicatriser les blessures qu’elle a faites (…). C’est le dernier moment de la dialectique : vous condamnez cette guerre, mais vous n’osez pas encore vous déclarer solidaires des combattants algériens ; n’ayez crainte, comptez sur les colons et sur les mercenaires : ils vous feront sauter le pas. Peut-être, alors, le dos au mur, débriderez-vous enfin cette violence nouvelle que suscitent en vous de vieux forfaits recuits. Mais ceci, comme on dit, est une autre histoire. Celle de l’homme. Le temps s’approche, j’en suis sûr, où nous nous joindrons à ceux qui la font » (Situations V, Gallimard, 1964, pp. 192-193). (Cf. MATHIEU Anne, Jean-Paul Sartre et la guerre d’Algérie, in Le Monde diplomatique, novembre 2004, pp. 30-31). Il déclarera encore : « En ce premier temps de la révolte, il faut tuer: abattre un Européen c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre » (Préface du livre de F. Fanon, op. cit., p. 16). Le 6 mai 1968, lors des émeutes estudiantines, Sartre lance son fameux : « La violence est la seule chose qui reste ». Il devient directeur de La cause du peuple, de tendance maoïste. A la question de savoir s’il est partisan de la peine de mort politique, il répond : « Un régime révolutionnaire doit se débarrasser d’un certain nombre d’individus qui le menacent, et je ne vois pas là d’autre moyen que la mort. On peut toujours sortir d’une prison. Les révolutionnaires de 1793 n’ont probablement pas assez tué et ainsi inconsciemment servi un retour à l’ordre, puis la Restauration » « La révolution implique la violence (…) , il y a là une nécessité historique » (Actuel, février 1973, sur www.sartre.ch) . Après la mort des 11 sportifs israéliens tués à Munich en 1972, il écrit : « Dans cette guerre, la seule arme dont disposent les palestiniens est le terrorisme. C’est une arme terrible mais les opprimés pauvres n’en ont pas d’autre (…). Le principe du terrorisme, c’est qu’il faut tuer ». Cf. WORMSTER Gérard, Sartre adversaire de la non-violence ?, in Alternatives non-violentes, n° 139, juin 2006). En 1975, la Jeunesse rurale catholique qui se déclare marxiste-léniniste affirme qu’« il n’est d’autre passage pour arriver (au socialisme) que celui de la révolution socialiste violente » ( Rassemblement de la JOC, 27-28 septembre 1975, Ed. Verlinden, p. 3).
   Comme appel au soulèvement des peuples, José Carlos Rodriguez, écrit Eloge de la violence, in Le Fou, n° 8, octobre 1978. De nos jours, rien n’a changé : lors de la première guerre du Golfe, le journal L’Humanité (9-2-1991) reproche à l’ancien président Giscard d’Estaing, de faire « l’éloge de la guerre américaine ». Sur le site letogolais.com, on peut lire un appel au devoir de violence, « violence sous toutes ses formes (…) Pour que le Togo soit libre ». La revue Le Prolétaire, n° 479, novembre 2005-Février 2006, apporte son soutien inconditionnel à la violence des jeunes banlieusards, en France, et en fit le point de départ pour le combat de toute la classe ouvrière, un modèle à suivre. En janvier 2006, l’hebdomadaire haïtien Ticket (12-1-2006) dénonce les « carnavaleux » qui chantent l’éloge de la violence contre les femmes après l’assassinat d’une présentatrice de TV.
25. La doctrine du fascisme, Vallecchi Editore Firenze, 1937, pp. 28-29.
26. LECERF Emile, Montherlant et l’homme de guerre, in H. De Montherlant, Nouvelle Ecole, n° 20, septembre-octobre 1972. Toutes les citations qui suivent sont extraites de ce numéro consacré à l’écrivain. On pourrait aussi évoquer l’écrivain japonais Yukio Mishima (1925-1970).
