⁢a. Jean-Paul II

Sous le pontificat de Jean-Paul II (1978-2005), la cause européenne progresse considérablement. 18 pays vont rejoindre l’Union européenne dont des pays d’Europe de l’Est, suite à la chute du mur de Berlin⁠[1] et du Portugal en 1986. Entre temps, en 1985, le Groenland a décidé de se retirer en ratifiant le Traité sur le Groenland et a désormais le statut de pays et territoire d’outre-mer associé. Avec la fin de la Guerre froide, la partie Est de l’Allemagne rejoint de facto la Communauté économique européenne en 1990 (puisque réunifiée avec la partie ouest-allemande). Puis l’Union européenne intègre en 1995 des États neutres : l’http://fr.wikipedia.org/wiki/Autriche[Autriche], la Finlande et la Suède et en 2004 dix nouveaux États, en majorité issus du bloc de l’Est : Chypre, l’http://fr.wikipedia.org/wiki/Estonie[Estonie], la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, Malte, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Slovénie.] ; le projet d’une constitution pour l’Europe se réalise petit à petit ; le parlement européen accroît son influence⁠[2] ; progressivement s’établit la libre circulation des biens, des services, des personnes et des capitaux ; la monnaie unique voit le jour ; une coopération de plus en plus étroite s’établit pour lutter contre la criminalité et la crise financière et économique.⁠[3]

Avant même que l’Europe civile s’étende à l’Est, Jean-Paul II⁠[4] va désigner saints Cyrille et Méthode co-patrons de l’Europe⁠[5], montrant par là que l’Europe est « le fruit de deux courants de traditions chrétiennes auxquelles s’ajoutent aussi deux formes de culture diverses mais en même temps complémentaires ».⁠[6] Jean-Paul II leur adjoindra trois femmes : sainte Brigitte de Suède, sainte Catherine de Sienne et sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix[7]. Trois femmes parce que l’Église reconnaît « toujours plus clairement la dignité de la femme et ses dons propres ». Trois femmes dont la « sainteté s’est […] exprimée dans des circonstances historiques et dans une contexte « géographique » qui les rendent particulièrement significatives pour le continent européen ».⁠[8]

Comme ses prédécesseurs et durant son très long pontificat, Jean-Paul II ne cessera de s’intéresser à la cause européenne.⁠[9] Les discours sont innombrables et insistants. Ils ont été prononcés notamment lors de la visite des pays européens ou encore devant les représentants des diverses instances européennes. On en retrouvera l’essentiel dans l’Exhortation apostolique Ecclesia in Europa[10].

L’Europe, pour quoi faire ?

Tout d’abord, on peut se poser la question : « « Faire l’Europe », pour quoi faire ? »[11]. Et ensuite : pourquoi l’Église s’intéresse-t-elle tellement à l’unité de l’Europe ? Pourquoi apporte-t-elle, pour reprendre les termes de Jean-Paul II, un « appui décidé » aux projets d’union européenne ?⁠[12]

Les raisons évoquées par Jean-Paul II sont nombreuses. Si, au point de départ c’est la volonté d’en finir avec la guerre et d’établir une paix durable basée sur la solidarité et la collaboration qui a prévalu, bien d’autres motivations ont surgi. Voilà des siècles, comme nous l’avons vu, que les Européens, chrétiens ou non, rêvent d’une Europe unie.⁠[13]

Ensuite, un fait s’impose : « l’Europe occupe une place de premier plan dans la géographie culturelle du monde ».⁠[14]

Enfin, l’histoire de l’Europe est tout particulièrement liée à celle de l’Église : « On ne peut pas comprendre l’histoire et les destinées de l’Europe, son passé comme les tâches présentes et futures, sans le christianisme et son apport essentiel à la culture occidentale. »[15]

Plus précisément, l’Europe est l’endroit où le christianisme s’est développé d’une manière toute particulière jusqu’à se répandre à travers le monde : « L’Europe n’est pas le premier berceau du christianisme. Même Rome a reçu l’Évangile grâce au ministère des Apôtres Pierre et Paul, qui sont venus ici de la patrie de Jésus-Christ. Mais, de toute façon, il est vrai que l’Europe est devenue, durant deux millénaires, comme le lit d’un grand fleuve où le christianisme s’est répandu, rendant fertile la terre de la vie spirituelle des peuples et des nations de ce continent. Et sur cette lancée, l’Europe est devenue un centre de mission qui a rayonné vers les autres continents. »[16] L’Europe est « le continent qui a le plus contribué au développement du monde, aussi bien dans le domaine des idées que dans celui du travail, des sciences et des arts ».⁠[17] « L’Europe revêt une importance particulière pour l’histoire de l’Église et pour la diffusion progressive, dès les temps apostoliques, du message évangélique dans le monde.[18] Et le lien entre le christianisme et l’Europe est si fort que Jean-Paul II n’hésite pas à dire que « la crise et la tentation de l’Européen et de l’Europe sont des crises et des tentations du christianisme et de l’Église en Europe. »[19] Nous y reviendrons plus loin.

C’est à cause de ce lien que l’Europe a une grande responsabilité et une mission vis-à-vis des autres parties du monde qu’elle a évangélisées. Mais sa responsabilité est aussi engagée du fait que si elle a annoncé le Christ au-delà de ses frontières, elle a aussi malheureusement diffusé à travers le monde ses erreurs et ses crimes. Elle a apporté une « grande contribution au reste du monde, pour le bien et pour le mal. […]. Avec ses réussites et ses failles, l’Europe a laissé une marque indélébile sur le cours de l’histoire : elle a donc une responsabilité que les représentants de ses peuples ne peuvent que saisir et poursuivre. »[20]

« C’est en Europe […​ ] qu’ont éclaté deux guerres mondiales […]. C’est de l’Europe que, sur le monde entier, se sont répandues des idéologies qui, en bien des endroits, exercent une influence prépondérante, comme des maladies importées. Cette commune culpabilité signifie pour l’Europe une particulière responsabilité, ne serait-ce que pour apporter une contribution décisive à la résolution effective de l’actuelle crise mondiale. mais cela exige tout d’abord pour l’Europe elle-même un renouveau profond, sur le plan spirituel, moral et politique, à partir de la vigueur et de la foi de son origine chrétienne. »[21]

La Communauté internationale « attend de la Communauté européenne un témoignage de justice et de fraternité, une contribution originale et efficace à l’arrêt des guerres en cours, à la recherche de solutions négociées équitables, au bannissement de la violence, du terrorisme, de la torture, et je dirais, plus encore, des exécutions sommaires même perpétrées par des gouvernements légitimes, au désarmement progressif et contrôlé, à l’amélioration des termes de l’échange entre pays riches et pays pauvres, à l’entraide réelle pour faire reculer la faim et permettre le développement des peuples à partir de leurs propres ressources.

Malgré l’acuité de ses propres faiblesses, l’Europe peut apporter cette contribution. »[22]

« Plus que jamais on attend la voix de l’Europe dans son ensemble pour la solution des crises mondiales actuelles ; la déception n’en est que plus grande lorsque des problèmes économiques marginaux, le manque de collaboration, ou des préjugés nationaux, font surgir des obstacles apparemment insurmontables. Il est temps de démanteler les égoïsmes nationaux, qui peuvent avoir une importance locale, mais qui s’effondrent lorsqu’on les considère honnêtement par rapport aux vrais problèmes de l’humanité. A ceux-ci l’Europe doit donner le plus rapidement possible une réponse commune et solidaire. »[23]

Mais l’Europe connaît des problèmes internes et notamment elle subit une crise économique et sociale qui pousse les hommes à prendre « conscience de leur responsabilité pour l’Europe et son avenir. […] Le poids des problèmes que posent aujourd’hui la sécurité, la justice sociale, la paix, les échanges économiques et culturels, requiert nécessairement l’unité et des initiatives communes. […] II n’y a, en fin de compte, pas d’alternative raisonnable »[24] L’unité de l’Europe est donc aussi une nécessité pratique. d’autant plus que l’Europe n’a pas été déchirée seulement par deux guerres mondiales mais aussi d’autres dissensions politiques morales et religieuses. Il faut « recomposer les fatales déchirures et ruptures intervenues au cours de l’histoire ». Déchirures et tensions « qui compromettent son unité passent à travers le continent entre l’Est et l’Ouest, entre le Nord et le Sud ».⁠[25]

Jusqu’en 1989, Jean-Paul II n’aura de cesse de dénoncer la séparation des deux parties de l’Europe, des « deux poumons » de l’Europe dira-t-il⁠[26]. Il reprendra aussi volontiers l’expression « maison commune »[27] pour désigner l’ensemble du continent. Construire « la maison commune européenne, […] cette grande entreprise, que les Européens se sont engagés à mener à son terme, a reçu son inspiration de l’Évangile du Verbe incarné […]. L’histoire de la formation des nations européennes va de pair avec celle de leur évangélisation, au point que les frontières de l’Europe coïncident avec celles de la pénétration de l’Évangile. […] Dans cet « humus », les Européens sont appelés à construire leur maison commune. Et tout comme le foyer domestique est le lieu où chacun se sent « chez lui », accueilli, respecté et aidé tel qu’il est, de même l’Europe doit devenir une « maison » où tout peuple se verra reconnu, dans la physionomie qui est la sienne - là où il le faut - dans son développement et surtout respecté dans ses aspirations. Tout comme il n’y a pas de motif d’avoir peur dans la demeure familiale, de même il ne devrait pas y avoir en Europe quelque sorte de menace que ce soit, qui puisse porter l’un à craindre l’autre. A l’inverse, il devrait y avoir la joie de vivre ensemble, afin de répartir les richesses matérielles, culturelles et spirituelles communes. »[28]

La réunification de l’Europe fut une préoccupation majeure de Jean-Paul II. Il vit même dans son élection comme Pape, le signe d’un projet divin. En 1979, parlant de lui à la troisième personne, il médite sur sa mission en tant que premier pape slave : « C’est peut-être justement pour ça que Dieu l’a choisi, c’est peut-être pour cela que l’Esprit Saint l’a guidé, afin qu’il introduise dans la communion de l’Église la compréhension des paroles et des langues qui semblent encore étrangères aux oreilles habituées aux sons romains, germaniques, anglo-saxons, celtes. […] Le Christ ne veut-il pas, l’Esprit-Saint ne dispose-t-il pas que ce pape polonais, ce pape slave, manifeste justement maintenant l’unité spirituelle de l’Europe chrétienne qui, débitrice des deux grandes traditions de l’ouest et de l’est, professe grâce aux deux « une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous » (Ep 4, 5-6), le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ ? »[29]

La même année⁠[30], devant les membres du Parlement européen, il prit la peine d’emblée de leur rappeler que leur action se développait « dans la partie de l’Europe » qu’ils représentaient. Et il ajoutait que « les partenaires […] réunis n’oublieront évidemment pas qu’ils ne constituent pas à eux seuls toute l’Europe ; ils demeureront conscients de leur responsabilité commune pour l’avenir du continent tout entier, ce continent qui au-delà de ses divisions historiques, de ses tensions et de ses conflits, a une profonde solidarité, à laquelle une même foi chrétienne a largement contribué. C’est donc toute l’Europe qui doit être bénéficiaire des pas aujourd’hui accomplis, et aussi les autres continents vers lesquels l’Europe pourra se tourner avec son originalité spécifique. » L’Europe, en effet, doit, disait-il plus tard devant la même assemblée, « se déployer aux dimensions qui lui ont données la géographie et plus encore l’histoire ».⁠[31] Ce qui se réalisa.

Un retour en arrière ?

« Faire l’Europe » et « une Europe sans frontières qui ne renonce pas aux racines chrétiennes qui l’ont fait naître » ni « à l’authentique humanisme de l’Évangile du Christ ! »[32], n’est-ce pas vouloir revenir en arrière ?

Cet intérêt pour l’unification européenne cache-t-il une volonté de restaurer le passé, l’Europe chrétienne ? S’agit-il d’un projet politique de la part de l’Église ?

La réponse à ces questions est sans ambigüités mais elle a nourri, un temps, les soupçons de quelques-uns.⁠[33]

L’Europe peut-être une « dans le respect dû à toutes ses différences, y compris celles des divers systèmes politiques », dira Jean-Paul II à Compostelle.⁠[34]

Devant le Parlement européen⁠[35], Jean-Paul dénoncera on ne peut plus nettement ce qu’il appelle « l’intégralisme religieux » : « Notre histoire européenne montre abondamment combien souvent la frontière entre « ce qui est à César » et « ce qui est à Dieu » a été franchie dans les deux sens. la chrétienté latine médiévale - pour ne mentionner qu’elle -, qui pourtant a théoriquement élaboré, en reprenant la grande tradition d’Aristote, la conception naturelle de l’État, n’a pas toujours échappé à la tentation intégraliste d’exclure de la communauté temporelle ceux qui ne professaient pas la vraie foi. L’intégralisme religieux, sans distinction entre la sphère de la foi et de celle de la vie civile, aujourd’hui encore pratiqué sous d’autres cieux, paraît incompatible avec le génie propre de l’Europe tel que l’a façonné le message chrétien. »[36] Comment avec une telle affirmation soupçonner le Pape de vouloir restaurer une Europe chrétienne ? La Souverain Pontife est bien conscient que l’Europe est « plurielle » au point de vue religieux et philosophique. Par ailleurs, ardent défenseur des droits de l’homme, il est particulièrement attentif au respect de la liberté religieuse et donc d’une juste laïcité de l’État.⁠[37] Mais il faut à la fois respecter « une juste conception de la laïcité des institutions politiques » et « accorder aux valeurs susmentionnées l’enracinement profond de type transcendant qui s’exprime dans l’ouverture à la dimension religieuse. »⁠[38]

Le monde a donc changé et les valeurs citées étant respectées, l’homme contemporain ne peut s’empêcher aujourd’hui comme hier de s’interroger sur le sens réel de sa vie : « On a l’impression d’une priorité de l’économie sur la morale, d’une priorité du temporel sur le spirituel. […] On ne peut pas vivre pour l’avenir sans comprendre que le sens de la vie est plus grand que celui du temporel, que ce sens est au-dessus de ce temporel. Si la société et les hommes de notre continent ont perdu l’intérêt pour ce sens, ils doivent le retrouver. Peuvent-ils, dans ce but, revenir quinze siècles en arrière ? Au temps où naquit saint Benoît de Nursie ?

Non, ils ne le peuvent pas. Le sens de la vie, ils doivent le retrouver dans le contexte de notre temps. Ce n’est pas possible autrement. Ils ne doivent pas et ils ne peuvent pas retourner au temps de Benoît, mais ils doivent retrouver le sens de l’existence humaine tel qu’il était vécu par Benoît. »[39] Cette recherche de sens implique la liberté car « « Dieu ne veut pas qu’on le serve de force, mais de gré » (St Otto). Ce n’est qu’en respectant ce principe que les États et les blocs politiques surmonteront leurs antagonismes internationaux, et que pourra naître une Europe unie de l’Atlantique à l’Oural »[40] Et cette liberté religieuse implique la distinction des pouvoirs. Comme le dira Jean-Paul II à des représentants d’institutions européennes : « mon propos n’est pas d’entrer dans ce qui relève de l’autorité des organismes ici établis, ni dans les domaines propres de vos compétences ».⁠[41] Et il le répétera dans d’autres circonstances : « il n’appartient pas au Saint-Siège de déterminer les modalités politiques souhaitables de la coopération européenne qui, elle, est nécessaire. Il revient aux hommes politiques, aux experts, de trouver, de proposer démocratiquement à leurs concitoyens et de faire ratifier par les responsables, les solutions concrètes et graduelles de ce grand et complexe problème. »[42] C’est bien l’heure du laïcat.⁠[43]

L’Église « sans revendiquer certaines positions qu’elle a occupées jadis et que l’époque actuelle considère comme totalement dépassées, l’Église elle-même, en tant que Saint-Siège et communauté catholique, offre son service pour contribuer à la réalisation de ces objectifs destinés à procurer aux nations un authentique bien-être matériel, culturel et spirituel ».⁠[44]

Comment « faire l’Europe » ?

La question s’est posée aux pères fondateurs de l’Europe⁠[45] et, dans un premier temps, ils ont « eu l’intuition que le domaine économique se prêtait en premier lieu à un projet communautaire, tant en raison de la situation mondiale que pour éviter désormais les concurrences dangereuses pour la paix. »[46], des Caraïbes et du Pacifique] (https://fr.wikipedia.org/wiki/Pays_ACP[pays appelés ACP). Accord renouvelé en 1979 (Lomé II, 57 pays), 1984 (Lomé III, 66 pays) et 1990 (Lomé IV, 70 pays). En 2000, la Convention de Lomé est remplacée par l’https://fr.wikipedia.org/wiki/Accord_de_Cotonou[accord de Cotonou]. Alors qu’elle ne comptait à l’origine que 18 États membres, elle en compte à présent 79, preuve de son attractivité. Cette coopération avait pour but de favoriser l’adaptation des pays ACP à l’économie de marché. Elle ne doit pas être confondue avec les accords de Lomé signés en 1999 pour mettre fin à la guerre civile de Sierra Leone.] Mais ils étaient bien conscients qu’il fallait aller plus loin. Il faut « construire l’Europe comme une communauté d’hommes […] en l’enrichissant d’un esprit, d’un idéal, d’une âme, parce qu’il ne peut exister de communauté humaine véritable sans ces valeurs culturelles et spirituelles par lesquelles l’homme devient principalement homme. »[47] Il n’est pas possible de « concevoir l’Europe privée de cette dimension transcendante ».⁠[48]

« L’Europe unie, ce n’est plus seulement un rêve ni un souvenir utopique du Moyen Age. […] Ce processus n’est pas et ne peut pas être un événement d’ordre purement politique et économique ; il a une profonde dimension culturelle, spirituelle et morale. L’unité culturelle de l’Europe vit dans et par les différentes cultures qui s’interpénètrent et s’enrichissent mutuellement. cette caractéristique définit l’originalité et l’autonomie de la vie dans notre continent. La recherche de l’identité européenne nous ramène à ses sources.

