⁢i. Pour être pratique

Il est nécessaire tout d’abord d’éviter toute position manichéenne lorsque l’on veut réfléchir aux avantages⁠[1] et inconvénients de la mondialisation et agir en fonction de cette analyse pour le bien commun de l’humanité.

Christian Arnsperger⁠[2] a montré combien il est difficile d’adopter une position radicale face au problème. Juger la mondialisation, c’est d’abord, explique-t-il, juger le capitalisme marchand classique et ensuite le capitalisme marchand mondialisé qui amplifie les mécanismes du capitalisme « classique ». A quelle aune les juger ? A l’aune de la libération qu’ils peuvent apporter. Eclairé par la pensée de l’économiste indien Amartya Sen⁠[3] aux universités de Calcutta, de Delhi, d’Oxford, à la London School of Economics, à l’https://fr.wikipedia.org/wiki/Universit%C3%A9_de_Caen_Basse-Normandie[université de Caen], à l’https://fr.wikipedia.org/wiki/Universit%C3%A9_Harvard[université Harvard] et a dirigé le Trinity College de l’https://fr.wikipedia.org/wiki/Universit%C3%A9_de_Cambridge[université de Cambridge]. Parmi ses nombreux livres, notons L’Idée de justice, Flammarion, 2012 ; Rationalité et liberté en économie, Odile Jacob, 2005 ; L’économie est une science morale, La Découverte, 2004 ; Un nouveau modèle économique. Développement, justice, liberté, Odile Jacob, 2003 ; Development as freedom, Oxford, Oxford University Press, 2001 ; Repenser l’inégalité, Points, 2012 ; Éthique et économie, PUF, 2012 ; On ethics and Economics, Oxford, Wiley-Blackwell, 1989.], et sa définition du « développement comme liberté », comme « faculté d’agir », comme accès à l’ensemble des « manières de fonctionner (d’être et de faire) »[4] : « développer l’humain dans son intégralité, selon Sen, c’est assurer à chacun(e) les conditions de liberté les plus larges possibles, sans préjuger des options culturelles, sociales et économiques qui permettent de réaliser cette liberté suivant les contextes - mais en écartant évidemment autant que faire se peut les pratiques et les principes contraires à l’extension de la liberté individuelle. »

Comment veiller, dans le contexte de la mondialisation, au respect de la liberté ainsi définie ? Il faut compter, répond Arnsperger, sur des « institutions économico-politiques nouvelles et des mouvements sociaux nouveaux » : « le renouvellement profond des structures institutionnelles mondiales doit, à mon sens, passer par la mise en place simultanée de structures redistributives mondiales pilotées par des institutions dotées d’un pouvoir législatif et de structures de concertation sociale mondiales. Ces dernières devraient associer les acteurs traditionnels (entreprises, syndicats) ainsi que de multiples composantes de la « société civile » (ONG, associations de consommateurs, etc.), et être insérées dans les grandes organisations telles que l’OMC[5] ou le BIT[6]. »⁠[7]. Le 17 octobre 2016, cette même assemblée s’est de nouveau opposée à l’AECG. Le Parlement fédéral belge a finalement approuvé le traité le 28 octobre 2016, après que le Parlement wallon ait obtenu des clarifications à propos de dispositions relatives à la clause de sauvegarde pour les produits agricoles et au mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et États. Cette opposition unique en Europe montre la nécessité de ne pas laisser de tels accords se négocier entre les autorités politiques au plus haut niveau, plus ou moins influencées par des lobbys économiques, mais d’associer démocratiquement les acteurs économiques et sociaux et leurs représentants comme le souhaite Arnsperger. L’accord sera signé le 30 octobre à Bruxelles en présence du Premier ministre du Canada Justin Trudeau et du président du Conseil européen Donald Tusk.] Voilà une proposition qui affine le souhait des souverains pontifes de voir des institutions internationales réguler l’économie mondiale et stimuler un vrai développement intégral à travers le monde. A condition, ajoute Arnsperger, que « l’on combine judicieusement la conscientisation non manichéenne et la militance auprès des organismes supranationaux et internationaux qui doivent porter la refonte institutionnelle que l’on désire promouvoir au nom de la libération. » Et il ajoute cette mise en garde contre une vision trop simpliste de l’action à entreprendre : « Vouloir tout baser sur les soi-disant compétences grass-roots des « communautés de base » est illusoire car aucune communauté n’a plus de prise, aujourd’hui, sur les mécanismes globaux qui sont à l’œuvre : vouloir tout baser sur les réformes politiques top down sans remettre en question certains jeux de pouvoir et certains mécanismes d’oppression inhérente au capitalisme est tout aussi illusoire, car on n’exploitera alors pas tous les ressorts de la libération possible. »[8]

Dans cet esprit, le CDSE détaille les problèmes suscités par la mondialisation actuelle⁠[9] et indique comment remédier aux inconvénients et aux menaces en reprenant certains thèmes majeurs de l’enseignement de l’Église sur les questions économiques et sociales. On jugera si l’enseignement de l’Église peut être rangé, comme l’écrivait Fr. Houtart, dans le camp du néo-keynésianisme.