27. Humain, trop humain, I, § 477, (1878), Gallimard 1968, pp. 261-262. On cite aussi très souvent cet extrait d’Ainsi parlait Zarathoustra (1883) : « La guerre et le courage ont fait plus de grandes choses que l’amour du prochain. » (De la guerre et des guerriers). Mais le texte est ambigu et a été certainement mal interprété par des auteurs nazis dans la mesure où Nietzsche, au début de cet article, parle des « guerriers de la Connaissance. »
28. LECOCQ P., Marxisme et violence, in BLANQUART P., BEINAERT L., DABEZIES P., DUMAS CASAMAYOR A. , LECOCQ P., A la recherche d’une théologie de la violence, Cerf, 1968, p. 105.
29. LEFEBVRE H., Pour connaître la pensée de Lénine, Bordas, 1957, p. 293.
30. Id..
31. Œuvres choisies, Moscou, 1948, t. 1, p. 319.
32. LEFEBVRE H., op. cit., p. 295. BUI TRONG Lucienne, Violence : les racines du mal, Ed. Du Relié, 2002, accuse l’idéologie marxiste de déboucher sur un éloge de la violence.
33. Comme on le sait, pour Marx et Engels, la guerre est un phénomène inséparable de la société de classes et tout particulièrement de la société capitaliste. Dans le Manifeste du parti communiste (1847) (Le monde en 10/18, 1966), ils écrivent : « Abolissez l’exploitation de l’homme par l’homme, et vous abolirez l’exploitation d’une nation par une autre nation.
   Avec l’antagonisme des classes à l’intérieur de la nation, tombe également l’hostilité des nations entre elles » (pp. 43-44). Toutefois, cette vision n’exclut pas la violence, en l’occurrence la guerre civile pour la destruction de la société de classes : « Si le prolétariat dans sa lutte contre la bourgeoisie, se constitue nécessairement en classe, s’il s’érige par une révolution en classe dominante et, comme classe dominante, détruit par la violence, l’ancien régime de production, il détruit, en même temps que ce régime de production, les conditions de l’antagonisme des classes, il détruit les classes en général et, par là même, sa propre domination en tant que classe » (p. 47). Lénine confirmera cette analyse en 1915 en pleine « grande guerre » : « Les socialistes ont toujours condamné les guerres entre les peuples comme une entreprise barbare et bestiale. Mais notre attitude à l’égard de la guerre est foncièrement différente de celle des pacifistes (partisans et propagandistes de la paix) bourgeois et anarchistes. Nous nous distinguons des premiers en ce sens que nous comprenons le lien inévitable qui rattache les guerres à la lutte des classes à l’intérieur du pays, que nous comprenons qu’il est impossible de supprimer les guerres sans supprimer les classes et sans instaurer le socialisme ; et aussi en ce sens que nous reconnaissons parfaitement la légitimité, le caractère progressiste et la nécessité des guerres civiles, c’est-à-dire de guerres de la classe opprimée contre celle qui l’opprime, des esclaves contre les propriétaires d’esclaves, des paysans serfs contre les seigneurs terriens, des ouvriers salariés contre la bourgeoisie. Nous autres, marxistes, différons des pacifistes aussi bien que des anarchistes en ce sens que nous reconnaissons la nécessité d’analyser historiquement (du point de vue du matérialisme dialectique de Marx) chaque guerre prise à part ». Et plus nettement encore : « Quiconque désire une paix solide et démocratique doit être partisan de la guerre civile contre les gouvernements et la bourgeoisie ». (LENINE, Le socialisme et la guerre, disponible sur www.trotsky.org).
34. Cf. La guerre et la paix, Recherches sur le principe et la constitution du droit des gens, Collection Hetzel, E. Dentu, 1861. Tout en condamnant sans ambigüité les pratiques barbares, pillages, exécutions sommaires, extermination de populations non combattantes, civiles, destructions systématiques d’infrastructures civiles, Proudhon considère que, soumise à des règles rigoureuses, « la guerre est divine, c’est-à-dire primordiale, essentielle à la vie, à la production même de l’homme et de la société. (…) Par elle se révèlent et s’expriment, aux premiers jours de l’histoire, nos facultés les plus élevées : religion, justice, poésie, beaux-arts, économie sociale, politique, gouvernement, noblesse bourgeoisie, royauté, propriété. Par elle, aux époques subséquentes, les mœurs se retrempent, les nations se régénèrent, les États s’équilibrent, le progrès se poursuit, la justice établit son empire, la liberté trouve ses garanties. (…) La paix elle-même, sans la guerre, ne se comprend pas ; elle n’a rien de positif et de vrai, elle est dépourvue de valeur et de signification : c’est UN NEANT. » (Pp. 25-26). Et Proudhon de s’écrier : « Philanthrope, vous parlez d’abolir la guerre ; prenez garde de dégrader le genre humain » (p. 39).