Si la mémoire historique de l’Europe ne plonge pas au-delà des idéaux des lumières, son unité nouvelle aura des fondements superficiels et instables. Le christianisme […] est à la racine même de la culture européenne. la marche vers une nouvelle unité de l’Europe ne pourra pas ne pas en tenir compte ! »[49]

L’Europe, un continent malade

Comme nous l’avons vu, il ne s’agissait pas de revenir en arrière. Il s’agissait et il s’agit toujours de considérer la construction européenne dans le contexte contemporain et tout d’abord de bien analyser la situation de l’Europe et de ne pas fermer les yeux sur les problèmes graves qu’elle connaît.⁠[50]

Comment ne pas prendre en compte notamment les innombrables et graves conflits politiques et religieux qui ont déchiré l’Europe ? ⁠[51] « L’histoire commune de l’Europe, déclare Jean-Paul II, ne présente pas seulement des traits resplendissants, mais ,présente aussi des points noirs, terribles, qui sont incompatibles avec l’esprit d’humanisme et la Bonne Nouvelle annoncée par Jésus-Christ ». Ce sont les « guerres sanglantes et haineuses », les persécutions, les exodes, les assassinats pour fait de race, de nationalité, de convictions et cela aussi de la part de chrétiens ! « Reconnaître nos fautes et implorer le pardon, car nous autres chrétiens, nous sommes devenus coupables, par pensées, paroles et par actions et parce que nous ne sommes pas intervenus pour empêcher l’injustice.

Dans l’histoire de l’Europe, ce ne sont cependant pas seulement les rapports entre les États ainsi que la vie politique qui sont caractérisés par la discorde. L’Église du Christ est également traversée par des lignes de démarcation et des fossés tracés par les divisions religieuses.[52] Les intérêts politiques et les problèmes sociaux se sont mêlés avec des luttes fanatiques, l’oppression et l’expulsion d’hommes n’ayant pas la même foi ainsi que l’oppression des consciences. Nous qui devons administrer l’héritage que nous ont légué nos pères présentons également cette Europe devenue profondément coupable sous la Croix. Car c’est dans la Croix que réside l’espoir. »[53] Les chrétiens soucieux de « faire l’Europe » doivent donc faire preuve d’humilité.⁠[54]

Nous traînons donc un lourd passé de discordes et aujourd’hui des divisions civiles et religieuses subsistent et nourrissent une crise profonde : « Dans le domaine civil, l’Europe est divisée. Des fractures artificielles privent ses peuples du droit de se rencontrer tous dans un climat d’amitié ; et du droit à unir librement leurs efforts et leur créativité au service d’une vie sociale pacifique, ou d’une contribution solidaire pour résoudre les problèmes qui touchent les autres continents. La vie civile se trouve marquée par les conséquences d’idéologies sécularisées, qui vont d la négation de Dieu ou de la limitation de la liberté religieuse à l’importance prépondérante attribuée au succès économique par rapport aux valeurs humaines du travail et de la production ; du matérialisme et de l’hédonisme[55], qui sapent les valeurs de la famille nombreuse et unie, celles de la vie dès la conception[56] et de la protection morale de la jeunesse, jusqu’à un « nihilisme » qui désarme la volonté d’affronter les problèmes cruciaux comme le sont ceux des nouveaux pauvres, des émigrés, des minorités ethniques et religieuses, du bon usage des moyens d’information, tout en armant les mains du terrorisme. »

Sur le plan religieux : l’Europe est divisée « non pas tant ni principalement à cause des divisions qui se sont produites au cours des siècles, que parce que les baptisés et les croyants ont abandonné les raisons profondes de leur foi et la vigueur doctrinale et morale de cette vision chrétienne de la vie qui garantit l’équilibre des personnes et des communautés. »⁠[57]

De plus, aujourd’hui, « nous nous trouvons dans une Europe où se fait toujours plus forte la tentation de l’athéisme et du scepticisme, où pousse une pénible incertitude morale avec la désagrégation de la famille et la dégénérescence des mœurs, où domine un conflit dangereux d’idées et de courants. »[58] Nous nous trouvons face à un « agnosticisme pratique » et à une « indifférence tranquille ».⁠[59]

Un remède pour l’Europe

Cette situation pousse l’Église à œuvrer pour la paix à l’intérieur des nations, entre les nations, à développer l’œcuménisme et, en définitive, à réévangéliser l’Europe : « La source d’espérance, pour l’Europe et pour le monde entier, est le Christ, le Verbe fait chair, le seul médiateur entre Dieu et l’homme. C’est l’Église, le chemin par lequel passe et se répand la vague de grâce surgie du Cœur transpercé du Rédempteur. » Il faut présenter le Christ à ceux « qui vivent plongés dans le relativisme et le matérialisme ».⁠[60]

L’affirmation est nette et sans complexe : malgré les divisions politiques économiques idéologiques, l’Europe qui « ne peut cesser de chercher son unité fondamentale, doit se tourner vers le christianisme. »[61]

En effet, où trouver remèdes, où trouver le socle solide de l’unité européenne sinon dans ses « racines », dans son « patrimoine », dans son « identité »[62] ou encore dans son « héritage »[63], marqués par le christianisme.⁠[64]

Les maux évoqués ci-dessous, témoignent eux-mêmes de la nécessité de retrouver ce patrimoine. On ne peut même comprendre ces maux qu’à la lumière du christianisme.

Jean-Paul II l’a longuement expliqué devant les évêques d’Europe : « les transformations de la conscience européenne, poussées jusqu’aux plus radicales négations de l’héritage chrétien, ne demeurent pleinement compréhensibles que dans une référence essentielle au christianisme. les crises de l’Européen sont les crises du chrétien. les crises de la culture européenne sont les crises de la culture chrétienne. […] L’épilogue fatal des courants philosophico-culturels et des mouvements de libération fermés à la transcendance, tout cela a fini par désenchanter l’Européen en le poussant vers le scepticisme, le relativisme et en le faisant même tomber dans le nihilisme, dans l’insignifiance et l’angoisse existentielle […]. Ces épreuves, ces tentations et cet aboutissement du drame européen interpellent non seulement le christianisme et l’Église de l’extérieur, comme une difficulté ou un obstacle extérieurs à dépasser dans l’œuvre d’évangélisation, mais, au sens vrai, ils sont intérieurs au christianisme et à l’Église. » Les « maux » ne se comprennent que « sur l’horizon d’une conscience chrétienne ». Ainsi l’athéisme est « plus une rébellion et une infidélité à Dieu qu’une simple négation de Dieu » Le sécularisme « s’est alimenté et s’alimente dans la conception biblique de la création et de la relation de l’homme et du cosmos. » « L’entreprise scientifico-technique d’assujettir le monde » est « dans la ligne biblique de la tâche que Dieu a confiée à l’homme. » La volonté de pouvoir est « la tentation de l’homme et du peuple sous le signe de l’alliance avec Dieu ». Dès lors, les remèdes sont à chercher aussi « à l’intérieur de l’Église et du christianisme. […] Si l’athéisme est une tentation de la foi, c’est par l’approfondissement et la purification de la foi qu’il sera vaincu. Si le sécularisme met en cause la conception de l’homme dans le monde et l’utilisation de l’univers, l’évangélisation devra proposer de nouveau cette théologie et cette spiritualité cosmiques […]⁠[65]. Si la révolution industrielle […] a donné naissance à un type d’économie, à des rapports sociaux et à des mouvements qui semblent s’opposer à l’Église et faire obstacle à l’évangélisation, c’est en vivant, en annonçant et en incarnant l’Évangile de la justice, de la fraternité et du travail que nous restituerons au monde du travail un monde humain et chrétien ». Il faut donc « faire appel à la foi et à la sainteté de l’Église pour répondre à ces problèmes et à ces défis n’est pas une volonté de conquête ou de restauration, mais le chemin obligé qui va jusqu’au fond des défis et des problèmes.[…] C’est en étant fidèle jusqu’au bout au Christ et en devenant toujours davantage par la sainteté de sa vie et par les vertus évangéliques transparence du Christ, que l’Église entrera dans l’âme et le cœur de l’Europe. » Pour cela, il est nécessaire de « demander pardon de nos infidélités, de nos divisions et des maladies que nous avons répandues dans le monde. » Et le pape de réaffirmer : « Nous n’avons pas de recettes économiques ni de programmes politiques à proposer. mais nous avons un message et une Bonne Nouvelle à annoncer ». Il faut que le monde choisisse : « Que l’Europe s’enferme dans ses petites ambitions terrestres, dans ses égoïsmes, et qu’elle succombe dans l’angoisse et dans l’insignifiance en renonçant à sa vocation et à son rôle historique, ou bien qu’elle retrouve son âme dans la civilisation de la vie, de l’amour et de l’espérance, dépend également de nous. »[66]

Devant le Parlement européen il n’hésitera pas à souhaiter la reconnaissance du « patrimoine religieux », des « racines chrétiennes »[67] et l’« invocation à Dieu ».⁠[68]

Le thème des « racines » est tout à fait fondamental dans la pensée de Jean-Paul II.⁠[69] Racines communes à toutes les nations européennes, racines qui seules peuvent servir à construire l’unité souhaitée.

Pour ne pas mal comprendre la pensée de Jean-Paul II, on peut l’éclairer des réflexions du philosophe Rémi Brague sur la spécificité culturelle du christianisme⁠[70]. On constatera une familiarité entre la description du philosophe et le souhait du Souverain Pontife qui ne peut être défini comme une volonté de restauration pur et simple du passé, d’un passé d’ailleurs qui n’a peut-être pas existé tel qu’on le rêve a posteriori.

Tout d’abord, il faut reconnaître que « l’influence du christianisme sur l’Europe est un fait historique incontestable »[71] qui a pris du temps, mille ans environ⁠[72]. Tout historien doit en convenir et tout homme le constate dans les arts comme dans nombre d’habitudes et institutions. Mais, nous rappelle immédiatement le philosophe, un fait ne peut jamais fonder un droit. Constater l’héritage chrétien donc n’engage à rien.⁠[73]

Ceci dit, l’auteur, pour évaluer ce que le christianisme apporte et peut apporter à l’Europe nous propose une clé d’analyse : « le christianisme est moins un contenu de la culture européenne que sa forme ». Il ne s’agit pas, dans cette optique, de « défendre » un contenu « contre » d’autres, une culture contre une autre⁠[74]. Il s’agit de reconnaître le christianisme comme « forme ». qu’est-ce à dire ? Alors que toutes les religions se définissent en interprétant ou en rejetant la religion précédente⁠[75], le christianisme, lui, fait unique dans l’histoire, « reconnaît l’authenticité d’une religion qui l’a précédé […] telle qu’elle s’atteste elle-même dans les Écritures qui sont celles du judaïsme avant d’être celles du christianisme. »[76] Cette caractéristique subsiste. Introduit dans un monde déjà marqué par une culture et des institutions, dans un monde marqué par la culture grecque et le droit romain, le christianisme les accepte comme il a accepté la culture juive, il les corrige et les épure au nom d’une morale qu’il n’a pas inventée.⁠[77] Certes, l’Europe plus ou moins christianisée s’est souvent mal conduite vis-à-vis des autres civilisations mais le christianisme en tant que religion , sans être une culture « propose un modèle de rapport à la culture : un rapport de reconnaissance, aux deux sens du terme » : une « gratitude envers ce qu’on a reçu » et le respect de l’autre en tant que tel.⁠[78]

Avec ces précisions, nous pouvons comprendre exactement ce que Jean-Paul II explique à un aréopage non confessionnel intéressé par la construction de l’Europe⁠[79] quel rôle l’Église propose⁠[80] de jouer en la matière : « Montrer les chemins concrets pour y parvenir et les aplanir progressivement peut faire l’objet de vos consultations ; la réalisation rentre dans la compétence des hommes politiques ; l’Église considère qu’elle a pour tâche d’encourager fermement les responsables, mais en même temps de leur faire observer que le processus d’unification de l’Europe, au-delà des ententes souhaitables dans les domaines technique, militaire et politique, doit trouver ses fondements et son milieu vital dans un renouveau spirituel et moral de la culture occidentale, qu’il faut rechercher avec une urgence tout aussi grande. Là l’Église elle-même se sent directement provoquée de façon toute particulière. De même que le christianisme, au cours du premier millénaire de l’Europe, a intégré l’héritage gréco-romain[81] et la culture des Germains, des Celtes et des Slaves[82], et a donné vie à un esprit européen commun, de même aujourd’hui peut-elle contribuer efficacement à ce que les peuples divers de ce continent construisent une nouvelle civilisation européenne commune à partir de leur grande multiplicité culturelle et nationale. La promotion d’un tel renouveau et d’une telle construction communautaire dépend pour une part essentielle du renforcement et de l’approfondissement des valeurs morales et spirituelles fondamentales que les peuples d’Europe ont appris à apprécier et à vivre à l’école du christianisme : la dignité de la personne humaine et ses droits fondamentaux imprescriptibles, l’inviolabilité de la vie, la liberté et la justice, le sens de la communauté humaine et de la solidarité, particulièrement envers les pauvres et envers ceux qui sont privés de leurs droits, la responsabilité morale de chacun pour la conduite de sa propre vie et pour le bien commun, l’engagement pour les peuples sous-développés, la christianisation du monde et le soin de l’héritage culturel et religieux.

L’Europe ne peut se renouveler et se retrouver elle-même que par le renouveau de ces valeurs communes, auxquelles elle doit sa propre histoire, son précieux patrimoine culturel et sa mission dans le monde. L’Église peut et veut apporter pour cela sa contribution irremplaçable. Elle désire aider l’Europe à retrouver son âme et son identité, comme à apprécier à sa juste valeur et à réaliser sa vocation dans la communauté internationale des peuples. »[83] Il ne s’agit pas de « construire une Europe parallèle à celle qui existe » mais révéler « l’Europe à elle-même » montrer « son âme et son identité à l’Europe », offrir « à l’Europe la clé d’interprétation de sa vocation ».⁠[84]

Le « renouveau spirituel et moral de la culture occidentale »[85] qui peut donner des « fondements » et un « milieu vital » à l’Europe, qui construira « une nouvelle civilisation européenne commune » doit se faire comme jadis à partir de la « grande multiplicité culturelle et nationale » présente. Cette « la construction communautaire dépend pour une part essentielle du renforcement et de l’approfondissement des valeurs morales et spirituelles fondamentales que les peuples d’Europe ont appris à apprécier et à vivre à l’école du christianisme ». Conscient que l’adjectif « spirituel » pourrait en hérisser plus d’un, Jean-Paul II se plaît à montrer qu’en l’utilisant il est dans la ligne du statut⁠[86] que les Européens se sont donné. Pour dire, en bref, le pourquoi et le comment de la construction européenne, il reprend quelques « expressions essentielles » du statut: le but est « la paix fondée sur la justice », « pour la préservation de la société humaine et de la civilisation ». Comment ? Dans un inébranlable attachement « aux valeurs spirituelles et morales qui sont le patrimoine commun de leurs peuples ».⁠[87]

Comme on l’a compris, ce n’est pas dans la substance même du christianisme de faire « table rase » du passé pas plus que du présent. Les « valeurs communes » indispensables à une vraie et solide unité⁠[88] ne sont pas à reprendre telles qu’elles ont été parfois vécues dans le passé mais doivent être renouvelées dans la mesure où le temps a passé précisément et apporté des choses neuves.

Quelles sont les valeurs qui doivent être renouvelées et en quoi consiste ce renouvellement.

Le dictionnaire nous aide à comprendre que renouveler c’est « rétablir dans un état nouveau en remplaçant par une chose nouvelle et semblable (ce qui a servi, subi une altération, une déperdition) » ; ou encore « changer en donnant une forme nouvelle » ; « faire renaître, donner une vigueur nouvelle » ; « remettre en vigueur, faire revivre », etc..⁠[89]

Les « valeurs » à faire revivre sont : « la dignité de la personne humaine et ses droits fondamentaux imprescriptibles, l’inviolabilité de la vie, la liberté et la justice, le sens de la communauté humaine et de la solidarité, particulièrement envers les pauvres et envers ceux qui sont privés de leurs droits, la responsabilité morale de chacun pour la conduite de sa propre vie et pour le bien commun, l’engagement pour les peuples sous-développés, la christianisation du monde et le soin de l’héritage culturel et religieux. »[90]

Répondant à la question de savoir quel a été l’apport du christianisme aux différents peuples d’Europe, Jean-Paul II dira : « En près de vingt siècles, le christianisme a contribué à forger une conception du monde et de l’homme qui demeure aujourd’hui un apport fondamental, au-delà des divisions, des faiblesses, voire des abandons des chrétiens eux-mêmes ». Comment caractériser cette « conception du monde et de l’homme » ? « Le message chrétien traduit une relation si étroite de l’homme avec son Créateur qu’il valorise tous les aspects de la vie, à commencer par la vie physique : le corps et le cosmos sont l’œuvre et le don de Dieu. la foi au Dieu créateur a démythifié le cosmos pour l’offrir à l’investigation rationnelle de l’homme. Maîtrisant son corps et dominant la terre, la personne déploie des capacités à leur tour « créatrices » : dans la vision chrétienne, l’homme, loin de mépriser l’univers physique, en dispose librement et sans crainte. Cette vison positive a largement contribué au développement par les Européens des sciences et des techniques.