L’Église rappelle l’universalité de la famille humaine et la nécessité de toujours prendre en compte prioritairement la personne dans son aspect subjectif jusque dans son travail⁠[10].

La personne humaine, où qu’elle se trouve, fin de toute activité, doit être défendue dans ses droits fondamentaux à l’échelon international.⁠[11]

Il est donc nécessaire non seulement d’adapter l’action syndicale au contexte nouveau⁠[12] mais aussi d’agir aux plans social et politique pour orienter, maîtriser le dynamisme économique⁠[13] et, en toute circonstance, défendre les droits personnels⁠[14].

Dans la vie économique, on ne doit pas perdre de vue la lutte contre les inégalités puisque les biens sont destinés à tous les hommes⁠[15]. La solidarité ne doit toutefois pas s’organiser au détriment de la subsidiarité ou en nivelant toutes les spécificités culturelles⁠[16]. La solidarité doit se vivre à tous niveaux, à l’intérieur d’un même État, entre les générations mais aussi, bien sûr, au niveau international ⁠[17].

C’est dire, par le fait même, la responsabilité des instances internationales qui doivent veiller, à l’échelle mondiale, à la transmission et au respect effectif des valeurs définies⁠[18]. Leur responsabilité dans le domaine de la justice sociale, dans la recherche de la paix et du développement de tous les peuples, est d’autant plus grande que les États-nations ont perdu, dans la mondialisation, une bonne part de leur influence et de leur efficacité.⁠[19]

Bref, à la lumière de ce qui précède, il est urgent de repenser en profondeur l’activité économique et ses finalités.⁠[20]

C’est la seule révolution possible et souhaitable et il est inutile de chercher une solution « post-capitaliste » si l’on prend la peine de se rappeler les grands principes de l’enseignement social de l’Église⁠[21]: les biens de la terre sont destinés à tous, le droit à la propriété privée est donc limité ; dans l’économie de marché qui ne s’applique qu’aux biens solvables, le profit a un rôle limité, la consommation n’est pas un but en soi, le milieu naturel n’est pas « taillable à merci » pas plus que le milieu humain où la famille doit être un sanctuaire de vie. Enfin, il est primordial, pour ne pas extravaguer, de bien distinguer les deux faces du capitalisme. Le problème de la mondialisation doit être abordé dans cet esprit.