35. 1847-1922.
36. Réflexions sur la violence, Marcel Rivière, 1950, p. 435.
37. 1928-1967. « Théoricien de la guérilla, Guevara était convaincu qu’il ne faut pas attendre que les conditions soient réalisées pour déclencher une révolution, que c’est tout au contraire l’initiative insurrectionnelle qui réalise ces condition. » (Mourre).
38. Cf. le télégramme envoyé par Peter Weiss au journal cubain Granma, lors de la mort du « Che » : « Il ressemblait à un Christ enlevé de la croix. Je déteste l’héroïsme de la souffrance. Je déteste le mysticisme de la résurrection. » (Biographie de Che Guevara, Berlin, 1968, cité in ROUVRE Claude-Robert, La cité et le royaume, P. Lethielleux, 1976, p. 245). Peter Weiss, écrivain et cinéaste suédois d’origine allemande (1916-1982).
39. Cité par ROUVRE Claude-Robert, op. cit., p. 102.
40. Id., p. 245.
41. Cité par DEBRAY Régis, Loués soient nos seigneurs, Gallimard, 1996, p. 186. Régis Debray, né en 1940, qui fut un compagnon de Che Guevara, ajoute : « c’est lui et non Fidel qui a inventé en 1960, dans la péninsule de Guanaha, le premier « camp de travaux collectifs » (nous dirons de travaux forcés) ». A l’occasion du 30e anniversaire de la mort du Che, Jacobo Machover, fils d’un collaborateur du Che, (in La face cachée du Che, Buchet-Chastel, 2007) ne craint pas de le décrire comme « un bourreau implacable », que son mythe fut créé par Castro et Sartre qui le considérait comme « l’homme le plus complet de notre temps ».
42. 1841-1890. Un des grands théoriciens du socialisme belge.
43. De PAEPE C. et STENS E., Manifeste du parti socialiste brabançon, in Du P.OB. au P.S.B., P.A.C. Edition Rose au poing, 1974, p. 154. N’oublions, en Belgique, pas la grève déclenchée en 1949 contre le retour du Roi Léopold III alors que ce retour était souhaité par 57% de la population consultée N’oublions pas non plus la grève de 1960 contre le projet de « loi unique », « loi d’expansion économique, de progrès social et de redressement financier », projet établi par le gouvernement social-chrétien démocratiquement élu.
44. SCHOOYANS Michel, Théologie de la libération, Le Préambule, 1987, p. 31. Le P. Ph. I. André-Vincent o.p. décrit ainsi l’itinéraire de Camillo Torrès : « La tragédie du prêtre Camillo Torrès est celle d’une passion de justice désespérée. L’abbé Camillo Torrès avait cherché sa voie à l’Université et dans les bidonvilles de Bogota. Ce prêtre était sociologue. Il étudiait les pauvres : il pensait leur pauvreté. Ses réflexions sur l’état socio-économique de la Colombie le convainquirent de la nécessité d’une révolution violente. Il en vint à se faire « guerrillero ». Devenu soldat de la Révolution, il fut tué les armes à la main dans la cordillère de Santander le 15 février 1966. L’abbé Torrès ne célébrait plus la messe. Mais pour combien de jeunes chrétiens militants (pour combien de prêtres) sa passion révolutionnaire demeure une espèce de martyre. » De son côté, « Vasconcellos, le penseur de la révolution mexicaine, a remarqué que si la révolution devient l’impératif suprême, elle justifie tous les excès : elle sanctifie, même pour les non-violents, la violence. » (L’Église dans les révolutions de l’Amérique latine, S.O.S, 1983, pp. 114-115).