En paix avec le cosmos, l’homme chrétien a aussi appris à respecter la valeur inestimable de chaque personne, créée à l’image de Dieu et rachetée par le Christ. Rassemblés dans les familles, les cités, les peuples, les êtres humains ne vivent pas et ne peinent pas en vain : le christianisme leur apprend que l’histoire n’est pas un cycle indifférent en perpétuel recommencement, mais qu’elle trouve un sens dans l’alliance que Dieu propose aux hommes afin de les convier à accepter librement son Règne. » S’ajoute à cela « une haute notion de la dignité de la personne », l’affirmation d’une « conscience irréductible aux conditionnements qui pèsent sur elle, une conscience capable de connaître sa dignité propre et de s’ouvrir à l’absolu, une conscience qui est source des choix fondamentaux guidés par la recherche du bien pour les autres comme pour soi, une conscience qui est le lieu d’une liberté responsable. »[91]

Ailleurs, il ajoutera que même sur le plan de la démocratie, l’apport du christianisme peut être vivifiant et original. En effet, « la démocratie, ne vise pas un égalitarisme qui nivelle tout, mais le respect des personnes, de leurs droits fondamentaux, de leur liberté, en restant attentif au rôle primordial des familles et des corps intermédiaires, et en gardant également le souci de dépasser les intérêts particuliers lorsque le bien commun est en cause. On peut parler à ce point de vue d’une éthique parlementaire. »[92] Plus largement, il faut vivifier « le sens du droit, l’unité dans la multiplicité des nations , la volonté de participation responsable, la créativité dans l’art et dans la pensée. Il faudra en outre chercher les voies d’un dialogue renouvelé entre foi et culture » pour « refonder la culture européenne ».⁠[93]

Si tout le monde, en principe, reconnaît et défend ces valeurs, peut-être certains seront-ils choqués d’entendre le pape glisser dans son énumération « la christianisation du monde »[94]. En fonction du simple droit à la liberté religieuse, refuser ce principe serait tout d’abord oublier que « le christianisme a vocation de profession publique et de présence active dans tous les domaines de la vie ». Et immédiatement, Jean-¨Paul II en déduit que son devoir est « de souligner avec force que si le substrat religieux et chrétien de ce continent devait en venir à être marginalisé dans son rôle d’inspirateur de l’éthique et dans son efficacité sociale, c’est non seulement tout l’héritage du passé européen qui serait nié, mais c’est encore un avenir digne de l’homme européen - je dis de tout homme européen, croyant ou incroyant - qui serait gravement compromis. »[95] Refuser le principe de christianisation serait ensuite oublier « que la conscience de la dignité humaine et des droits correspondants -même si on n’employait pas ce mot - est née en Europe sous l’influence du christianisme ».⁠[96]

L’héritage est donc bien présent et identifié. Le récuser, le relativiser, serait suicidaire⁠[97] : Il faut s’atteler à « la construction d’une culture et d’une éthique de l’unité, sans lesquelles n’importe quelle politique de l’unité est destinée tôt ou tard à s’effondrer. » Et, une fois encore, « pour édifier la nouvelle Europe sur des bases solides, il ne suffit pas de lancer un appel aux seuls intérêts économiques qui, s’ils rassemblent parfois, d’autre fois divisent, mais il est nécessaire de s’appuyer plutôt sur les valeurs authentiques, qui ont leur fondement dans la loi morale universelle, inscrite dans le cœur de tout homme. Une Europe qui remplacerait ces valeurs de tolérance et de respect universel par l’indifférentisme éthique et le scepticisme en matière de valeurs inaliénables, s’ouvrirait aux aventures les plus risquées et verrait tôt ou tard réapparaître sous de nouvelles formes les spectres les plus effroyables de son histoire. »[98] Et si l’on parle de La crise de la civilisation[99] ou du Déclin de l’Occident[100], ces formules empruntées à des œuvres célèbres, « ne veulent signifier que l’extrême actualité et nécessité du Christ et de l’Évangile. Le sens chrétien de l’homme, image de Dieu[101], selon la théologie grecque si appréciée par Cyrille et Méthode et approfondie par saint Augustin, est la racine des peuples de l’Europe et il faut s’y rapporter avec amour et bonne volonté pour donner la paix et la sérénité à notre époque. C’est seulement ainsi que se découvre le sens humain de l’histoire qui est en réalité « l’histoire du salut ». »[102]

« Pour conjurer cette menace, le rôle du christianisme s’avère encore une fois vital » mais il est sous-entendu qu’à ce travail de redécouverte et de rajeunissement, les catholiques ne sont pas seuls conviés : « A la lumière des nombreux points de rencontre avec les autres religions que le Concile Vatican II a reconnues (cf. décret Nostra aetate), on doit souligner avec force que l’ouverture au Transcendant est une dimension vitale de l’existence. Il est donc essentiel que tous les chrétiens présents dans les différents pays du continent s’engagent à un témoignage renouvelé. »[103] Et nous allons voir que non seulement les diverses confessions chrétiennes sont invitées mais aussi les non chrétiennes et même les incroyants.

Au sujet des diverses confessions chrétiennes, Jean-Paul II souligne que l’unité politique de l’Europe interpelle aussi l’unité des chrétiens et doit renforcer le dialogue œcuménique : « Aujourd’hui se réveille parmi les chrétiens d’Europe une conscience nouvelle de leur responsabilité spécifique dans la construction d’une Europe unie, qui puisse tirer son inspiration et son énergie de cette tradition chrétienne qui unit tous les peuples. On ne doit pas oublier -et moins encore le renier - que la vie de ces peuples, au Nord comme au Sud, à l’Est comme à l’Ouest, est objectivement enracinée dans les valeurs chrétiennes ; et ces valeurs chrétiennes communes peuvent leur rendre la conscience d’appartenir à une unique famille de peuples. Parmi les chrétiens divisés grandit l’exigence profonde de retrouver leur unité historique pour construire ensemble la maison de famille des peuples européens. l’unité des chrétiens est profondément liée à l’unification du continent : c’est notre vocation et notre devoir historique à l’heure présente. »[104] Il intègre l’apport du judaïsme dans la constitution des « racines » de l’Europe : « La civilisation européenne garde […] ses racines profondes près de cette source d’eau vive que sont les Saintes Écritures : Dieu unique s’y révèle comme notre Père et nous engage, par ses commandements, à lui répondre par l’amour, dans le liberté. A l’aube d’un nouveau millénaire, l’Église en annonçant à l’Europe l’Évangile de Jésus-Christ, découvre chaque fois mieux, avec joie, les valeurs communes, soit chrétiennes, soit juives, par lesquelles nous nous reconnaissons comme frères et auxquelles se réfèrent l’histoire, la langue, l’art, la culture des peuples et des nations de ce continent. »[105]

Jean-Paul II insiste aussi sur le devoir de respecter les « croyants des autres religions » et de dialoguer avec eux.⁠[106]

Et c’est très logiquement qu’en de nombreuses occasions, Jean-Paul II va demander une « nouvelle évangélisation » de l’Europe, une « seconde évangélisation » pour « reconstruire les consciences à la lumière de l’Évangile du Christ, cœur de la civilisation européenne »[107]. Une réévangélisation est nécessaire⁠[108] pour revivifier les racines, leur offrir un socle et une justification fondamentaux : « l’évangélisation du continent européen » est certes un « thème complexe, extrêmement complexe » qui doit être abordé « dans un esprit de collaboration fraternelle avec les représentants des Églises et communautés avec lesquelles nous ne sommes pas en pleine unité ». On ne peut éluder la question : « pour l’Europe se pose […] le problème de l’« autoévangélisation » […]. L’Église doit toujours s’évangéliser. L’Europe catholique et chrétienne a besoin de cette évangélisation. Elle doit s’évangéliser elle-même. »[109] La raison a été évoquée plus haut : « Peut-être nulle part ailleurs n’apparaissent aussi clairement que dans notre continent les courants de la négation de la religion, de la « mort de Dieu », de la sécularisation programmée, de l’athéisme militant organisé. »[110] Nous vivons une « crise de la culture dans la mort ou l’affaiblissement des valeurs idéales communes et des principes éthiques et religieux obligatoires pour tous ».⁠[111] Hier, comme aujourd’hui, l’évangélisation est donc nécessaire et sans doute suivant les mêmes vecteurs : « De l’œuvre des saints est née une civilisation européenne fondée sur l’Évangile du Christ et a surgi un ferment pour un authentique humanisme imprégné de valeurs éternelles, tandis que s’enracinait par ailleurs une œuvre de promotion civile sous le signe et dans le respect du primat du spirituel. La perspective ouverte alors par la fermeté de ces témoins de la foi est toujours actuelle et constitue la route idéale pour continuer à construire une Europe pacifique, solidaire, vraiment humaine, et pour dépasser les oppositions et contradictions qui risquent de bouleverser la sérénité des individus et des nations ».⁠[112]

L’action à entreprendre peut se développer à deux niveaux. d’une manière générale, il faut : « faire naître de nouvelles impulsions et de nouvelles forces pour un renouveau global de l’Europe, au plan spirituel, moral et politique, sur un terrain idéal où elle pourrait remplir de manière responsable et efficace la mission spirituelle qui lui revient aujourd’hui au sein de la communauté des peuples ». Et le Pape de préciser : « la mission spirituelle de l’Europe est la mission des Européens et […] sa mission chrétienne est celle des chrétiens d’Europe ».⁠[113] Ce distinguo confirme ce que nous avions pensé précédemment : l’adjectif « spirituel » peut être considéré comme un synonyme de « moral » et, dans ce cas, tous les hommes de bonne volonté, tous les « Européens » doivent se mobiliser. Les chrétiens qui doivent collaborer sans crainte avec tous les « Européens » conscients de l’enjeu, ont une mission identique avec, en plus, une spécificité qui est, dans la mesure du possible, d’ouvrir à la foi c’est-à-dire au seul vrai fondement et à la justification ultime de cette quête « spirituelle » : « les chrétiens peuvent en définitive - personnellement ou, mieux encore, associés à ceux qui ont les mêmes idées qu’eux - apporter les valeurs et les convictions dont ils vivent, en collaboration avec des hommes ayant d’autres visions du monde, en vue de créer un État et une société dignes de l’homme et contribuer ainsi de manière décisive au renouvellement intérieur de l’Europe tout entière. »[114] Tous ont une mission et plus particulièrement « les penseurs, les scientifiques, les artistes, les explorateurs, les inventeurs, les chefs d’État, les apôtres et les saints ».⁠[115]

La nouvelle évangélisation implique un renouveau culturel : « A la veille du troisième millénaire, la mission apostolique de l’Église l’engage à une nouvelle évangélisation où la culture revêt une importance primordiale. […] le nombre de chrétiens augmente mais, dans le même temps, s’accentue la pression d’une culture sans ancrage spirituel. La déchristianisation a engendré des sociétés sans référence à Dieu. Le reflux du marxisme-léninisme athée comme système politique totalitaire en Europe est loin de résoudre les drames qu’il a provoqués en trois quarts de siècle. Tous ceux que ce système totalitaire a touchés d’une manière ou d’une autre, ses responsables et ses partisans comme ses opposants les plus irréductibles, sont devenus ses victimes. Ceux qui ont sacrifié à l’utopie communiste leur famille, leurs énergies et leur dignité prennent conscience d’avoir été entraînés dans un mensonge qui a très profondément blessé la nature humaine. les autres retrouvent une liberté à laquelle ils n’ont pas été préparés et dont l’usage reste hypothétique, car ils vivent dans des conditions politiques, sociales et économiques précaires, et connaissent une situation culturelle confuse, avec le réveil sanglant des antagonismes nationalistes. […] Le vide spirituel qui mine la société est d’abord un vide culturel, et c’est la conscience morale, renouvelée par l’Évangile du Christ, qui peut vraiment le combler. »⁠[116]

L’unité dans la diversité

« Faire l’Europe », ce sont des « racines » communes, redécouvertes et revivifiées mais c’est aussi une manière de faire l’unité dans la diversité, « sans nivellement appauvrissant »[117],

de construire un ensemble où les nations gardent aussi leur âme, leurs racines particulières, « une vaste communauté diverse mais unie ».⁠[118]

Il s’agit de respecter « le caractère original de chaque région, mais en retrouvant dans ses racines un esprit commun »[119] .

Fils de la Pologne qui a résisté à l’uniformité communiste, il sait le prix et la force d’une personnalité culturelle, de la « nation » comme il l’a montré dans son Discours à l’Unesco⁠[120]. Il ne s’agit en aucun cas d’une réhabilitation du nationalisme : Jean-Paul II, comme ses prédécesseurs, a dénoncé « les nationalismes exagérés au lieu de l’authentique amour de la patrie »[121]. Mais il a constaté que « la violation des droits de l’homme va de pair avec la violation des droits de la nation, avec laquelle l’homme est uni par des liens organiques, comme une famille agrandie ».⁠[122] « On ne peut comprendre l’homme en dehors de cette communauté qu’est la nation, il est naturel qu’elle ne soit pas l’unique communauté, toutefois elle est une communauté particulière, peut-être la plus intimement liée à la famille, la plus importante pour l’histoire spirituelle de l’homme. »[123].

Vu l’importance de cette nation, dans la construction européenne, s’imposent « les questions essentielles : comment accéder à une fraternité élargie, sans rien perdre des traditions valables propres à chaque pays ou région ? Comment développer les structures de coordination sans diminuer la responsabilité à la base ou dans les corps intermédiaires ? Comment permettre aux individus, aux familles, aux communautés locales, aux peuples d’exercer leurs droits et leurs devoirs, en s’ouvrant, à l’intérieur de cette Communauté européenne et face au reste du monde, en particulier au reste de l’Europe et aux pays les plus démunis, à un bien commun plus large et à une plus grande harmonie ? »[124]

Appliquant le vieux et sacré principe de subsidiarité⁠[125], il faut  »…​accéder à une fraternité élargie, sans rien perdre des traditions valables propres à chaque pays ou région […] développer les structures de coordination sans diminuer la responsabilité à la base ou dans les corps intermédiaires […] permettre aux individus, aux familles, aux communautés locales, aux peuples d’exercer leurs droits et leurs devoirs »[126] . La diversité est précieuse et légitime et, dans le cas de l’Europe, elle renvoie à un substrat identique, au fond chrétien.⁠[127] Certes, et « plus que jamais l’Europe a besoin de retrouver son identité spirituelle, incompréhensible sans le christianisme. » Mais, « le christianisme n’est pas quelque chose qui vient en supplément, quelque chose d’étranger à la conscience européenne : à cette conscience qui constitue le tissu conjonctif profond et véritable du Vieux Continent, sous-jacent à la légitime diversité des peuples, des cultures et des histoires. le christianisme, l’annonce de l’Évangile, est à l’origine de cette conscience, de cette unité spirituelle. »[128]

La preuve est faite, en Europe, qu’« une multiplicité d’ethnies peut coexister sur un territoire limité, […] les tensions ainsi créées stimulent la créativité, donnant lieu à une unité dans la multiplicité ». Une fois encore, « ce qui a permis au continent européen de trouver cette unité dans la multiplicité, c’est avant tout la propagation d’une seule et même foi chrétienne » grâce aux missionnaires et aux pèlerins. « La Communauté culturelle du continent européen, qui continue à exister en dépit de toutes les crises et scissions, ne s’explique pas, si on fait abstraction de la teneur du message chrétien. Amalgamé à la spiritualité antique, celui-ci forme un patrimoine commun auquel l’Europe doit sa richesse et sa vigueur, l’épanouissement des arts et des sciences, de la formation et de la recherche, de la philosophie et de la spiritualité. Dans le contexte des croyances chrétiennes, la vision chrétienne de l’homme a marqué d’une façon toute particulière la civilisation européenne. La conviction de ce que l’homme a été créé à l’image de Dieu et qu’il a été racheté par Jésus-Christ, fils de Dieu, a solidement enraciné dans l’histoire du salut la considération et la dignité de la personne humaine, le respect du droit de la personne humaine au libre épanouissement dans la solidarité avec les autres hommes. Il était donc logique que les droits généraux de l’homme aient été formulés et proclamés d’abord en Occident. »[129]

En bref, « le christianisme a été pour notre Continent un facteur primordial d’unité entre les peuples et les cultures et de promotion intégrale de l’homme et de ses droits. »[130] Cette capacité manifestée par le christianisme de créer l’unité dans la diversité reste indispensable et urgente à une époque « caractérisée par une nouvelle phase du processus d’intégration européenne et par sa forte évolution dans un sens multi-ethnique et multi-culturel ».⁠[131]

Malgré les conflits sanglants et les crises spirituelles, « on doit affirmer que l’identité européenne est incompréhensible sans le christianisme et que c’est précisément en lui que se trouvent ces racines communes qui ont permis la maturation de la civilisation d’un continent, de sa culture, de son dynamisme, de son esprit d’entreprise, de sa capacité d’expansion constructive, y compris dans les autres continents ; en un mot, tout ce qui constitue sa gloire.[…] Et de nos jours encore, l’âme de l’Europe reste unie car, en plus de son origine commune, elle possède des valeurs chrétiennes et humaines identiques, comme la dignité de la personne humaine, le sens profond de la justice et de la liberté, l’application au travail, l’esprit d’initiative, l’amour de la famille, le respect de la vie, la tolérance et le désir de coopération et de paix, toutes valeurs qui la caractérisent ».⁠[132] La diversité des opinions n’'est pas un obstacle à la recherche d’une unité : « Nous chrétiens, proclamons ouvertement l’Évangile de Jésus-Christ, mais nous n’imposons notre foi ou nos convictions à personne. Nous reconnaissons qu’il n’y a pas d’unanimité sur la façon dont les droits de l’homme se fondent philosophiquement. Néanmoins nous sommes tous appelés à défendre tout être humain, sujet de droits inaliénables et à travailler parmi nos contemporains, pour obtenir un consentement unanime sur l’existence et la substance de ces droits humains. »⁠[133] Et l’Église a un rôle capital à jouer : « l’Église ne peut renoncer à proclamer la vérité sur le caractère intégral des valeurs humaines fondamentales, car si l’on ne retient que certaines d’entre elles, cela peut miner les fondements de l’ordre social. Même les Etas pluralistes ne peuvent pas renoncer aux normes éthiques dans leur législation et dans la vie publique, spécialement lorsque le bien essentiel qu’est la vie de l’homme depuis le moment de sa conception jusqu’à sa mort naturelle exige une protection ».⁠[134]

Jean-Paul II va même plus loin. En parlant de l’Europe devant le Corps diplomatique, il rappelle ce qu’il était écrit dans Gaudium et spes[135] « Comme, de par sa mission et sa nature, l’Église n’est liée à aucune forme particulière de culture, ni à aucun système politique, économique ou social, par cette universalité même, elle peut être un lien très étroit entre les différentes communautés humaines et entre les différentes nations, pourvu que celles-ci lui fassent confiance et lui reconnaissent en fait une authentique liberté pour l’accomplissement de sa mission. »[136] On peut en conclut que même si le christianisme n’avait pas été le substrat historique de l’Europe, il aurait par nature été l’instrument idéal de l’unification. Dès lors, il aurait un rôle semblable à jouer sur les autres continents ou régions du monde en quête de regroupement, comme dans l’ensemble de la planète.