1. Un exemple : l’Église est consciente que le travail agricole rencontre de « nombreux problèmes qu’il doit affronter dans le contexte d’une économie toujours plus mondialisée…​ » (CDSE 299). Mais, en même temps, dans certains pays, « la réforme agraire devient […​] non seulement une nécessité politique, mais une obligation morale car sa non-application dans ces pays entrave les effets bénéfiques dérivant de l’ouverture des marchés et, en général, des occasions profitables de croissance que la mondialisation actuelle peut offrir. » (CDSE 300)
2. Docteur en économie de l’UCL, chercheur qualifié du FNRS, rattaché à la chaire Hoover d’éthique économique et sociale. Il enseigne l’épistémologie, l’analyse critique des économies de marché et les théories de l’ordre social au département des sciences économiques. Auteur notamment de Critique de l’existence capitaliste, Pour une éthique existentielle de l’économie, Cerf, 2005 ; Ethique de l’existence post-capitaliste, Pour un militantisme existentiel, Cerf, 2009.
3. Né en 1933, prix Nobel d’économie en 1998. Il a enseigné l’https://fr.wikipedia.org/wiki/Sciences_%C3%A9conomiques[économie
4. Ces « manières de fonctionner », ce sont, par exemple, le fait d’être correctement nourri, d’avoir un logement convenable, d’être mobile, d’être lettré, de parler des langues, d’avoir un esprit critique, etc. : « être libre, c’est donc avoir accès à un ensemble de capacités aussi vaste que possible. »
5. Organisation mondiale du commerce (WTO). L’OMC se définit ainsi : « au cœur de l’Organisation se trouvent les Accords de l’OMC, négociés et signés par la majeure partie des puissances commerciales du monde et ratifiés par leurs parlements. Le but est d’aider les producteurs de marchandises et de services, les exportateurs et les importateurs à mener leurs activités. […​] C’est une organisation qui s’emploie à libéraliser le commerce. C’est un cadre dans lequel les gouvernements négocient des accords commerciaux. C’est un lieu où ils règlent leurs différends commerciaux. L’OMC administre un système de règles commerciales. » (https://www.wto.org/french)
6. Bureau international du travail (ILO). Le bureau international du Travail est le secrétariat permanent de l’Organisation internationale du Travail qui se définit ainsi : « L’OIT a pour vocation de promouvoir la justice sociale, les droits de l’homme et les droits au travail reconnus internationalement, poursuivant sa mission fondatrice : œuvrer pour la justice sociale qui est indispensable à une paix durable et universelle. » (http://www.ilo.org/global)
7. Le 27 avril 2016, le Parlement de Wallonie annonce, par un vote de défiance, son refus de signer l’Accord économique et commercial global (AECG), ou Comprehensive Economic and Trade Agreement (CETA) qui est un traité de libre échange établi entre le Canada d’une part, et l’https://fr.wikipedia.org/wiki/Union_europ%C3%A9enne[Union européenne
8. ARNSPERGER Ch., Oppression, injustice, liberté : enjeux éthiques fondamentaux de la mondialisation économique, in DELCOURT Jacques et WOOT Philippe de (sous la direction de), Les défis de la globalisation, Babel ou pentecôte ?, Les défis de la globalisation, Babel ou Pentecôte ?, op. cit., pp. 641-666.
9. « Notre époque est marquée par le phénomène complexe de la mondialisation économique et financière, à savoir un processus d’intégration croissante des économies nationales, sur le plan du commerce des biens et services et des transactions financières, dans lequel toujours plus d’opérateurs adoptent une perspective globale pour les choix qu’ils doivent opérer en fonction des opportunités de croissance et de profit. Le nouvel horizon de la société globale n’est pas simplement défini par la présence de liens économiques et financiers entre acteurs nationaux agissant dans différents pays, qui ont d’ailleurs toujours existé, mais plutôt par la capacité d’expansion et par la nature absolument inédite du système de relations qui est en train de se développer. le rôle des marchés financiers est toujours plus décisifs et central ; ses dimensions, à la suite de la libéralisation des échanges et de la circulation des capitaux, ont énormément augmenté, à une vitesse impressionnante, au point de permettre aux opérateurs de déplacer « en temps réel » des capitaux en grande quantité d’un endroit à l’autre de la planète. Il s’agit d’une réalité multiforme qui n’est pas facile à déchiffrer, dans la mesure où elle se déploie sur différents niveaux et évolue continuellement, suivant des trajectoires difficilement prévisibles. » ( CDSE 361 ).
   « La mondialisation alimente de nouvelles espérances, mais engendre aussi d’inquiétantes interrogations. Elle peut produire des effets potentiellement bénéfiques pour l’humanité entière, s’entrecroisant avec le développement impétueux des télécommunications, le parcours de croissance du système de relations économiques et financières a permis simultanément une importante réduction des coûts des communications et des nouvelles technologies, ainsi qu’une accélération dans le processus d’extension à l’échelle planétaire des échanges commerciaux et des transactions financières. En d’autres termes, il est advenu que les deux phénomènes, mondialisation économique et financière et progrès technologique, se sont réciproquement renforcés, rendant extrêmement rapide la dynamique globale de la phase économique actuelle.