45. Cité par LECOCQ P., Marxisme et violence, in BLANQUART P. et alii, op. cit., p. 128.
46. SCHOOYANS M., op. cit., pp. 16-17.
47. Il n’y a pas de distinction à faire à cet endroit puisqu’ils sont tous les deux immergés dans la même réalité et que la réflexion doit partir scientifiquement de cette réalité.
48. BLANQUART Paul, Foi chrétienne et révolution, in BLANQUART P. et alii, op. cit., pp. 152-153. On peut mettre en parallèle ce texte de Lénine : « Pour Marx, la tâche expresse de la science est de donner un véritable mot d’ordre de lutte, c’est-à-dire savoir présenter avec objectivité cette lutte comme le produit d’un système déterminé de rapports de production ; savoir comprendre la nécessité de cette lutte, son contenu, la marche et les conditions de son développement. On ne saurait donner un mot d’ordre de lutte sans étudier, dans tous ses détails, chacune des formes de cette lutte, sans la suivre pas à pas quand elle passe d’une forme à une autre, afin de savoir déterminer, à chaque instant précis, la situation sans perdre de vue le caractère général de la lutte ; son but d’ensemble : supprimer complètement et définitivement toute exploitation et toute oppression. » (Ce que sont les amis du peuple, in V. Lénine, Editions en langues étrangères, Moscou, 1954, p. 111, cité par LECOCQ P., op. cit., p. 106).
49. Intervention de la J.R.C. au Rassemblement de la J.O.C., 27-28 septembre 1975, p. 3, Ed. C. Verlinden, 11, rue du Séminaire, Namur.
50. 1895-1998.
51. La paix, ouvrage publié clandestinement en 1945 puis en 1949. Jünger mettait ses espoirs dans la construction d’une Europe des régions. Il est par le fait même et à son corps, défendant, un des maîtres à penser du Parti communautaire national-européen étiqueté d’extrême-droite. Certains contestent l’anti-nazisme de l’auteur comme en témoignent les discussions sur le blog de P. Assouline (passouline.blog.lemonde.fr).
52. HAARSCHER Guy, Les démocraties survivront-elles au terrorisme ? Labor, 2002, pp. 7-11.
53. L’homme révolté, Idées, Gallimard, 1951, p. 14.
54. HAARSCHER G., op. cit., p. 7.
55. Il s’est déclaré responsable des attentas du 11 septembre 2001 à New-York.
56. Ce terrorisme est radical. Il n’a pas les scrupules du terrorisme décrit par Camus dans sa pièce Les justes (Gallimard, 1950). Ivan Kaliayev ne lance pas sa bombe sur le grand-duc Serge parce que celui-ci est accompagné de ses neveux. Par contre, Guy Haarscher rapproche le terrorisme islamiste de cette description que fait Hegel du « grand homme » : « En poursuivant leurs grands intérêts, les grands hommes ont souvent traité légèrement, sans égards, d’autres intérêts vénérables en soi et même des droits sacrés. C’est là une manière de se conduire qui est assurément exposée au blâme moral. Mais leur position est tout autre. Une si grande figure écrase nécessairement mainte fleur innocente, ruine mainte chose sur son passage. » (HEGEL G. W. F., La raison dans l’Histoire, U.G.E. 10/18, 1971 chap. II, p. 129)
   Ajoutons encore que le but politique du terrorisme est évidemment de terroriser et donc de répandre l’idée que personne, à commencer par l’innocent, n’est à l’abri.
57. Le 21-2-2002, l’égorgement du journaliste juif Daniel Pearl, est diffusé sur Internet par les islamistes qui systématiquement filment les exécutions et les diffusent. Il en sera de même le 30-12-2006 avec la pendaison du président irakien Saddam Hussein. Le 12-8-2007, le Nouvel Observateur met en ligne, au nom du droit à l’information, l’exécution au couteau-scie et au revolver de deux hommes par des néo-nazis russes.
58. Cf. MARZANO Michela, La mort spectacle, Enquête sur l’« horreur-réalité », Gallimard, 2007.
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