L’Europe ouverte sur le monde

Revenons à la question initiale : « pourquoi faire l’Europe ? ». Pour en faire une citadelle ? Un univers protégé et clos ?⁠[137]

Tel n’était pas l’esprit des fondateurs. Konrad Adenauer déclarait en avril 1951: « le pool charbon-acier n’est constitué ni pour séparer l’Europe du reste du monde, ni pour étendre l’égoïsme national à des limites continentales ».

Jean-Paul II rappelle un grand principe :  »…​il y a un bien commun de la communauté internationale que les pays d’Europe doivent aussi rechercher, avec courage, sens de l’équité et désintéressement…​ »⁠[138]. La vocation de l’Europe, conformément à son passé, est claire : l’Europe doit continuer à se montrer ouverte et exemplaire. »[139] En effet, elle « a un rôle à jouer dans les événements humains du troisième millénaire : elle qui a tant contribué au progrès humain au cours des siècles passés pourra être demain encore un phare lumineux de civilisation pour le monde, si elle sait puiser à nouveau, dans la concorde et l’harmonie, à ses sources originaires : le meilleur humanisme classique, élevé et enrichi par la Révélation chrétienne. »[140] Il invite donc l’Europe, par exemple, à s’ouvrir « aux pays les plus démunis, à un bien commun plus large et à une plus grande harmonie […] »⁠[141] d’ailleurs, « l’Europe a le sentiment vague, presque inconscient, qu’elle a des obligations envers les peuples qui la composent et le reste de la famille humaine. Pour relever le défi de remplir ses obligations, l’Europe a besoin de redécouvrir son identité la plus profonde. Elle a besoin de surmonter toute répugnance ; quelle qu’elle soit, pour reconnaître le patrimoine commun et la civilisation de ses peuples, divisés comme ils le sont par des frontières physiques, politiques et idéologiques, mais unis par les liens d’une culture qui, véritablement, les embrasse tous. »[142]

Cet appel à l’ouverture et à l’attention au reste du monde n’oblitère pas le mal que l’Europe a pu commettre à travers l’histoire dans certaines parties du monde mais il n’empêche qu’elle a joué aussi un rôle positif qu’elle peut poursuivre : « Pendant des siècles, l’Europe a joué un rôle considérable dans les autres parties du monde. On doit admettre qu’elle n’a pas toujours mis le meilleur d’elle-même dans sa rencontre avec les autres civilisations, mais personne ne peut contester qu’elle a fait partager heureusement beaucoup des valeurs qu’elle avait longuement mûries. » Sa mission est d’« animer et favoriser les rapports Nord-Sud. Il y a, en effet, dans le cadre de la solidarité universelle, une responsabilité de l’Europe à l’égard de cette partie du monde. » Ne serait-ce que dans l’accueil des immigrés et des réfugiés.⁠[143]

Dans trois domaines, l’Europe « devrait reprendre un rôle de phare dans la civilisation mondiale » : « d’abord, réconcilier l’homme avec la création » c’est-à-dire « préserver l’intégrité de la nature ». « Ensuite, réconcilier l’homme avec son semblable », c’est-à-dire s’accepter les uns les autres dans la diversité et être accueillant à l’étranger, au réfugié, comme on vient de le rappeler. « Enfin, réconcilier l’homme avec lui-même », c’est-à-dire « travailler à reconstituer une vision intégrée et complète de l’homme et du monde » contre les « cultures du soupçon et de la déshumanisation », en faveur d’une vision de la science, de la technique, de l’art qui « n’excluent pas, mais appellent la foi en Dieu ».⁠[144] Il n’y a là nulle arrogance de la part des chrétiens. Lorsqu’ils défendent et proposent les richesses de leur passé qui sont les richesses de leur présent, leur volonté est de servir pour le mieux-être de leurs contemporains.⁠[145]

Les dossiers urgents

A l’intérieur, l’Europe devrait, dans le cadre général de la protection des droits de l’homme, se consacrer prioritairement à la santé de la famille. Le devoir de l’Église étant évidemment de veiller sur le mariage⁠[146] et la famille : « Ce devoir premier de l’Église doit s’exprimer clairement dans une culture européenne encore marquée par des valeurs humaines et chrétiennes authentiques, mais trop souvent obscurcies par des déviations dues soit à des conceptions erronées, soit à un laisser-aller moral. »[147] Il faut « redonner à la famille sa valeur », déstabilisée qu’elle est par des facteurs économiques, des « conceptions qui dévalorisent l’amour ». Il faut rendre à la famille « sa valeur d’élément premier dans la vie sociale » , veiller à sa stabilité, y assurer l’accueil de la vie, le respect de la vie de la conception « jusqu’aux stades ultimes de la maladie ou aux états les plus graves d’obscurcissement des facultés mentales », le respect aussi de la filiation naturelle. « La famille comme telle, rappellera la pape, est un sujet de droits » et il est souhaitable que l’Institution place « des bornes d’ordre éthique à l’action de l’homme sur l’homme ».⁠[148]

d’autres chantiers importants attendent les Européens : ils ont à « promouvoir la dignité de tous les travailleurs » et la solidarité, réagir à la crise de l’emploi, lutter contre les zones de pauvreté.⁠[149]

L’éducation est un autre chantier à ne pas négliger : il faut favoriser le progrès de l’éducation « dans le cadre de la vérité intégrale de l’homme », préserver, « transmettre, confier, les témoins d’une culture vivante, les œuvres, les découvertes et les expériences qui ont progressivement contribué à façonner l’homme en Europe. »[150]

La tristesse du Pape

Jean-Paul II ne s’est-il pas fait quelques illusions et n’a-t-il pas été déçu par l’évolution de l’Europe ? Illusion lorsqu’il affirme que « l’Europe, par nécessité, cherche à redéfinir son identité par-delà les systèmes politiques et les alliances militaires. Et elle redécouvre un continent de culture, une terre irriguée par la foi chrétienne millénaire et, en même temps, nourrie d’un humanisme séculier, traversé par des courants contradictoires. »[151]

S’il a pu se réjouir du déclin « de la division de l’Europe et du monde en deux camps idéologiques opposés », de la course aux armements, de « l’enferment du monde communiste en une société close », force est, pour le Saint-Père, de constater que des maux dénoncés au début de son pontificat, persistent parfois sous une autre forme⁠[152] et gangrènent encore le continent après la chute du communisme.⁠[153] Certes, « un demi-siècle de séparation a pris fin », les deux parties de l’Europe sont réunies mais, lucide, il dira : « on a vu, et parfois d’une manière très douloureuse, que la récupération du droit à l’autodétermination et l’élargissement des libertés politiques et économiques ne sont pas suffisants pour la reconstruction de l’unité européenne ». Le pape évoque non seulement l’ancienne Yougoslavie mais aussi l’Albanie et « l’énorme poids » qui pèse sur les sociétés qui se sont libérées du communisme. « Il ne doit pas advenir qu’après la chute d’un mur, visible, un autre le remplace, celui-là invisible, pour continuer à diviser notre continent : le mur qui passe à travers le cœur des hommes. C’est un mur fait de peur et d’agressivité, de manque de compréhension pour les hommes d’origine différente, de couleur de peau différente, de convictions religieuses différentes. C’est le mur de l’égoïsme politique et économique, de l’affaiblissement de la sensibilité en ce qui concerne la valeur de la vie humaine et la dignité de tout homme. Même les succès indiscutables de la période récente dans les domaines économique, politique et social ne cachent pas l’existence de ce mur. Son ombre s’étend sur toute l’Europe. Le but ultime qu’est l’unité authentique du continent européen est encore lointain. »[154]

Il se rend compte que « rien n’est jamais définitivement acquis. […] Des rivalités séculaires peuvent toujours resurgir, des conflits entre minorités ethniques s’enflammer de nouveau, des nationalismes s’exacerber. Voilà pourquoi, il est nécessaire qu’une Europe, conçue comme une « communauté de nations », s’affermisse sur la base des principes si opportunément adoptés à Helsinki, en 1975, par la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE) ». Malheureusement : « les démocraties occidentales n’ont pas su user de la liberté conquise naguère au prix de durs sacrifices. On ne peut que regretter l’absence délibérée de toute référence morale transcendante dans la gestion des sociétés dites « développées ». A côté d’élans généreux de solidarité, d’un souci réel de la promotion de la justice et d’une préoccupation constante du respect effectif des droits de l’homme, force est de constater la présence et la diffusion de contre-valeurs telles que l’égoïsme, l’hédonisme, le racisme et le matérialisme pratique. »⁠[155]

Dans l’ensemble de l’Europe, en 1992, il déplore la persistance de « divisions exaspérées », la « résurgence de certains nationalismes », la « tentation du repli sur soi » et « un processus de développement qui fait de la concurrence la loi suprême ». Alors que l’on croyait que la construction européenne était un gage de paix, une nouvelle guerre a éclaté en ex-Yougoslavie !⁠[156] Quelques semaines plus tard, devant le Corps diplomatique, il brosse un bien triste portrait du continent alors que fait encore rage la guerre en Bosnie-Herzégovine : « Toute l’Europe en est humiliée. Ses institutions déconsidérées. Tous les efforts de paix des années récentes sont comme anéantis. Après le désastre des deux dernières guerres mondiales qui avaient germé en Europe, il avait été convenu que plus jamais les États ne prendraient les armes et n’en favoriseraient l’usage pour résoudre leurs différends internes ou mutuels. la Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe (CSCE) a même élaboré des principes et un code de conduite, adoptés par consensus par tous les États participants. Or, sous nos yeux, ces principes et les engagements qui en découlent sont systématiquement transgressés. le droit humanitaire, conquête laborieuse de ce siècle, n’est plus respecté. les principes les plus élémentaires régissant la vie en société sont bafoués par de véritables hordes qui sèment la terreur et la mort. Comment ne pas songer […] à ces enfants à tout jamais marqués par le spectacle de tant d’horreur ? A ces familles séparées et jetées sur les routes, dépossédées et sans ressources ? A ces femmes déshonorées ? A ces personnes enfermées et maltraitées dans des camps que l’on croyait à jamais disparus ? […] La communauté internationale devrait montrer davantage sa volonté politique de ne pas accepter l’agression et la conquête territoriale par la force, ni l’aberration de la « purification ethnique ». Et ce n’est pas tout ! Il constate que « l’Europe [est] tiraillée entre l’intégration communautaire et la tentation de la désintégration nationaliste et ethnique…​ »⁠[157]. Un an plus tard, rien n’a changé en ex-Yougoslavie et le Pape dénonce avec force les guerres fratricides, « le racisme et le nationalisme les plus primitifs », les « tortionnaires sans morale ». Revenant encore sur les « nationalismes exacerbés », il rappellera l’encyclique Mit brennender Sorge en disant : « nous nous trouvons face à un nouveau paganisme ».⁠[158]

Le Pape avouera même sa « détresse » devant la guerre en ex-Yougoslavie, les exactions et les déportations qu’elle entraîne toujours alimentées par le nationalisme et le racisme.⁠[159]

Il n’y a pas que la guerre qui met à mal le rêve européen : « le développement économique et le processus d’intégration européenne, qui semblaient devoir s’étendre progressivement, ont subi de douloureux temps d’arrêt, alors que se faisait toujours plus pesante, dans toute l’Europe, la plaie du chômage. »⁠[160]

Et, d’une manière générale, Jean-Paul II relèvera encore que l’Europe « est traversée, en notre siècle, par de forts courants de « contre-évangélisation ». Même si ces courants ont aujourd’hui diminué dans leur forme la plus radicale, ils n’ont pas complètement cessé d’agir, surtout dans le domaine des principes, y compris d’une façon systématique. »⁠[161] L’homme européen, [est] largement tenté par le relativisme et une permissivité qui finissent par supprimer toute frontière objective entre le bien et le mal, étouffant la voix même de la conscience ».⁠[162]

Il déplore « la tendance à séparer les droits humains de leur fondement anthropologique - c’est-à-dire de la vision de la personne humaine originaire de la culture européenne - est fondamentale. » Et que dire de la « tendance à interpréter les droits uniquement dans une perspective individualiste, en faisant peu de cas du rôle de la famille comme « noyau fondamental de la société » (Déclaration universelle des Droits de l’Homme, art. 16). » A ce point de vue, « il est également paradoxal que, d’un côté, le besoin de respecter les droits humains soit fortement affirmé alors que, d’autre part, le plus fondamental d’entre eux - le droit à la vie - est nié. » Le Conseil de l’Europe a éliminé « la peine de mort de la législation de la grande majorité de ses États-membres ». Le pape, « tout en se réjouissant de cette noble conquête et dans l’attente qu’elle s’étende au reste du monde, […] forme des vœux fervents afin que l’on parvienne au plus tôt à comprendre également qu’une grave injustice est commise lorsqu’une vie innocente n’est pas sauvegardée dans le sein de la mère. » ⁠[163]

Le pape dira⁠[164] sa « tristesse » devant « la résolution approuvée par le Parlement européen » : « Elle n’a pas simplement pris la défense des personnes à tendances homosexuelles, refusant d’injustes discriminations à leur égard. Sur ce point, l’Église elle aussi est d’accord, et même elle l’approuve, elle le fait sien, car toute personne est digne de respect. Ce qui n’est pas admissible moralement, c’est l’approbation juridique de la pratique homosexuelle ».⁠[165]

Autre sujet de déception pour le pape : l’absence de référence officielle à Dieu. « L’Union européenne a entrepris de formuler une « Charte des droits fondamentaux » et cet effort est une tentative de synthétiser d’une manière nouvelle, au début du nouveau millénaire, les valeurs fondamentales dont doit s’inspirer le « vivre-ensemble » des peuples européens. L’Église a suivi avec une vive attention les diverses phases de l’élaboration de ce document. A ce propos, je ne peux pas cacher ma déception de ce qu’aucune référence à Dieu n’ait été insérée dans le texte de la Charte, à Dieu en qui se trouve la source suprême de la dignité de la personne humaine et de ses droits fondamentaux. On ne peut oublier que ce fuit la négation de Dieu et de ses commandements qui créa, au siècle passé, la tyrannie des idoles, qui s’est exprimée par la glorification d’une race, d’une classe, de l’État, de la nation, d’un parti, à la place de la glorification du Dieu vivant et vari. C’est bien à la lumière des malheurs qui se sont déversés sur le XXe siècle que l’on comprend combien les droits de Dieu et de l’homme s’affirment ou tombent ensemble. »[166]

L’espoir, malgré tout

Mais il ne perdra jamais courage ni espoir devant les malheurs et les trahisons de l’Europe qui, malgré tout, qu’elle le veuille ou non, reste marquée par le christianisme.⁠[167] Inlassablement, jusqu’à sa mort, il réaffirmera la nécessité vitale des valeurs qui ont fait l’Europe et qui doivent la « faire ».⁠[168]

Devant le déchirement de l’ex-Yougoslavie, il indiquera le chemin de la paix : « Certes il convient de reconnaître les aspirations légitimes des personnes et des peuples à la liberté ; mais il est urgent que, aujourd’hui comme hier, tous prennent conscience de leurs devoirs autant que de leurs droits, et qu’ils donnent la priorité à la solidarité pour la construction d’une véritable société de nations. » La « réconciliation » est toujours possible à partir de « valeurs morales et religieuses »[169] Il rappellera que « C’est la force de l’Europe de pouvoir unir des peuples, dans le respect légitime des souverainetés nationales et des cultures spécifiques, par la coopération dans les multiples domaines de la vie commune, ainsi que dans le développement de la solidarité et de la charité. En s’engageant résolument dans cette voie, l’Europe ouvrira la voie à une ère de paix sur l’ensemble du continent. »[170]

Devant la déliquescence morale de l’Europe, la mission sera de « mettre courageusement en évidence les normes morales qui expriment dans les situations concrètes de la vie la vérité sur l’homme, créé à l’image de Dieu : ce n’est que par leur respect intégral qu’il est possible de parvenir à une authentique liberté et à une solidarité effective. » Il est important de « donner un espace adéquat, dans la nouvelle évangélisation, à l’enseignement social de l’Église ». C’est « une exigence toujours plus urgente. »⁠[171] Alors que l’avortement et l’euthanasie se banalisent en Europe, le Pape affirmera: « un des objectifs de mon pontificat est de construire une « culture de la vie » destinée à s’opposer à la « culture de la mort » « .⁠[172]

Plus précisément encore, Jean-Paul II expliquera la nécessité de réfléchir aux principes fondamentaux car « la recherche de la liberté, de la vérité et de la communion […] constitue, comme l’a dit la Déclaration finale du Synode (n° 4), « l’aspiration la plus profonde, la plus ancienne et durable de l’humanisme européen […]. «  Les rapports entre liberté et vérité, et entre liberté et solidarité, ne doivent pas être conçus en termes d’antithèses réciproques, comme cela s’est trop souvent passé et se passe encore dans la culture européenne, mais d’intime connexion et de nécessaire corrélation. On ne peut jamais perdre de vue le principe et le centre vivant de la vérité, de la liberté et de la communion, qui est la personne de Jésus-Christ. »[173] C’est à ce niveau-là que l’évangélisation doit porter son effort : « C’est l’heure de la vérité pour l’Europe. les murs se sont écroulés, les rideaux de fer n’existent plus, mais le défi sur le sens de la vie et la valeur de la liberté demeure plus fort que jamais dans l’intimité des intelligences et des consciences. » A ce niveau-là, les consciences comme les cultures peuvent s’éveiller et révéler les richesses qu’elles contiennent. le christianisme jouant ici le rôle de révélateur : « Toute rencontre authentique de l’Évangile avec une culture déterminée comprend un processus de purification et de développement qui en révèle, au fur et à mesure que le temps s’écoule, les potentialités cachées. »[174]