   En analysant le contexte actuel, outre à identifier les opportunités qui se manifestent à l’ère de l’économie globale, on aperçoit aussi les risques liés aux nouvelles dimensions des relations commerciales et financières. De fait, il existe des indices révélateurs d’une tendance à l’augmentation des inégalités, aussi bien entre pays avancés et pays en voie de développement, qu’au sein même des pays industrialisés. La richesse économique croissante rendue possible par les processus décrits s’accompagne d’une croissance de la pauvreté relative. » (CDSE 362).
10. « Une considération attentive de la nouvelle situation du travail apparaît toujours plus nécessaire dans le contexte actuel de la mondialisation dans une perspective qui mette en valeur la propension naturelle des hommes à établir des relations. A ce propos il faut affirmer que l’universalité est une dimension de l’homme , non des choses. la technique pourra être la cause instrumentale de la mondialisation, mais sa cause dernière est l’universalité de la famille humaine. le travail possède donc aussi une dimension universelle, dans la mesure où il est fondé sur le caractère relationnel de l’homme. les techniques, en particulier électroniques, ont permis de dilater cet aspect relationnel du travail à l’ensemble de la planète, en imprimant à la mondialisation un rythme particulièrement accéléré. le fondement ultime de ce dynamisme est l’homme qui travaille, à savoir toujours l’élément subjectif et non pas objectif. le travail mondialisé dérive donc lui aussi du fondement anthropologique de la dimension relationnelle intrinsèque au travail. les aspects négatifs de la mondialisation du travail ne doivent pas mortifier les possibilités qui se sont ouvertes pour tous de donner forme à un humanisme du travail au niveau planétaire, à une solidarité du monde du travail à ce même niveau, afin que, en travaillant dans un tel contexte dilaté et interconnecté, l’homme comprenne toujours plus sa vocation unitaire et solidaire. » (CDSE 322).
11. « Une des impulsions les plus significatives apportées à l’actuel changement de l’organisation du travail provient du phénomène de la mondialisation, qui permet d’expérimenter de nouvelles formes de production, avec le transfert des installations dans des aires géographiques différentes de celles où sont prises les décisions stratégiques et éloignées du marché de la consommation. Deux facteurs donnent une impulsion à ce phénomène : la vitesse de communication extraordinaire, sans limites d’espace ni de temps, et la relative facilité de transporter des marchandises et des personnes d’une partie à l’autre de la planète ? Ceci comporte une conséquence fondamentale sur les processus de production : la propriété est toujours plus éloignée, souvent indifférente aux effets sociaux des choix effectués. Par ailleurs, s’il est vrai que la mondialisation, a priori, n’est ni bonne ni mauvaise en soi, mais qu’elle dépend de l’usage que l’homme en fait (cf. JEAN-PAUL II, Discours à l’Académie Pontificale des Sciences Sociales, 27 avril 2001), on doit affirmer qu’une mondialisation des tutelles, des droits minimums essentiels et de l’équité est nécessaire. » (CDSE 310).
12. « Le contexte socio-économique contemporain, caractérisé par des processus de mondialisation économique et financière toujours plus rapides, pousse les syndicats à se rénover. Aujourd’hui les syndicats sont appelés à agir sous de nouvelles formes, en amplifiant leur rayon d’action de solidarité de façon à ce que soient protégés, non seulement les catégories traditionnelles de travailleurs, mais aussi les travailleurs aux contrats atypiques ou à duré&e déterminée ; les travailleurs dont l’emploi est mis en danger par les fusions d’entreprises qui surviennent toujours plus fréquemment, notamment au niveau international ; ceux qui n’ont pas d’emploi, les immigrés, les travailleurs saisonniers, ceux qui, par manque de recyclage professionnel, ont été expulsés du marché du travail et ne peuvent plus y rentrer sans des cours appropriés de requalification.
   Face aux changements intervenus dans le monde du travail, la solidarité pourra être retrouvée et peut-être même avoir de meilleurs fondements que par le passé si l’on œuvre pour une redécouverte de la valeur subjective du travail : « Aussi faut-il continuer à s’interroger sur le sujet du travail et sur les conditions dans lesquelles il vit ». Voilà pourquoi « il faut toujours qu’il y ait de nouveaux mouvements de solidarité des travailleurs et de solidarité avec les travailleurs ».(Le 8) (CDSE 308).
13. « La mondialisation de l’économie, avec la libéralisation des marchés, l’accentuation de la concurrence et l’augmentation d’entreprises spécialisées dans la fourniture de produits et de services, requiert une plus grande flexibilité sur le marché du travail et dans l’organisation et la gestion des processus de production. dans l’évaluation de cette matière délicate, il semble opportun d’accorder une plus grande attention - au plan moral, culturel et de la programmation - à l’orientation de l’action sociale et politique sur les thèmes liés à l’identité et aux contenus du nouveau travail, sur un marché et dans une économie eux-mêmes nouveaux. De fait, les mutations du marché du travail sont souvent un effet du changement du travail lui-même et non pas sa cause. » (CDSE 312).
