⁢c. Enfin, Léon XIII vint…

Léon XIII va reprendre les grandes idées développées par la théologie catholique et clarifier la situation pour le temps présent et pour l’avenir.

A plusieurs reprises, il confirme que le pouvoir est de droit divin mais qu’aucun régime ne l’est : « …​s’il s’agit de désigner ceux qui doivent gouverner l’État, cette désignation pourra, dans certains cas, être laissée au choix et aux préférences du grand nombre, sans que la doctrine catholique y fasse le moindre obstacle. Ce choix, en effet, détermine la personne du souverain, il ne confère pas les droits de la souveraineté ; ce n’est pas l’autorité que l’on constitue, on décide par qui elle devra être exercée. Il n’est pas question davantage des différents régimes politiques : rien n’empêche l’Église d’approuver le gouvernement d’un seul, rien ne l’empêche d’approuver le gouvernement de plusieurs, pourvu que ce gouvernement soit juste et cherche le bien commun. Aussi, réserve faite des droits acquis, il n’est point interdit aux peuples de se donner la forme politique qui s’adapte le mieux ou à leur génie propre, ou à leurs traditions et à leurs coutumes »[1].

« …​la souveraineté n’est en soi nécessairement liée à aucune forme politique ; elle peut fort bien revêtir celle-ci ou celle-là, pourvu que cette forme assure efficacement l’utilité et le bien commun »[2].

« …​ préférer pour l’État une constitution tempérée par l’élément démocratique n’est pas en soi contre le devoir, à condition toutefois qu’on respecte la doctrine catholique sur l’origine et l’exercice du pouvoir public. Des diverses formes de gouvernement, pourvu qu’elles soient en elles-mêmes aptes à procurer le bien des citoyens, l’Église n’en rejette aucune ; mais elle veut, et la nature s’accorde avec elle pour l’exiger, que leur institution ne viole le droit de personne et respecte particulièrement les droits de l’Église »[3].

La leçon est claire une fois pour toutes : ce n’est pas la question du régime qui, en politique, est la question cruciale⁠[4] mais le souci du bien commun, le respect de la loi naturelle, des droits fondamentaux de la personne et des droits de l’Église.


1. Diuturnum illud, 29 juin 1881.
2. Immortale Dei, 1er novembre 1885.
3. Libertas praestantissimum, 20 juin 1888.
4. Ce rappel était, semble-t-il, indispensable surtout pour un grand nombre de catholiques français obsédés par la disparition de la monarchie au profit de la république. Trop préoccupés de la forme de l’État qu’ils ont tendance à dogmatiser, qu’ils soient démocrates ou monarchistes d’ailleurs, les catholiques français perdront bien des opportunités comme l’a montré Hans Maier (L’Église et la démocratie, Une histoire de l’Europe politique, Criterion, 1992, p. 252) : « Ce n’est pas la « Démocratie chrétienne » française qui a montré le chemin aux futurs partis démocrates-chrétiens d’Europe, mais le catholicisme politique de Belgique, Hollande et Allemagne ».
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