Jean-Paul II s’inscrit aussi en faux contre la tendance du « monde » à vouloir confiner le message chrétien ou, plus largement, religieux, dans la sphère privée⁠[175]. Il faut, au contraire, redécouvrir « la dimension communautaire et publique de la foi. Puisse ne pas se renouveler l’erreur de ceux qui, voulant construire un monde sans Dieu, n’ont réalisé qu’une société contre l’homme. Dans ce but, l’apport de tous les croyants est nécessaire, pour que, par un effort commun, ils soient les témoins de la primauté de Dieu dans leur vie et qu’ils proclament par tous les moyens que « si le Seigneur ne construit pas la maison, c’est en vain que peinent les maçons » (Ps 126, 1). »[176]

A des hommes politiques chrétiens, il rappellera l’exemple des fondateurs. La foi chrétienne a été « la source du courage de ceux qu’on appelle les pères de l’Europe, dont quelques-uns ont appartenu à votre famille politique ». Il leur fallait « une vison profonde de l’homme et de la société, et un courage hors du commun pour proposer à leurs peuples -qu’ils soient sortis de la guerre vainqueurs ou vaincus - d’établir des relations nouvelles placées sous le signe d’une compréhension mutuelle et d’adopter un idéal européen, tout en soulignant l’importance pour chaque homme d’appartenir à une nation ». Pour poursuivre leur œuvre, « le dialogue et l’estime réciproque sont essentiels à la construction de la paix du continent et au dynamisme de chaque nation. » Ce qui « exige beaucoup d’efforts et de sacrifices de la part des différentes nations de l’Union. » En effet, « l’édification de l’Union européenne suppose avant tout le respect de toute personne et des différentes communautés humaines, faisant droit à leurs dimensions spirituelle, culturelle et sociale. » Il ne faut pas oublier que « les chrétiens ont largement contribué à former la conscience et la culture européennes ». Et « si l’Europe se construit en écartant la dimension transcendante de la personne, en particulier si elle refuse de reconnaître à la foi au Christ et au message évangélique leur force d’inspiration, elle perd une grande partie de son fondement. lorsque la symbolique chrétienne est bafouée et lorsque Dieu est écarté de la construction humaine, cette dernière est fragilisée, ca elle manque de bases anthropologiques et spirituelles. En outre, sans référence à la dimension transcendante, la démarche politique se réduit souvent à une idéologie. A l’inverse, ceux qui ont une vision chrétienne de la politique sont attentifs à l’expérience personnelle de la foi en Dieu chez leurs contemporains ; ils inscrivent leur démarche dans un projet qui place l’homme au centre de la société et ils ont conscience que leur engagement est un service de leurs frères, dont ils sont responsables devant le Maître de l’histoire.[…] L’amour d’autrui suscite des attitudes fraternelles et des relations solides entre les personnes et les peuples, pour que les principes du bien commun, de la solidarité et de la justice conduisent à un partage équitable du travail et des richesses, à l’intérieur de l’Union comme avec les pays qui ont besoin d’aide ; il faut une motivation spirituelle généreuse pour que l’Europe reste un continent ouvert et accueillant, et pour que la dignité de nos frères ne soit pas bafouée, car la raison d’être de la société est de permettre à chacun de mener « une vie véritablement humaine » (Jacques Maritain, L’homme et l’État, p.11). »⁠[177]

Il ne faut pas compter seulement sur les moyens humains : « Il est donc urgent qu’un grand mouvement de prière traverse les communautés ecclésiales du continent européen, en s’opposant au vent du sécularisme qui promeut et privilégie les moyens humains, l’efficacité à tout prix et une vision pragmatique de la vie. »⁠[178]

On ne fera jamais l’Europe sans la nouvelle évangélisation souhaitée depuis le début du pontificat, une réévangélisation profonde et respectueuse qui touche les consciences et les sociétés : Il n’y aura pas d’unité de l’Europe tant qu’elle ne sera pas fondée sur l’unité de l’esprit. Ce fondement très profond de l’unité fut apporté à l’Europe et renforcé tout au long des siècles par le christianisme avec son Évangile, sa compréhension de l’homme et sa contribution au développement de l’histoire des peuples et des nations. cela ne signifie nullement que le christianisme veuille s’approprier l’histoire. L’histoire de l’Europe est en effet un grand fleuve dans lequel se versent de nombreux affluents, et la diversité des traditions et des cultures qui la forment est sa grande richesse. les fondements de l’identité de l’Europe sont construits sur le christianisme. Et le manque actuel d’unité spirituelle de l’Europe vient principalement de la crise de cette autoconscience chrétienne. » C’est le Christ qui « a révélé à l’homme sa dignité » Il en est aussi le « garant ». Les saints patrons de l’Europe, les missionnaires⁠[179] ont introduit cette révélation dans la culture européenne : « Cette Bonne Nouvelle, les murs des églises, des abbayes, des hôpitaux et des universités la redisent. les livres, les sculptures et les peintures la proclamaient, les poésies et les œuvres des compositeurs l’annonçaient. C’est sur l’Évangile que reposaient les fondements de l’unité spirituelle de l’Europe.[…] Sans le Christ, il est impossible de comprendre l’homme. Aussi le mur qui se dresse aujourd’hui dans les cœurs, le mur qui divise l’Europe, ne sera-t-il pas abattu sans un retour à l’Évangile. Sans le Christ, en effet, il n’est pas possible de construire une unité durable. On ne peut la faire en se séparant des racines à partir desquelles les pays de l’Europe ont grandi, en se séparant de la grande richesse culturelle des siècles passés. Comment peut-on construire une « maison commune » pour toute l’Europe si elle n’est pas construite avec les briques que sont les consciences des hommes, cuites au feu de l’Évangile, unies par le lien d’un amour social solidaire, fruit de l’amour de Dieu ? »[180]

Le travail qui reste à accomplir est immense : ce qui reste à accomplir: « ne laisser aucune nation, pas même la moins puissante, en dehors de l’ensemble » ; « le renforcement des institutions démocratiques, le développement de l’économie, les coopérations internationales n’atteignent leur vrai but que s’ils garantissent une prospérité suffisante pour que l’homme puisse développer toutes les dimensions de sa personnalité […] créer les conditions d’une généreuse solidarité qui n’abandonne aucun citoyen au bord de la route, de permettre à chacun d’accéder à la culture, de reconnaître et de mettre en pratique les plus hautes valeurs humaines et spirituelles, de professer et de partager ses propres convictions religieuses. En avançant le long de ces voies, le continent européen renforcera sa cohésion, se montrera fidèle à ceux qui ont jeté les bases de sa culture et répondra à sa vocation séculaire dans le monde. »[181] Et encore : faire « obstacle aux réseaux occultes qui veulent profiter du grand marché européen pour blanchir l’argent de toute sorte de trafics qui sont indignes de l’homme, en particulier dans le domaine de la drogue, du commerce des armes et de l’exploitation des personnes, spécialement des femmes et des enfants. Les ressources, les richesses et les fruits de la croissance sur le continent, doivent pouvoir être affectés avant tout aux plus pauvres dans les différents pays, aux nations qui ont besoin de se développer davantage et qui sont actuellement encore marquées par les conséquences de la régression économique et des fluctuations des marchés financiers. » Les défis ne manquent pas : « la lutte contre le chômage, la protection de l’environnement », etc. Surtout « que la construction européenne ne soit pas d’abord une communauté d’intérêt, mais une communauté fondée sur des valeurs et sur la confiance mutuelle, plaçant l’homme au centre de tous les combats. » Pour cela, « développer toujours davantage chez nos contemporains une conscience européenne qui, prenant en compte les racines des peuples, les mobilisent pour qu’ils constituent une communauté de destin, grâce à une volonté politique qui s’attache à unir les peuples.. Une telle perspective ne pourra advenir que si l’on privilégie une vison globale de l’homme et de la société […​.] ».⁠[182]

Plus radicalement, il est indispensable de « réaffirmer le caractère non absolu des institutions politiques et des pouvoirs publics, précisément en raison de l’' « appartenance » prioritaire et innée de la personne humaine à Dieu. » Sans cela, « on risquerait de légitimer les orientations du laïcisme et de la sécularisation agnostique et athée qui conduisent à l’exclusion de Dieu et de la loi morale naturelle dans les divers domaines de l’existence humaine. » « La coexistence civile » en serait menacée « Doivent également être reconnus et sauvegardés l’identité spécifique et le rôle social de l’Église et des confessions religieuses. » Il faut donc « réagir à la tentation d’édifier la coexistence européenne en excluant la contribution des communautés religieuses, la richesse de leur message, de leur action et de leur témoignage : cela ôterait, entre autres, au processus de construction européenne des énergies importantes pour la fondation éthique et culturelle de la coexistence civile. »[183]

L’Europe demain

Dans un de ses derniers discours, Jean-Paul II nous livre son rêve d’Europe : « « Quelle est l’Europe dont on devrait rêver aujourd’hui ? […] une Europe sans nationalismes égoïstes, dans laquelle les nations sont considérées come les centres vivants d’une richesse culturelle qui mérite d’être protégée et promue au bénéfice de tous. […] une Europe dans laquelle les conquêtes de la science, de l’économie et du bien-être social ne sont pas orientées vers un consumérisme privé de sens, mais sont aux service de chaque homme dans le besoin et de l’aide solidaire pour les pays qui cherchent à atteindre l’objectif de la sécurité sociale. […] une Europe dont l’unité se fonde sur la véritable liberté. la liberté de religion et les libertés sociales murissent comme des fruits précieux sur l’humus du christianisme. Il n’ya pas de responsabilité sans liberté : ni devant Dieu, ni devant les hommes. […] une Europe unie grâce à l’engagement des jeunes » à condition que la famille se présente « comme une institution ouverte à la vie et à l’amour désintéressé […]. Une famille dont les personnes âgées font également partie intégrante en vue de ce qui est le plus important : la transmission active des valeurs et du sens de la vie. […] une entité politique, mais plus encore spirituelle, dans laquelle les hommes politiques chrétiens de tous les pays agissent dans la conscience des richesses humaines que la foi porte en elle […]. » ⁠[184]