14. « La transition actuelle marque le passage du travail salarié à durée indéterminée, conçu comme une place fixe, à un pare cours de travail caractérisé par une pluralité d’activités ; d’un monde du travail compact, défini et reconnu, à un univers de travaux, diversifié, fluide, riche de promesses, mais aussi chargé d’interrogations préoccupantes, spécialement face à l’incertitude croissante quant aux perspectives d’emplois, aux phénomènes persistants de chômage structurel, à l’inadaptation des systèmes actuels de sécurité sociale. les exigences de la concurrence, de l’innovation technologique et de la complexité des flux financiers doivent être harmonisées avec la défense du travailleur et de ses droits.
   L’insécurité et la ; précarité ne concernent pas seulement la condition de travail des personnes vivant dans les pays les plus développés, mais aussi et surtout les réalités économiquement moins avancées de la planète, les pays en voie de développement et les pays aux économies en transition. ces derniers, en plus des problèmes liés au changement des modèles économiques et productifs, doivent affronter quotidiennement les difficiles exigences dérivant de la mondialisation actuelle ? la situation apparaît particulièrement dramatique pour le monde du travail, touché par des changements culturels et structurels vastes et radicaux, dans des contextes souvent privés de supports législatifs, formatifs et d’assistance sociale. » (CDSE 314).
15. « Le souci du bien commun impose de saisir les nouvelles occasions de redistribution de richesses entre les diverses régions de la ; planète, au profit des plus défavorisées, qui sont demeurées jusqu’à présent exclues ou en marge du progrès sociale et économique. « En somme, le défi est d’assurer une mondialisation dans la solidarité, une mondialisation sans marginalisation ». (JEAN-PAUL II Message pour la Journée mondiale de la Paix, 1998) Le progrès technologique lui-même risque de répartir injustement entre les pays ses effets positifs. De fait, les innovations peuvent pénétrer et se répandre à l’intérieur d’une collectivité déterminée si leurs bénéficiaires potentiels atteignent un seuil minimal de savoir et de ressources financières : il est évident qu’en présence de fortes disparités entre les pays pour ce qui est de l’accès aux connaissances techniques et scientifiques et aux produits technologiques les plus récents, le processus de mondialisation finit par creuser, au lieu de les réduire, les inégalités entre les pays en termes de développement économique et social. Etant donné la nature des dynamiques en cours, la libre circulation de capitaux n’est pas suffisante en soi pour favoriser le rapprochement des pays en voie de développement de ceux plus avancés. » ( CDSE 363).
16. « L’extension de la mondialisation doit être accompagnée d’une prise de conscience plus mûre, de la part des organisations de la société civile, des nouveaux devoirs auxquels elles sont appelées au niveau mondial. Grâce aussi à une action déterminée de ces organisations, il sera possible de situer l’actuel processus de croissance de l’économie et de la finance à l’échelle planétaire dans un horizon garantissant un respect effectif des droits de l’homme et des peuples, ainsi qu’une répartition équitable des ressources, à l’intérieur de chaque pays et entre les différents pays : « La liberté des échanges n’est équitable que soumise aux exigences de la justice sociale ». (Paul VI, PP, 59) Une attention particulière doit être accordée aux spécificités locales et aux diversités culturelles, qui risquent d’être compromises par les processus économiques et financiers en cours : « La mondialisation ne doit pas être un nouveau type de colonialisme. elle doit respecter la diversité des cultures qui, au sein de l’harmonie universelle des peuples, constituent une clé d’interprétation de la vie. En particulier, elle ne doit pas priver les pauvres de ce qui leur reste de plus précieux, y compris leurs croyances et leurs pratiques religieuses, étant donné que les convictions religieuses authentiques expriment la manifestation la plus vraie de la liberté humaine ». (JEAN-PAUL II, Discours à l’Académie pontificale des Sciences sociales, 27 avril 2001) » (CDSE 366).
17. « A l’époque de la mondialisation, il faut souligner avec force la solidarité entre les générations : « Auparavant, la solidarité entre les générations était dans de nombreux pays une attitude naturelle de la part de la famille ; elle est aussi devenue un devoir de la communauté ». (JEAN-PAUL II Discours à l’Académie pontificale des Sciences sociales, 11 avril 2002) Il est bon que cette solidarité continue d’être poursuivie dans les communautés politiques nationales, mais aujourd’hui le problème se pose aussi pour la communauté politique globale, afin que la mondialisation ne se réalise pas au détriment des plus nécessiteux et des plus faibles. La solidarité entre les générations exige que, dans la planification globale, on agisse selon le principe de destination universelle des biens, qui rend moralement illicite et économiquement contre-productif de décharger les coûts actuels sur les générations futures ; moralement illicite signifie ne pas assumer les responsabilités nécessaires, et économiquement contre-productif parce que la réparation des dommages coûte davantage que la prévention. Ce principe doit être appliqué surtout - bien que pas seulement - dans le domaine des ressources de la terre et de la sauvegarde de la création, lequel est rendu particulièrement délicat par la mondialisation, qui concerne toute la planète, conçue comme un unique écosystème. » (CDSE 367).