1. L’Union s’élargit vers le sud avec l’adhésion de la Grèce en 1981, puis de l’http://fr.wikipedia.org/wiki/Espagne[Espagne
2. Devant le Conseil de l’Europe, Jean-Paul II saluera « la première Assemblée parlementaire internationale constituée dans le monde ». (Discours du 8 octobre 1988, in DC n° 1971, 6 novembre 1988, pp. 1000-1005). Il saluera aussi d’autres institutions européennes comme autant de modèles : « la Cour et la Commission forment une réalité judiciaire unique en droit international et soient devenues un modèle que d’autres organisations régionales dans le mode s’efforcent d’imiter. Ces deux institutions témoignent que les nations membres du Conseil de l’Europe reconnaissent non seulement que les droits de l’homme et les libertés fondamentales prennent le pas sur les États qui ont pour tâche de veiller à ce qu’ils soient respectés mais que ces droits transcendent les frontières nationales elles-mêmes ». Ces doits impliquent « un ensemble de valeurs sous-jacentes que le Conseil appelle à juste titre le « patrimoine commun » d’idéaux et de principes des nations de l’Europe. » (Allocution devant la Cour européenne des droits de l’homme, 8 octobre 1988, in DC n° 1971, 6 novembre 1988, pp. 1004-1005).
3. Le Pape prend acte de toute cette évolution et s’en réjouit mais jamais il n’oublie que l’essentiel est au-delà ou en-deçà de ces réformes et structures: « Le passage à la monnaie unique et l’élargissement vers l’Est vont sans doute offrir à l’Europe - c’est en tout cas notre désir le plus cher - la possibilité de devenir de plus en plus une communauté de destin, une véritable « communauté européenne ». Cela suppose évidemment que les nations qui, la composent sachent concilier leur histoire avec un même projet, pour permettre à tous de se considérer comme des partenaires égaux, soucieux uniquement du bien commun. les familles spirituelles qui ont tant apporté à la civilisation de ce continent -je pense bien sûr au christianisme - ont un rôle qui me paraît de plus en plus décisif. Face aux problèmes sociaux qui maintiennent de larges franges des populations dans la pauvreté, face aux inégalités sociales qui sont un ferment d’instabilité chroniques ou face aux jeunes générations à la recherche de références dans un monde souvent incohérent, il est important que les Églises puissent proclamer la tendresse de Dieu et l’appel à la fraternité […​]. » (Discours au Corps diplomatique, 11 janvier 1999, in DC, n° 2197, 7 février 1999, 101-104).
4. Il estime que sa mission est de travailler au rapprochement des deux parties de l’Europe : « Le Christ ne veut-il pas, l’Esprit Saint ne dispose-t-il pas que ce pape polonais, ce pape slave, manifeste justement maintenant l’unité spirituelle de l’Europe chrétienne qui, débitrice des deux grandes traditions de l’ouest et de 'est, professe grâce aux deux « une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous » (Ep 4, 5-6), le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ ? » (Homélie à Gniezno, 3 juin 1979, DC n° 1767, 1er juillet 1979, p. 612).
5. A côté de saint Benoît. Jean-Paul II insistera sur l’apport de st Benoît et de ses fils à la civilisation européenne dans son Homélie lors de la célébration des vêpres à l’abbaye de Pannonhalma (Hongrie), 6 septembre 1996, in DC, n° 2145, 6 octobre 1996, pp. 818-820.
6. Lettre apostolique Egregiae virtutis, 31 décembre 1980. Cf. également l’homélie prononcée le 14 février 1985 à l’Ouverture du « Jubilé » des apôtres des Salves, in DC n° 1893, 7 avril 1985, pp. 367-369 ; la lettre encyclique Slavorum Apostoli, 2 juin 1985, in DC n°1900, 21 juillet 1985, pp.717-728 ; l’homélie prononcée pour la clôture du jubilé des saints Cyrille et Méthode, 14 février 1985, in DC n° 1908, 15 décembre 1985, pp. 1153-1155 ; la Lettre apostolique Euntes in mundum, à l’occasion du millénaire du baptême de la Rus’ de Kiev, 25 janvier 1988, in DC n° 1960, 17 avril 1988, pp. 383-390. Sts Cyrille et Méthode représentent les « deux immenses traditions » qui forment ensemble l’Europe chrétienne. (Homélie de la messe dans la basilique de Velehrad (Tchéquie), 22 avril 1990, in DC n° 2007, 3 juin 1990, pp. 550-552).
   Déjà le 7 juillet 1952, en la fête précisément de Saints Cyrille et Méthode, Pie XII adressait à tous les peuples de Russie une lettre apostolique déjà citée. Il y évoque le temps où « la chrétienté orientale et l’occidentale étaient unies sous l’autorité du Pontife romain, comme Chef Suprême de toute l’Église ». Dans son Radio-message de Noël 1950, il affirmait déjà : « Orient et Occident ne représentent pas des principes opposés, mais participent à un commun héritage ».
7. Lettre apostolique Spes aedificandi, 1er octobre 1999. (Voir aussi l’homélie prononcée le même jour, in DC n° 2213, 7 novembre 1999, pp. 931-933).
8. Jean-Paul II précise à propos de sainte Brigitte: « En la désignant comme co-patronne de l’Europe, j’entends faire en sorte que la sentent proche d’eux non seulement ceux qui ont reçu la vocation à une vie de consécration spéciale, mais aussi ceux qui sont appelés aux occupations ordinaires de la vie laïque dans le monde et surtout à la haute et exigeante vocation de former une famille ». Catherine Sienne qui connut « un parcours rapide de perfection entre prière, austérité et œuvres de charité », elle déploya une extraordinaire activité apostolique, résolvant, en Italie et à travers l’Europe, des conflits temporels et religieux, invitant hommes princes et ecclésiastiques de quelque niveau qu’ils soient à la réforme des mœurs. Quant à Edith Stein, sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix, « non seulement elle passa sa vie dans divers pays d’Europe, mais par toute sa vie d’intellectuelle, de mystique, de martyre, jeta comme un pont entre ses racines juives et l’adhésion au Christ, s’adonnant avec une intuition sûre au dialogue avec la pensée philosophique contemporaine et, en fin de compte, proclamant par son martyre les raisons de Dieu et de l’homme face à cette honte épouvantable qu’est la « Shoah ». Elle est devenue ainsi l’expression d’un pèlerinage humain, culturel et religieux qui incarne le cœur insondable de la tragédie et des espoirs du continent européen. » (Id.)
9. « nous n’avons pas manqué, mes prédécesseurs et moi-même, de donner notre appui à la réalisation du grand projet de rapprochement et de coopération des États et des peuples de l’Europe. » (Discours aux présidents des Parlements de l’Union européenne, 23 septembre 2000, in DC, 2234, 15 octobre 2000, pp. 861-862).
10. Exhortation apostolique post-synodale, 28 juin 2003.
11. Question posée par BERT Thierry in Communio, n° XV, 3-4, mai-août 1990, pp18-56.
12. Discours à une Commission parlementaire du Conseil de l’Europe, 17 mars 1988, in DC n° 1961, 1er mai 1988, pp. 440-441. Jean-Paul II met en évidence le « grand intérêt avec lequel l’Église, et particulièrement le Saint-Siège, suit les efforts pour donner à l’Europe une nouvelle conscience et une nouvelle forme à partir de son riche héritage historique et face aux défis décisifs de notre temps. » (Allocution aux membres du Cercle Bergedorf, 17 décembre 1984, in DC n°1890 17 février 1985, pp. 226-227). Ce cercle de discussion allemand (Bergedorfer Gesprächskreis) a été fondé par l’industriel K.A. Körber (1909-1992) et réunit régulièrement des politiciens de haut rang et des experts internationaux dans diverses grandes villes d’Allemagne, d’Europe et d’ailleurs. Ce cercle s’intéresse non seulement à la politique allemande mais aussi internationale et a consacré certains de ses travaux à l’Europe. On y a vu Willy Brandt, Jacques Delors ou encore Angela Merkel. Actuellement, les discussions portent sur la politique étrangère allemande et européenne dans trois régions : l’Asie, l’Europe et le Moyen-Orient. Plus de 3000 dirigeants politiques, des responsables gouvernementaux et des experts d’Europe, d’Asie, du Moyen-Orient et les États-Unis ont participé à plus de 150 cercles Bergedorf.
(cf. http://www.koerber-stiftung.de/internationale-politik/bergedorfer-gespraechskreis/portraet.html).
13. Et tout particulièrement les hommes d’Église aujourd’hui comme l’atteste le rassemblement régulier de tous les évêques d’Europe pour réfléchir à l’avenir du continent. Lors d’une de ces réunions, Jean-Paul II souligne le symbole fort offert par ce symposium qui, lui-même « fait apparaître un visage original de l’Europe et allume une espérance pour toute l’Europe ». Il « atteste, en effet, la vocation de l’Europe à la fraternité et à la solidarité de tous les peuples qui la composent depuis l’Atlantique jusqu’à l’Oural. » (Allocution au Symposium des évêques, le 5 octobre 1982, in DC n° 1842, 19 décembre 1982, pp. 1152-1154.
14. Discours à un Congrès culturel européen, 21 avril 1986, in DC n° 1919, 1er juin 1986, pp. 533-534.
15. Allocution aux membres du Cercle Bergedorf, 17 décembre 1984, DC n°1890 17 février 1985, pp. 226-227.
16. Discours au Conseil des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE), 19 décembre 1978.
17. L’« Acte européen » à Saint-Jacques-de-Compostelle, 9 novembre 1982, in DC n° 1841, 5 décembre 1982, pp1128-1130.
18. Lettre aux présidents des Conférences épiscopales d’Europe, 2 janvier 1986, in DC, n° 1912, 16 février 1986, pp. 183-184.
19. Allocution au Symposium des évêques 5 octobre 1982, in DC n° 1842, 19 décembre 1982, pp. 1152-1154.
20. Discours à une Commission parlementaire du Conseil de l’Europe, 17 mars 1988, in DC n° 1961, 1er mai 1988, pp. 440-441.
21. Discours sur la crise de l’Occident et la mission spirituelle de l’Europe, 12 novembre 1981, in DC 6 décembre 1981, n° 1819, pp. 1056-1057.
22. Allocution aux présidents des Parlements de la Communauté européenne, 26 novembre 1983, in DC n° 1865, 1er janvier 1984, pp. 7-8. « La puissance économique dont dispose l’Europe en fait une des régions favorisées dans le monde, malgré les problèmes réels qu’elle connaît. Cette situation crée une responsabilité dans les relations Nord-Sud où la justice humaine s’impose également. » (Discours aux représentants des institutions européennes à Luxembourg, 15 mai 1985, in DC n° 1898, 16 juin 1985, pp. 653-658).
23. Allocution aux membres du Cercle Bergedorf, 17 décembre 1984, DC n°1890 17 février 1985, pp. 226-227. « Le monde a besoin d’une Europe qui devienne à nouveau consciente de ses fondements chrétiens et de son identité, et en même temps soit prête à modeler, à partir de là, son propre présent et son propre avenir. L’Europe a été le premier continent auquel le christianisme a été confié en profondeur et qui a ainsi fait l’expérience d’un essor spirituel et culturel irremplaçable. » Discours sur la crise de l’Occident et la mission spirituelle de l’Europe, 12 novembre 1981, DC 6 décembre 1981, n° 1819, pp. 1056-1057.
24. Allocution aux membres du Cercle Bergedorf, 17 décembre 1984, DC n°1890 17 février 1985, pp. 226-227.
25. Id..
26. Lettre apostolique Egregiae virtutis, 31 décembre 1980, DC n° 1801, 1er février 1981, p. 110: « L’Europe, dans son ensemble géographique, est, pour ainsi dire, le fruit de l’union de deux courants de tradition chrétienne auxquels s’ajoutent aussi deux formes de cultures diverses, mais en même temps profondément complémentaires ». L’une « plus logique et plus rationnelle », l’autre « plus mystique et plus intuitive ». L’Europe a « « deux poumons » - l’Orient et l’Occident - sans lesquels l’Europe ne pourrait respirer. » (Discours aux cardinaux et à la Curie romaine, 22 décembre 1989, in DC n° 1999, 4 février 1990, pp. 103-107).
27. Beaucoup se sont interrogés sur l’origine de cette expression. Plusieurs l’ont attribuée à Mikhaïl Gorbatchev qui l’a employée dans un discours, le 6 juillet 1989, devant le Conseil de l’Europe. Mais le journal Le Monde, le 9 octobre 2003, s’est livré à une enquête qui relève que « les plus érudits au Vatican assurent que le premier à avoir jamais employé l’expression de « maison commune européenne » est l’ancien maire de Florence, M. Giorgio La Pira, haute figure du catholicisme italien canonisé de son vivant, qui, devant Krouchtchev en 1960, avait eu cette formule : « Il n’y aura pas de vraie maison commune pour l’homme en Europe, s’il n’y a pas aussi, dans votre cité, de maison pour Dieu. » » (http://www.lemonde.fr/europe/article/2003/10/09/jean-paul-ii-et-mikhail-gorbatchev_337444_3214.html). Pourtant, dans La Libre Belgique du 14 mars 1991, le journaliste français Paul Collowald qui fut directeur général de l’information à la Commission européenne et au parlement européen de même que directeur de cabinet du président du Parlement européen Pierre Pfimlin (1984-1987), révélait que, lors d’un discours prononcé le 12 juin 1961, à Hanovre, le chancelier Konrad Adenauer avait déclaré : « Notre objectif est que l’Europe devienne une grande maison pour tous les Européens, une maison de la liberté. » poussant plus loin ses investigations, le journaliste découvrit que, déjà en avril 1951, Konrad Adenauer, venu à Paris pour la signature du traité CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier) avait parlé du « jour pas si éloigné où les peuples pourront s’unir dans une maison commune qui porte le nom très vénéré d’Europe. »
   Il semble sûr évidemment que Gorbatchev et Adenauer ne donnaient le même sens à l’expression « maison commune ». Ainsi l’ambassadeur d’URSS à Bruxelles, Félix Petrovitch Bogdanov dans une conférence intitulée « La maison commune européenne » (dans le cadre des « Conférences de Bruxelles », le lundi 19 mars 1990), précisa que la vraie dimension de la maison commune allait de Vladivostock à San Francisco ! De son côté, Mme Natalia Doubinina, de l’Institut de l’Europe et de l’Académie des sciences, interrogée sur la « maison commune », dans le cadre d’un colloque (« Réalités européennes du présent », 5 et 6 octobre 1990) expliqua avec beaucoup de loyauté intellectuelle que le concept de M. Gorbatchev restait un « cadre », volontairement encore très vague, et que cette nouvelle approche constituait essentiellement, à ce stade, un « appel aux Européens ». (link:http://www.cvce.eu/obj/"la_maison_commune_recherche_de_paternite"_dans_la_libre_belgique_14_mars_1991- fr-c8fbc2d3-a88c-46c4-8507-88138ddbf926.html).
28. Discours aux cardinaux et à la Curie romaine, 22 décembre 1989, in DC n° 1999, 4 février 1990, pp. 103-107.
29. Homélie prononcée pendant la messe à Gniezo (Pologne), le 3 juin 1979, in DC, n° 1767, 1er juillet 1979, pp. 610-612. le 3 juin 1997, à Gniezo, de nouveau, Jean-Paul II présentera cette homélie comme le programme de son pontificat : « Aujourd’hui, dix-huit ans plus tard, il nous faudrait revenir à cette homélie de Gniezo qui, en un certain sens, est devenue le programme de mon pontificat. Mais elle fut avant tout une humble lecture des desseins de Dieu concernant les vingt-cinq dernières années de notre millénaire. » Enfin, « un demi-siècle de séparation a pris fin » (Homélie à Gniezno lors de la célébration du millénaire de saint Adalbert, 2 juin 1997, in DC n° 2164, 20 juillet 1997, pp. 664-667).
30. Le 5 avril 1979.
31. Discours devant le parlement européen, 11 octobre 1988.
32. Homélie au sanctuaire marial de Covadonga (Espagne), 20 août 1989, in DC n° 1991, 1er octobre 1989, pp. 843-845.
33. C’est l’« Acte européen » à Saint-Jacques-de-Compostelle, 9 novembre 1982 (in DC n° 1841, 5 décembre 1982, pp. 1128-1130) qui a été la cible de critiques. Pourquoi cette importance accordée à Compostelle ? Parce que Compostelle « a été dans le passé un centre d’attraction et de convergence pour l’Europe et toute la chrétienté. C’est pourquoi j’ai voulu rencontrer ici les éminents représentants des organismes européens, des évêques et des organisations du continent. » (L’« Acte européen » à Saint-Jacques-de-Compostelle, le 9 novembre 1982, in DC n° 1841, 5 décembre 1982, pp1128-1130). Et voici le cœur de cet « appel » : « je lance vers toi, vieille Europe, un cri plein d’amour : Retrouve-toi toi-même. Sois toi-même. Découvre tes origines. Avive tes racines. Revis ces valeurs authentiques qui ont rendu ton histoire glorieuse, et bienfaisante ta présence sur les autres continents. Reconstruis ton unité spirituelle, dans un climat de plein respect des autres religions et des libertés authentiques. Rends à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Ne t’enorgueillis pas de tes conquêtes au point d’en oublier leurs éventuelles conséquences négatives. Ne te laisse pas abattre par la perte quantitative de ta grandeur dans le monde, ou par les crises sociales et culturelles qui te touchent aujourd’hui. Tu peux être encore un phare de civilisation et de progrès pour le monde. les autres continents te regardent et attendent aussi de toi la réponse que saint Jacques a donnée au Christ : « Je le peux ».(Id.) Cet appel très mal perçu par certains : sous la direction de LUNEAU René avec la collaboration de LADRIERE Paul, a été publié un livre intitulé Le rêve de Compostelle, Vers la restauration d’une Europe chrétienne ? (Centurion, 1999). Né en 1932, le Père dominicain René Luneau a vécu longtemps en Afrique et a professé à l’Institut catholique de Paris. Paul Ladrière est un sociologue, né en 1927. Dans ce livre, les auteurs s’inquiètent du projet de « nouvelle évangélisation de l’Europe » telle que la conçoit du moins Jean-Paul II. Ils émettent des « réserves » « à la fois sur la conception que le pape se fait de l’identité européenne et de son histoire […​] et sur le pessimisme radical de son jugement sur la « modernité » du monde […​]. » (p. 17). Ils soulignent l’ « autoritarisme » manifesté dans la mise en œuvre de cette évangélisation (p. 20), « la situation conflictuelle » dans laquelle se trouve l’Église (p. 21) dont une partie est mal à l’aise face à « cette mobilisation générale » (p. 36) et le fait que le projet de réévangélisation ne prend pas « suffisamment en compte la réalité présente du monde et plus encore les bouleversements démographiques, éthiques, économiques, culturels » à venir (p. 22). Pour R. Luneau, la vision que le pape a de l’Europe heurte certains chrétiens non-européens dont les peuples ont eu à souffrir l’emprise européenne. de plus, l’Europe moderne « n’est pas née de la chrétienté elle-même mais de son éclatement » ( p. 39). La sécularisation dénoncée par la Pape, historiquement n’est pas nécessairement un mal ; qui plus est, pour beaucoup de chrétiens, la sécularisation « marque un temps bénéfique de la maturité de l’homme » (p 47). d’une manière générale, l’Europe occidentale n’est pas aussi pervertie qu’on le dit. En bref, Jean-Paul II est fort proche de Pie XII, marqué lui-même par Vladimir Soloviev et le messianisme polonais (cf. MICHEL Patrick, Messianisme polonais et histoire contemporaine, in Le rêve de Compostelle, op. cit., pp. 52-67. P. Michel est sociologue et politologue).
   V. Soloviev est un philosophe et un poète russe (1853-1900) qui donnait à la Pologne la mission de servir le catholicisme. Jean-Paul II cite son nom parmi d’autres auteurs in Discours aux membres d’un Colloque international, 6 novembre 1981, ( DC n° 1819, 6 décembre 1981, p. 1055).
34. L’« Acte européen » à Saint-Jacques-de-Compostelle, le 9 novembre 1982, in DC n° 1841, 5 décembre 1982, pp. 1128-1130.
35. A Strasbourg, le 11 octobre 1988, in DC n° 1971, pp. 1043-1046. Dans ce discours, Jean-Paul II explique les principes d’une saine laïcité qui s’exprime dans la distinction des pouvoirs, distinction qui offre un espace de liberté à la conscience éclairée comme à la religion. Constatant qu’il existe une « tension constante » entre croyants et agnostiques ou athées, il montre que « devant cette diversité des points de vue, la fonction la plus élevée de la foi est de garantir également à tous les citoyens le droit de vivre en accord avec leur conscience et de ne pas contredire les normes de l’ordre moral naturel reconnues par la raison. » Principe bien établi dans la déclaration Dignitatis humanae: « c’est dans l’humus du christianisme que l’Europe moderne a puisé le principe - souvent perdu de vue pendant les siècles de « chrétienté » - qui gouverne le plus fondamentalement sa vie publique […​] « . Dans la relative autonomie de la conscience et de la religion, il n’est « plus possible d’idolâtrer la société […​] La société, l’État, le pouvoir politique appartiennent au cadre changeant et toujours perfectible de ce monde […​]. La vie publique, le bon ordre de l’État reposent sur la vertu des citoyens, qui invite à subordonner les intérêts individuels au bien commun, à ne se donner et à ne reconnaître pour loi que ce qui est objectivement juste et bon. Déjà les anciens Grecs avaient découvert qu’il n’y a pas de démocratie sans assujettissement de tous à la loi, et pas de loi qui ne soit fondée sur une norme transcendante du vrai et du juste. Dire qu’il revient à la communauté religieuse, et non à l’État, de gérer « ce qui est à Dieu », revient à poser une limite salutaire au pouvoir des hommes, et cette limite est celle du domaine de la conscience, des fins dernières, du sens ultime de l’existence, de l’ouverture sur l’absolu, de la tension vers un achèvement jamais atteint, qui stimule les efforts et inspire les choix justes. » Est donc dangereuse « l’exclusion de Dieu de la vie publique, de Dieu comme ultime instance de l’éthique et garantie suprême contre tous les abus du pouvoir de l’homme sur l’homme. » Ainsi, depuis près de deux mille ans, « l’Europe offre un exemple très significatif de la fécondité culturelle du christianisme qui, de par sa nature, ne peut être relégué dans la sphère privée. » Dès lors,
   « si le substrat religieux et chrétien de ce continent devait en venir à être marginalisé dans son rôle d’inspirateur de l’éthique et dans son efficacité sociale, c’est non seulement tout l’héritage du passé européen qui serait nié, mais c’est encore un avenir digne de l’homme européen -[…​] de tout homme européen, croyant ou incroyant - qui serait compromis. »
36. « Sans céder à aucune tentation de nostalgie, et en ne se contentant pas non plus d’une reproduction mécanique des modèles du passé, mais en s’ouvrant aux nouveaux défis présents, il faudra donc s’inspirer, avec une fidélité créative, des racines chrétiennes qui ont marqué l’histoire européenne. » (Message aux participants au Congrès européen « Vers une constitution européenne ? », 20 juin 2002, in DC n° 2283, 5 janvier 2003, pp. 22-24).
37. « La marginalisation des religions, qui ont contribué et contribuent encore à la culture et à l’humanisme dont l’Europe est légitimement fière, me paraît être à la fois une injustice et une erreur de perspective ? reconnaître un fait historique indéniable ne signifie pas du tout méconnaître l’exigence moderne d’une juste laïcité des États, et donc de l’Europe. » (Discours au corps diplomatique, janvier 2002). La principale opposition à la reconnaissance des « racines chrétiennes de l’Europe » vient de « la prédominance , au sein de l’Union, « d’une certaine conception de la laïcité d’inspiration française » (La Convenzione europea, in La Cività cattolica, 20 avril 2001, p. 110, citée in CHENAUX, op. cit., p. 202.)
   « Face aux différentes solutions possibles de ce « processus » européen complexe et important, l’Église » n’a pas « qualité pour exprimer une préférence de l’une ou l’autre solution institutionnelle ou constitutionnelle » et respecte « l’autonomie légitime de l’ordre démocratique (CA 47).[…​] Dans le même temps, […​] elle ne peut rester indifférente face aux valeurs qui inspirent les divers choix institutionnels. » (Message aux participants au Congrès européen « Vers une constitution européenne ? », 20 juin 2002, in DC n° 2283, 5 janvier 2003, pp. 22-24).
38. Id..
39. Homélie à l’occasion du XVe centenaire de la naissance de saint Benoît, 23 mars 1980, in DC n° 1784, 20 avril 1980, p.354.
40. Homélie cathédrale de Spire (Allemagne), 4 mai 1987.
41. Discours aux représentants des institutions européennes à Luxembourg, 15 mai 1985, in DC n° 1898, 16 juin 1985, pp. 653-658.
42. Discours au Conseil fédéral du « Mouvement européen », 28 mars 1987, in DC n° 1941, 7 juin 1987, pp. 596-598.
43. « les aspects politiques et économiques sont au premier plan de l’actualité, mais il serait vraiment réducteur d’en rester là. Les laïcs chrétiens qui prennent part à la construction européenne peuvent y apporter la dimension morale et spirituelle sans laquelle beaucoup d’espoirs seraient rendus vains. » (Discours aux évêques français de la région « Ouest », 14 février 1992, in DC n° 2047, 5 avril 1992, pp. 303-305).
44. L’« Acte européen » à Saint-Jacques-de-Compostelle, le 9 novembre 1982, in DC n° 1841, 5 décembre 1982, pp1128-1130. A plusieurs reprises, Jean-Paul II renverra ses auditeurs à cet « acte européen » (Cf. Discours aux représentants du monde de la culture à Florence, 18-19 octobre 1987, in DC n° 1931, pp. 19-23).
45. Jean-Paul II cite parmi eux : Jean Monnet, Robert Schuman, Alcide de Gasperi, Konrad Adenauer, Winston Churchill, Paul-Henri Spaak.
46. Discours au siège de la Communauté économique européenne à Bruxelles, 20 mai 1985, in DC n° 1899, 7 juillet 1985, pp. 694-697. Le Pape se réjouira de l’entrée en vigueur du « Marché unique » qui « va hâter le processus de l’intégration européenne ». L’Europe « sera celle de la libre association de tous ses peuples et de la mise en commun des multiples richesses de sa diversité.[…​] Une Europe unie […​] sera en mesure, plus encore que par le passé, de consacrer ressources et énergies nouvelles à la grande tâche du développement des pays du tiers-monde, spécialement ceux qui entretiennent déjà avec elle des liens traditionnels. » A ce point de vue, Jean-Paul II considérera la « Convention de Lomé » « à bien des égards exemplaire ». (Discours au Parlement européen à Strasbourg, 11 octobre 1988, in DC n° 1971, pp. 1043-1046). La convention de Lomé est un accord de coopération commerciale signé le 28février 1975 entre la CEE et 46 pays d’https://fr.wikipedia.org/wiki/Afrique[Afrique
47. Allocution lors du « Regina Coeli » à Ravenne, 11 mai 1986, in DC n° 1924, pp. 636-637. « L’Europe n’est pas une entité abstraite, ni seulement un marché ou un espace de libre circulation, c’est avant tout une communauté d’hommes. Il n’y a pas de communautés sans le sentiment d’une communauté de destin. C’est à la poursuite du destin de l’Europe, qui est aussi celui de l’homme et de la civilisation humaine, que l’Église désire apporter sa contribution spécifique. » (Discours à l’aéroport de Bâle-Mulhouse, 11 octobre 1988, in DC, n° 1971, 6 novembre 1988, p1049-1050).
48. Discours au parlement européen à Strasbourg, 11 octobre 1988, in DC n° 1971, pp. 1043-1046.
49. Discours aux représentants du monde de la culture, aux étudiants et aux représentants des Églises non catholiques, 21 avril 1990, in DC n° 2007, 3 juin 1990, pp. 545-549.
50. JP II a fait longuement l’histoire de ce continent avec ses lumières et ses ombres relevées époque par époque : c’est une « histoire terrible et belle »,dira-t-il. Il l’a décrite que l’Europe « prenne une conscience plus claire de ce qu’elle est, de ce que porte sa mémoire collective d’un passé log et tumultueux, pour ne pas subir son destin comme le produit du hasard, mais construire librement son avenir comme un projet. Et ce projet ne peut que se fonder sur les héritages de l’histoire. En les considérant, il faut se garder d’en exalter les lumières sans y voir les pans d’ombre, et, si l’on explore les zones obscures, de renier ce qu’ont apporté de solide et de bon les siècles précédents. » (Discours au siège de la Communauté économique européenne à Bruxelles, 20 mai 1985, in DC n° 1899, 7 juillet 1985, pp. 694-697).
51. Monseigneur Lustiger qui fut créé cardinal par Jean-Paul II en 1983,évoque « un fantôme » qui « plane sur l’Europe et son passé, la mauvaise conscience d’une réussite éclatante qui contredit les principes mêmes grâce auxquels elle a pu s’accomplir : l’affirmation de la liberté qui se change en volonté de domination, la recherche de l’égalité qui engendre l’asservissement, la proclamation de la fraternité, source de tant de luttes sanglantes et de divisions sans espoir. » Il rappelle que la domination été le destin de l’Europe : « la domination des maîtres et la violence faite aux esclaves » qui aboutit à une « idéologie de race ». La révolte des esclaves devenue « idéologie de classe ». Deux guerres mondiales. Le combat de l’Est et de l’Ouest. L’enrichissement des uns qui appauvrit les autres. « Voici qu’à présent, comme épuisée de violence, elle ne donne plus que parcimonieusement la vie. L’Europe meurtrie tarit les sources de la vie. la fécondité de l’amour se trouve attaquée et les fruits de l’amour avortent. […​] La violence des maîtres et des esclaves, l’enrichissement des riches et l’appauvrissement des pauvres se redoublent dans la détresse du couple humain dont l’amour est sans la vie et la vie sans amour. Domination et séduction se disputent l’homme et la femme dans une Europe plus inquiète de survivre que de payer le prix de la vie. » (Les conditions spirituelles d’un avenir pour l’Europe, Allocution à Bonn, 8 octobre 1981, in DC, n° 1817, 1er novembre 1981, pp. 981-982).
52. Au XVIe siècle, « l’Europe commença à subir un changement qui entraîna une modification profonde de sa physionomie. Son unité, déjà fragile et instable, commença à connaître un irrésistible déclin. » (Allocution aux promoteurs d’un Congrès pour le Ve centenaire de Luther, 24 mars 1984, in DC n° 1874, 20 mai 1984, pp. 506-507).
53. Allocution aux « Vêpres européennes », Vienne, 10 septembre 1983, in DC, n° 1860, 16 octobre 1983, pp. 917-918.
54. Jean-Paul II dénonce les dérives où les chrétiens « ont eu leur part » : individualisme, égoïsme, nationalisme, racisme, totalitarismes, matérialisme pratique. (Discours devant le Conseil de l’Europe, 8 octobre 1988, in DC n° 1971, 6 novembre 1988, pp. 1000-1005). Le lecteur qui souhaiterait davantage de précisions sur l’histoire de l’évangélisation de l’Europe, ses ombres et ses lumières, peut lire le Discours à la réunion de préparation au Synode des évêques d’Europe, 5 juin 1990, in DC n° 2010, 15 juillet 1990, pp. 684-688. On y trouve une histoire de l’évangélisation de l’Europe avec ses ombres et ses lumières, puis le passage du théocentrisme à l’athéisme et enfin les tragédies du XXe siècle.
55. « l’hédonisme d’une société de consommation permissive » (Discours au VIIe Symposium des évêques d’Europe, 17 octobre 1989, in DC n° 1994, 19 novembre 1989, pp. 1020-1022).
56. Jean-Paul II dénoncera la « technicisation croissante des moments fondamentaux de la vie », la légalisation de l’avortement qui mène à estimer que le légal est licite. (Discours au VIIe Symposium des évêques d’Europe, 17 octobre 1989, in DC n° 1994, 19 novembre 1989, pp. 1020-1022).
57. L’« Acte européen » à Saint-Jacques-de-Compostelle, le 9 novembre 1982, in DC n° 1841, 5 décembre 1982, pp1128-1130. Jean-Paul II rappellera que « des lignes de division traversent le continent entre l’Est et l’Ouest, le Nord et le Sud ». (Allocution au Symposium des évêques, le 5 octobre 1982, in DC n° 1842, 19 décembre 1982, pp. 1152-1154.
58. Discours aux membres d’un Colloque international sur « Les racines chrétiennes communes des nations européennes », 6 novembre 1981, in DC n° 1819, 6 décembre 1981, pp. 1054-1056.
59. Discours à un Congrès culturel européen, 21 avril 1986, in DC n° 1919, 1er juin 1986, pp. 533-534. Jean-Paul II reviendra à de multiples reprises sur les maux dont souffre l’Europe actuelle : la surabondance des biens, la consommation, le modèle familial mis à mal, le mariage dénaturé par le subjectivisme et l’individualisme, la dénatalité, le vieillissement démographique, l’avortement. L’homme européen est « sécularisé », « tellement engagé dans la tâche d’édifier la cité terrestre qu’il a perdu de vue ou même qu’il exclut volontairement la « cité de Dieu. […​] L’individu veut recevoir seulement de sa propre raison autonome ses fins, ses valeurs, la signification de sa vie et de son activité », il devient conformiste et solitaire, oublieux de son histoire. Or, « l’amnésie de son propre acte de naissance et de son propre développement organique est toujours un risque et peut même conduire à l’aliénation ». ( Discours du Pape aux participants au Symposium, 11 octobre 1985, in DC n° 1906, 17 novembre 1985, pp. 1083-1087.) Il dira encore : « En Europe, continent « chrétien », le sens moral s’affaiblit, le mot même de « commandement » est souvent récusé. Au nom de la liberté, les normes sont récusées, l’enseignement moral de l’Église est ignoré. » (JEAN-PAUL II, Homélie au stade de la Meinau, 8 octobre 1988, in DC n° 1971, 6 novembre 1988, pp. 1016-1019).
60. Homélie pour la clôture du Synode pour l’Europe, 23 octobre 1999.
61. Allocution aux évêques polonais, 5 juin 1979.
62. « Les hommes et les femmes de ce vieux continent à l’histoire si tourmentée ont besoin de reprendre conscience de ce qui fonde leur identité commune, de ce qui demeure comme leur vaste mémoire partagée. […​]
   « L’identité européenne n’est pas une réalité facile à cerner. Les sources lointaines de cette civilisation sont multiples, venant de la Grèce et de Rome, des fonds celtes, germaniques et slaves, du christianisme qui l’a profondément pétrie ». Il y a, en effet, en Europe, une grande diversité de langues, de cultures, de traditions juridiques. (Discours devant le Conseil de l’Europe, 8 octobre 1988, in DC n° 1971, 6 novembre 1988, pp. 1000-1005).
63. « Quel est cet héritage ? Pensons un moment aux valeurs fondamentales de notre civilisation : la dignité de la personne, le caractère sacré de la vie, le rôle central de la famille, l’importance de l’instruction, la liberté de pensée, de parole et de profession de ses propres convictions ou de sa propre religion, la protection légale des individus et des groupes, la collaboration de tous pour le bien commun, le travail compris comme participation à l’œuvre même du Créateur, l’autorité de l’État gouverné à la foi par les lois et la raison. Ces valeurs appartiennent au trésor culturel de l’Europe, un trésor qui est le résultat de longues réflexions, de débats et de souffrances. Elles représentent une conquête spirituelle de raison et de justice qui fait honneur aux peuples d’Europe qui cherchent à mettre en pratique, dans le domaine temporel, l’esprit chrétien de fraternité enseigné par l’Évangile.
   Les universités devraient être le lieu spécial pour donner lumière et chaleur à ces convictions qui sont enracinées dans le monde gréco-romain, et qui ont été enrichies et élevées par la tradition judéo-chrétienne. C’est une telle tradition qui a développé une idée plus haute de la personne humaine vue comme image de Dieu, rachetée par le Christ et appelée à un destin éternel, dotée de droits inaliénables et responsable du bien commun de la société. les débats théologiques relatifs à la double nature du Christ ont permis l’élaboration d’un concept de la personne humaine qui est la pierre d’angle de la civilisation occidentale.
   L’individu a été de cette façon placé dans un ordre naturel de la création avec des conditions et des exigences objectives. la position de l’homme n’est plus confiée au caprice des gouvernants et des idéologies, mais s’appuie sur une loi naturelle universelle objective. »
   ( Discours à l’université d’Uppsala (Suède), 9 juin 1989, in DC n° 1988, 16 juillet 1989, pp. 700-703).
64. Jean-Paul II - est-ce une surprise ? - inscrit son action en continuité avec ses prédécesseurs et Paul VI notamment : « J’ai eu la chance de participer au Symposium de 1975 et d’y prononcer une conférence. Je désire rappeler au moins quelques-unes des pensées qu’avait alors exprimées Paul VI en nous recevant. Il s’agissait de pensées regardant l’Europe, son héritage chrétien et son avenir chrétien. Il nous invitait à « réveiller l’âme chrétienne de l’Europe où s’enracine son unité » ; à purifier et à ramener à leur source les valeurs évangéliques encore présentes mais comme désarticulées, axées sur des objectifs purement terrestres ; à réveiller et fortifier les consciences à la lumière de la foi prêchée à temps et à contre temps ; à faire converger leur flamme par dessus toutes les barrières ». (Discours au Conseil des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE), 19 décembre 1978.
65. Le pape renvoie à GS 37.
66. Allocution au Symposium des évêques, 5 octobre 1982, in DC n° 1842, 19 décembre 1982, pp. 1152-1154.
67. Selon Ysabel de Andia, « l’image des « racines », préférée à celle de « source », indique bien cette pénétration ou cette fondation du christianisme dans la « terre » dont il emprunte le suc. d’autre part le pluriel marque la multiplicité des « points de pénétration » du christianisme dans cette terre. » (Les racines chrétiennes de l’Europe, in Communio, XV, 3-4, mai-août 1990, p. 99, note 17).
68. Le 11 octobre 1988.
69. Il y reviendra très souvent. Quelques exemples: « Quand on regarde les 2000 ans écoulés, on ne peut pas ne pas voir un dessein de Dieu dans le fait que l’Europe, bien qu’elle n’ait pas été le lieu du premier Avènement du Christ, est cependant le continent où le christianisme s’est le plus profondément enraciné.[…​] « Depuis lors, le christianisme s’est situé aux racines mêmes de l’Europe, qui est devenue ainsi le continent « missionnaire » par excellence. » (Lettre au président du CCEE, 1er septembre 1993, in DC n° 2080, 17 octobre 1993, pp. 879-880). « Depuis 2000 ans, le christianisme a enfoncé ses racines dans les nations de notre continent et il est devenu le germe salvifique de la vie, de la culture et de la civilisation européennes. Cela ne vaut pas seulement pour le passé. S’il est vrai que la civilisation européenne, spécialement la civilisation moderne, a eu de multiples racines, il n’en est pas moins vrai qu’elle a grandi avant tout à partir de racines chrétiennes ». En témoignent « les œuvres de la culture et de l’art, présentes partout, mais aussi par le témoignage de nombreux saints et bienheureux […​]. » (Homélie lors de la messe au sanctuaire marial de Lorette, 10 septembre 1995, in DC n° 2124, 15 octobre 1995, pp. 870-873).
70. Cf. Europe, la voie romaine, Criterion/Idées, 1992 ou l’article Le christianisme comme forme de la culture européenne, in Communio, n° XXX, 3, mai-juin 2005, qui reprend brièvement les idées développées dans l’ouvrage cité.
71. Le christianisme comme forme de la culture européenne, op. cit., p. 41.
72. La Lituanie n’a été touchée par le christianisme qu’à la fin du XIVe siècle.
73. R. Brague s’indigne du refus de mentionner dans le Préambule du Traité constitutionnel, l’héritage chrétien. Il appelle à la rescousse un spécialiste américain du droit européen, qui, « juif observant », s’est plaint de cette négligence : WEILER J. H., Une Europe chrétienne. Une excursion, Cerf, 2004. Pour l’auteur, ce refus est clairement idéologique. d’une part, les Européens croient connaître le christianisme mais en fait ne le connaissent pas et d’autre part « l’idéologie du progrès héritée des Lumières » considérant que ce qui est passé est mal cherche à « punir » ce passé subsistant qu’est le christianisme. (op. cit., pp. 42-43).
74. L’auteur fait allusion au célèbre ouvrage de HUNTINGTON Samuel, Le choc des civilisations et la refondation de l’ordre mondial, O. Jacob, 1997.
75. C’est le cas du bouddhisme par rapport au védisme, de l’hindouisme par rapport au bouddhisme, du judaïsme par rapport au paganisme, de l’islam par rapport au judaïsme et au christianisme.