18. « Une solidarité adaptée à l’ère de la mondialisation requiert la défense des droits de l’homme. A cet égard, le magistère souligne « La perspective d’une autorité publique internationale au service des droits humains, de la liberté et de la paix, ne s’est pas encore entièrement réalisée, mais il faut malheureusement constater les fréquentes hésitations de la communauté internationale concernant le devoir de respecter et d’appliquer les doits humains. Ce devoir concerne tous les droits fondamentaux et ne laisse pas de place pour des choix arbitraires qui conduiraient à des formes de discrimination et d’injustice. En même temps, nous sommes témoins de l’accroissement d’un écart préoccupant entre une série de nouveaux « droits » promus dans les sociétés technologiquement avancées et des droits humains élémentaires qui ne sont pas encore respectés, surtout dans des situations de sous-développement : je pense, par exemple, au droit à la nourriture, à l’eau potable, au logement, à l’autodétermination et à l’indépendance ». (JEAN-PAUL II Message pour la Journée mondiale de la paix, 2003) » (CDSE 365).
19. « La perte par les acteurs étatiques de leur rôle central doit coïncider avec un plus grand engagement de la communauté internationale dans l’exercice d’un rôle décisif sur le plan économique et financier. En effet, une conséquence importante du processus de mondialisation consiste dans la perte progressive d’efficacité de l’État-nation dans la conduite des dynamiques économiques et financières nationales. les gouvernements des différents pays voient leur action dans le domaine économique et social toujours plus fortement conditionnée par les attentes des marchés internationaux des capitaux et par les requêtes toujours plus pressantes de crédibilité provenant du monde financier. A cause des nouveaux liens entre les opérateurs globaux, les mesures traditionnelles de défense des États apparaissent condamnées à l’échec et, face aux nouvelles aires de la compétition, la notion même de marché national passe au second plan. » (CDSE 370).
   « Une politique internationale tournée vers l’objectif de la paix et du développement grâce à l’adoption de mesures coordonnées est rendue plus que jamais nécessaire par la mondialisation des problèmes. Le Magistère relève que l’interdépendance entre les hommes et entre les nations acquiert une dimension morale et qu’elle détermine les relations dans le monde actuel sous les aspects économique, culturel, politique et religieux. Dans ce contexte, une révision des Organisations internationales est souhaitée - processus qui « suppose que l’on dépasse les rivalités politiques et que l’on renonce à la volonté de se servir de ces Organisations à des fins particulières, alors qu’elles ont pour unique raison d’être le bien commun » (SRS 43)
   En particulier, les structures intergouvernementales doivent exercer efficacement leurs fonctions de contrôle et de guide dans le domaine de l’économie, car la réalisation du bien commun devient un objectif désormais hors de portée des États considérés individuellement, même s’il s’agit d’États dominants en puissance, richesse et force politique. Les Organismes internationaux doivent en outre garantir l’égalité qui constitue le fondement du droit de tous à participer au processus de développement intégral, dans le respect des diversités légitimes. » (CDSE 442).
20. « Les spécialistes de la science économique, les agents de ce secteur et les responsables politiques doivent ressentir l’urgence de repenser l’économie, en considérant, d’une part, la pauvreté matérielle dramatique de milliards de personnes et, d’autre part, le fait que « les structures économiques, sociales et culturelles d’aujourd’hui ont du mal à prendre en compte les exigences d’un développement authentique ». (JPII Message pour la Journée mondiale de la paix, 2000) Les exigences légitimes de l’efficacité économique devront être mieux harmonisées avec celles de la participation politique et de la justice sociale. Concrètement, cela signifie imprégner de solidarité les réseaux des interdépendances économiques, politiques et sociales, que tendent à accroître les processus de mondialisation en cours. Dans cet effort de renouveau, qui se présente de façon articulée et est destiné à influencer les conceptions de la réalité économique, les associations d’inspiration chrétienne qui agissent dans le domaine économique se révèlent précieuses : associations de travailleurs, d’entrepreneurs et d’économistes. » (CDSE 564).
21. Il faut relire CA et notamment les numéros 30-43.
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