76. Op. cit., p. 46.
77. Même le paganisme est assumé, non seulement les langues, latin et grec, mais aussi l’art comme on le voit, par exemple, lors de la Renaissance. Jean-Paul II dira que le christianisme a intégré « l’héritage gréco-romain, la culture des peuples germaniques et celle des peuples slaves, en donnant vie à un esprit commun européen à partir de la variété ethnique et culturelle ». (Allocution au Symposium des évêques, 5 octobre 1982, in DC n° 1842, 19 décembre 1982, pp. 1152-1154).
78. Op. cit., p. 48.
79. Aux membres du Cercle Bergedorf.
80. L’Église doit faire cette proposition « car non seulement elle dispose encore de beaucoup de moyens, mais ses fils ont eu tant de possibilités de connaître ce qui est juste et bon, de se former l’esprit et le cœur, de savoir le prix de la vie et de la liberté, de puiser aux sources de l’amour que le christianisme leur a révélé ! Oui les nations du monde sont en droit d’en attendre une aide particulière. » (Allocution aux présidents des Parlements de la Communauté européenne, 26 novembre 1983, in DC n° 1865, 1er janvier 1984, pp. 7-8). L’Église a toujours eu la prétention de former de bons citoyens or, « les institutions, à elles seules, ne feront jamais l’Europe, ce sont les hommes qui la feront ». (Discours aux membres du Parlement européen, 5 avril 1979). « Sans sortir de la compétence qui est la sienne », l’Église considère « comme son devoir d’éclairer et d’accompagner les initiatives développées par les peuples qui vont dans le sens des valeurs et des principes qu’elle se doit de proclamer, attentive aux signes des temps qui invitent à traduire dans les réalités changeantes de l('existence les requêtes permanentes de l’Évangile. « L’Église ne peut se désintéresser « de la construction de l’Europe, elle qui est implantée depuis des siècles dans les peuples qui la composent et les a un jour portés sur les fonts baptismaux, peuples pour qui la foi chrétienne est et demeure l’un des éléments de leur identité culturelle ». (Discours au parlement européen à Strasbourg, 11 octobre 1988, in DC n° 1971, pp. 1043-1046).
81. Le Pape aura l’occasion de développer longuement la rencontre entre la culture grecque (littérature, philosophie, art) et le christianisme : « L’inculturation de l’Évangile dans le monde grec demeure un exemple pour toute inculturation », dira-t-il. Il ajoutera (en rappelant l’inscription au fronton du Temple de Delphes : « connais-toi toi-même ») que l’Europe doit se connaître elle-même : « Cette connaissance d’elle-même se réalisera seulement si elle explore de nouveau les racines de son identité, racines qui plongent profondément dans l’héritage hellénique classique et dans l’héritage chrétien, qui conduisirent à la naissance d’un humanisme fondé sur la ; perception que toute personne humaine est créée dès son origine à l’image et à la ressemblance de Dieu. » ( Discours au Président de la république hellénique, 4 mai 2001, in DC, n° 2248, 20 mai 2001, pp. 455-457).
82. Plus tard, il élargira encore les racines culturelles qui vont « de l’esprit de la Grèce à celui du monde romain ; des apports des peuples latins, celtes, germaniques, slaves et hongro-finnois, à ceux de la culture juive et du monde islamique. Ces divers facteurs ont trouvé dans la tradition judéo-chrétienne une force capable de les harmoniser, de les consolider et de les promouvoir » (Message aux participants au Congrès européen « Vers une constitution européenne ? », 20 juin 2002, in DC n° 2283, 5 janvier 2003, pp. 22-24).
83. Allocution aux membres du Cercle Bergedorf, 17 décembre 1984, DC n°1890 17 février 1985, pp. 226-227.
84. Allocution au Symposium des évêques, 5 octobre 1982, in DC n° 1842, 19 décembre 1982, pp. 1152-1154.
85. Dans quel sens faut-il prendre le mot « spirituel » souvent utilisé par Jean-Paul II ? Dans son Allocution à l’abbaye du Mont Cassin, le 18 mai 1979, Jean-Paul II après avoir déclaré que la « foi chrétienne […​] est l’âme et l’esprit de l’Europe » et souhaité « que le programme de vie de l’Europe et de tous soit les béatitudes ! » ajoute : « …​si nous considérons toute la recherche actuelle d’une plus grande unité entre les pays d’Europe, nous espérons que cela conduira aussi à prendre plus profondément conscience des racines - qui sont spirituelles, chrétiennes - parce que, si l’on veut construire une maison commune, il faut aussi creuser des fondations plus profondes. il ne suffit pas de fondations superficielles. Et ces fondations plus profondes […​] sont toujours « spirituelles ». Prions pour que la recherche d’une Europe plus unie soit basée sur le fondement spirituel de la tradition bénédictine, chrétienne, catholique, c’est-à-dire universelle. » S’il est certain que ce sont des hommes de foi qui ont planté les « racines », s’il est certain qu’une foi commune est garante, en principe, d’une profonde unité, le mot « spirituel » comme le mot « spiritualité » n’impliquent pas nécessairement la foi. Le dictionnaire en témoigne. Si « spirituel » peut désigner ce « qui concerne l’âme en tant qu’émanation et reflet d’un principe supérieur (divin) », il peut aussi être pris dans un sens moral et, dans ce cas, s’opposer à ce qui est concret, matériel, et désigner même ce qui relève de la raison. De même, « spiritualité » peut évoquer un « ensemble des croyances, des exigences qui concernent la vie de l’âme, le mysticisme religieux » mais aussi, plus simplement, renvoyer à une « aspiration aux valeurs morales ». (Robert) Ainsi parle-t-on de « spiritualité laïque », de « médiation laïque » (Cf. par exemple, COMTE-SPONVILLE André, Introduction à une spiritualité sans Dieu. L’esprit de l’athéisme, Albin Michel, 2006 ; ou encore : RIFFLET Jacques, Peut-il exister une spiritualité laïque ?, Cahiers d’éducation permanente, Dossier n° 2010-029-005 ; FERRY Luc, La révolution de l’amour. Pour une spiritualité laïque, J’ai lu, 2011 ; etc.).
86. Tel est le début du Statut du Conseil de l’Europe adopté à Londres le 5 mai 1949: « Les Gouvernements du Royaume de Belgique, du Royaume de Danemark, de la République française, de la République irlandaise, de la République italienne, du Grand-Duché de Luxembourg, du Royaume des Pays-Bas, du Royaume de Norvège, du Royaume de Suède et du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord.
   Persuadés que la consolidation de la paix fondée sur la justice et la coopération internationale est d’un intérêt vital pour la préservation de la société humaine et de la civilisation ;
   Inébranlablement attachés aux valeurs spirituelles et morales qui sont le patrimoine commun de leurs peuples et qui sont à l’origine des principes de liberté individuelle, de liberté politique et de prééminence du droit, sur lesquels se fonde toute démocratie véritable ;
   Convaincus qu’afin de sauvegarder et de faire triompher progressivement cet idéal et de favoriser le progrès social et économique, une union plus étroite s’impose entre les pays européens qu’animent les mêmes sentiments ;
   Considérant qu’il importe dès maintenant, en vue de répondre à cette nécessité et aux aspirations manifestes de leurs peuples, de créer une organisation groupant les États européens dans une association plus étroite,
   Ont en conséquence décidé de constituer un Conseil de l’Europe comprenant un Comité de représentants des gouvernements et une Assemblée Consultative, et, à cette fin, ont adopté le présent Statut: […​] »
   (http://conventions.coe.int/Treaty/fr/Treaties/Html/001.htm). JPII rappelle à plusieurs reprises l’engagement des pères fondateurs affirmant que les valeurs spirituelles et morales sont « la source véritable de la liberté individuelle, de l’indépendance politique et de l’autorité de la loi » (Message pour les 50 ans du Conseil de l’Europe, 5 mars 1999, in DC n° 2206, 20 juin 1999, pp. 553-554).
87. Discours devant le Conseil de l’Europe, 8 octobre 1988, in DC n° 1971, 6 novembre 1988, pp. 1000-1005.
88. « Dans les libres débats, les discussions ou les votes sur ces importantes questions , il ne s’agit pas seulement de refléter les mœurs ou les opinions communes de vos électeurs, et pas davantage d’en décider arbitrairement, ni même de suivre nécessairement et toujours la ligne d’un parti, mais de se référer, j’ose dire, de se soumettre à des valeurs qui fondent la vie en société et son authentique progrès, de chercher en conscience le véritable bien, selon des convictions éthiques bien établies et un sens aigu des responsabilités, je veux dire de toutes les suites de vos décisions. Il s’agit en définitive de savoir quelle qualité de société on va promouvoir.
   L’Europe que vous représentez correspond à des pays de longue tradition chrétienne. On pourrait même dire que, pour la plupart, leur histoire nationale s’est presque confondue jusqu’ici avec l’histoire chrétienne. (Allocution aux présidents des Parlements de la Communauté européenne, 26 novembre 1983, in DC n° 1865, 1er janvier 1984, pp. 7-8).
89. R.
90. Devant une autre assemblée, tout aussi pluraliste, Jean-Paul II citera: « le respect des droits fondamentaux de la personne » ; des institutions « au service de l’homme, […​] l’homme dans son intégralité » sans « nivellement ». (Discours aux membres du parlement européen, 5 avril 1979). Les valeurs sont marquées du sceau du christianisme: « L’histoire de l’Europe et de chacun de ses peuples est imprégnée de l’action de la foi chrétienne et du respect de la dignité de l’homme, qui a été créé à l’image de Dieu et a été racheté par le sang du Christ. La responsabilité personnelle, l’attention à la liberté, le respect de la vie, l’estime du mariage et de la famille ont été des modèles vitaux. » (Discours sur la crise de l’Occident et la mission spirituelle de l’Europe, 12 novembre 1981, in DC 6 décembre 1981, n° 1819, pp. 1056-1057).
   d’une manière générale, il affirmera la primauté du droit « Devant les tentations de la puissance, face à des conflits d’intérêts malheureusement inévitables, il revient au doit d’exprimer et de défendre l’égale dignité des peuples et des personnes. » Et plus particulièrement, l’Église défend et défendra « les valeurs primordiales du respect de la vie à toutes les étapes, les biens inaliénables de l’institution familiale, l’exercice des droits humains fondamentaux, la liberté de conscience et de pratique religieuse, l’épanouissement de la personne dans une libre communion avec ses frères. » (Discours aux représentants des institutions européennes à Luxembourg, 15 mai 1985, in DC n° 1898, 16 juin 1985, pp. 653-658.)
91. Discours devant le Conseil de l’Europe, 8 octobre 1988, in DC n° 1971, 6 novembre 1988, pp. 1000-1005.
92. Allocution aux présidents des Parlements de la Communauté européenne, 26 novembre 1983, in DC n° 1865, 1er janvier 1984, pp. 7-8. « La sauvegarde des droits de l’homme » : « ne pas oublier qu’elle [l’Union européenne] est le berceau des idées de personne et de liberté, et que ces idées lui sont venues de sa longue imprégnation par le christianisme. » « Les droits de l’homme ne peuvent être des revendications contre la nature même de l’homme. Ils ne peuvent qu’en découler. » Pourquoi ? « Selon la pensée de l’Église, la personne est inséparable de la société humaine dans laquelle elle se développe. En créant l’homme, Dieu l’a inséré dans un ordre de relations qui lui permettent de réaliser son être. Cet ordre, nous l’appelons l’ordre naturel, qu’il appartient à ; la raison d’explorer de manière toujours plus explicite. » (Discours aux présidents des Parlements de l’Union européenne, 23 septembre 2000, in DC, 2234, 15 octobre 2000, pp. 861-862).
93. Allocution lors du « Regina Coeli » à Ravenne, 11 mai 1986, in DC n° 1924, pp. 636-637.
94. Le « soin de l’héritage culturel et religieux » peut relever du « devoir de mémoire » dont on fait, à raison, grand cas aujourd’hui.
95. Discours au Parlement européen, 11 octobre 1988.
96. Allocution aux membres de la Commission de la Cour européenne, 12 décembre 1984, in DC n°1867, 5 février 1984, pp. 147-148.
97. Il est clair que Jean-Paul II a été marqué par l’horreur de la guerre et la menace d’une troisième guerre mondiale. Pour y échapper, une seule issue : le « chemin de Compostelle ». Relisons son acte de foi. « Si l’Europe est une, et elle peut l’être dans le respect dû à toutes ses différences, y compris celles des divers systèmes politiques ; si l’Europe se remet à penser dans la vie sociale, avec la vigueur contenue dans certaines affirmations de principes comme celles de la déclaration universelle des droits de l’homme, de la Déclaration européenne des droits de l’homme, de l’Acte final de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe ; si l’Europe recommence à agir, dans la vie plus spécifiquement religieuse, avec la connaissance et le respect dus à Dieu, fondement de tout droit et de toute justice ; si l’Europe ouvre de nouveau les portes du Christ et n’a pas peur d’ouvrir à sa puissance de salut les frontières des États, les systèmes économiques et politiques, les vastes domaines de la culture, de la civilisation et du développement […​] son avenir ne sera pas dominé par l’incertitude et la crainte, mais s’ouvrira au contraire à une nouvelle période de vie, aussi bien intérieure qu’extérieure, bénéfique et décisive pour le monde constamment menacé par les nuages de la guerre et par la possibilité d’un holocauste nucléaire. » (L’« Acte européen » à Saint-Jacques-de-Compostelle, 9 novembre 1982, in DC n° 1841, 5 décembre 1982, pp1128-1130).
98. Lettre apostolique Spes aedificandi, 1er octobre 1999.
99. Johan Huizinga (1872-1945) ;, historien néerlandais auteur, entre autres de La crise de la civilisation, 1935.
100. Oswald Spengler (1880-1936), philosophe allemand, son œuvre majeure est Le déclin de l’Occident (1918-1922).
101. « Si l’homme n’est pas à l’image de Dieu et ne renvoie à personne d’autre qu’à lui-même, quelle valeur a-t-il, pourquoi travaille-t-il et vit-il ? » (Discours du Pape aux participants au Symposium, 11 octobre 1985, in DC n° 1906, 17 novembre 1985, pp. 1083-1087).
102. Discours aux membres d’un Colloque international sur « Les racines chrétiennes communes des nations européennes », 6 novembre 1981, in DC n° 1819, 6 décembre 1981, pp. 1054-1056.
   On peut associer à la réflexion de Jean-Paul II celle du cardinal DANNEELS sur les « valeurs ». Dans une conférence, l’archevêque de Malines-Bruxelles présente MOULIN Léo comme le « coauteur » de cette conférence où il a utilisé les articles Croyance et non-croyance, (Secrétariat pour les non-croyants (Cité du Vatican, XIX, 2, 1984), Image de notre temps : la personnalité narcissique, (Revue générale, août-septembre 1982) ; Forces et faiblesses de la société européenne, in Colloque Des dieux et des hommes. Le resurgissement du religieux dans le monde contemporain, Centre d’étude sur l’actuel et le quotidien, 12-13 mars 1985). Avec l’aide donc de son ami agnostique, G. Danneels analyse les athéismes et leurs faiblesses puis les valeurs humaines et leurs « toxines » : « Cet humanisme européen, désormais, n’est que rarement fondé dans une vision chrétienne du monde, où Dieu est le Créateur et le garant suprême des valeurs. Le point de référence qu’est l’Absolu fait défaut. Or, sans ce point de référence, sans ce lien avec l’Absolu transcendant, les valeurs et les idées humanistiques européennes laissées à elles-mêmes, sécrètent tout naturellement des « toxines » qui empoisonnent lentement le tissu vivant et dont certaines peuvent être mortelles. » Et de cardinal de dénoncer la reconnaissance de droits qui peut dériver en individualisme, licence, anarchie et narcissisme. Il déplore que l’égalité débouche sur une « utopie niveleuse » ; que l’amour de la patrie devienne nationalisme ou régionalisme dans l’oubli des autres nations ; que l’État devient État-providence ; que le progrès aboutisse à refuser toute limite ; que l’amour de la paix puisse aboutir à la « tolérance de l’intolérable » et au nihilisme ; etc.. Et paraphrasant peut-être Gilbert Keith Chesterton qui écrivait que le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles (Orthodoxie,III, 1908), le cardinal affirme que « toutes les valeurs européennes, longtemps portées par la foi en Dieu, mais désormais désaliénées et redevenus la propriété de l’homme, ont produit et produisent de plus en plus de toxines qui les rendent folles, faute d’un point de vue de référence situé au-dehors et au-dessus de l’homme. […​] Les crises que nous connaissons sont les enfants légitimes de ses valeurs motrices, mais surchauffées et débranchées de leur source ; les « toxines » qui nous empoisonnent sont dans la logique même - de notre génie - devenu déréglé et même fou. […​] Nous ne pouvons guère espérer guérir grâce à quelque doctrine extérieure étrangère à nos valeurs : le résultat serait son rejet ou notre dénaturation. Mais nous ne pouvons pas non plus guérir par une sorte d’Homéopathie - par l’évolution même de notre maladie : car le cancer ne peut s’autoguérir ! Alors, y a-t-il un autre espoir pour les valeurs européennes en crise que celui de retrouver la source : l’Absolu transcendant ? Mais l’homme peut-il le faire de ses propres forces ? » (L. Moulin) » (Conférence du cardinal Godfried Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles lors du VIe Symposium des évêques d’Europe (7-11 octobre 1985) ; in DC n° 1906, 17 novembre 1985, pp. 1068-1078.)
103. Lettre apostolique Spes aedificandi, 1er octobre 1999.
104. Allocution aux promoteurs d’un Congrès pour le Ve centenaire de Luther, 24 mars 1984, in DC n° 1874, 20 mai 1984, pp. 506-507. « Pour contribuer à l’unification de l’Europe et pour lui annoncer de façon renouvelée l’Évangile de Jésus-Christ, les chrétiens doivent être de plus en plus unis afin que « le Règne de Dieu vienne ». (Rencontre avec les protestants d’Alsace, 9 octobre 1988, in DC n° 1971, 6 novembre 1988, pp 1024-1025). « L’avenir de l’Europe, dira-t-il encore, sera pénétré d’une prodigieuse vitalité spirituelle, si l’hédonisme et le matérialisme pratique sont surmontés et si sont aussi brisées les barrières qui séparent les disciples du Rédempteur. Unité dans l’Église, et entre tous ceux qui croient au Christ : c’est là le devoir qui s’impose aux chrétiens pour construire l’Europe nouvelle du troisième millénaire. » (Message de Noël 1990, in DC n° 2020, 20 janvier 1991, p. 52).  »…​mon désir fervent et mon espoir permanent que les divisions religieuses dans la famille européenne pourront être surmontées, particulièrement au moment où l’Église est engagée dans un dialogue fructueux avec les autres communautés religieuses, qui ont également apporté leur contribution au riche héritage culturel et spirituel de l’Europe ». ( Message pour les 50 ans du Conseil de l’Europe, 5 mars 1999, in DC n° 2206, 20 juin 1999, pp. 553-554).
105. Rencontre avec la communauté israélite, 9 octobre 1988, in DC n° 1971, 6 novembre 1988, pp. 1027-1028. « La réconciliation avec les juifs fait donc partie des devoirs fondamentaux des chrétiens en Europe. » (Discours lors de la rencontre avec les autorités et le Corps diplomatique, 20 juin, 1998, in DC, n° 2186, 19 juillet 1998, pp. 688-690).
106. Discours devant le Conseil de l’Europe, 8 octobre 1988, in DC n° 1971, 6 novembre 1988, pp. 1000-1005.
107. Audience générale du 12 octobre 1988, in DC, n° 1971, 6 novembre 1988, p. 1051.
108. Jean-Paul II parle de « l’urgente nécessité d’une œuvre de profonde réévangélisation ». En effet, « le christianisme qui, un temps, a offert à l’Europe en formation les valeurs idéales sur lesquelles bâtir sa propre unité, a aujourd’hui la responsabilité de revitaliser de l’intérieur une civilisation qui montre des symptômes d’une préoccupante décrépitude. » Pourquoi réévangéliser ? Le pape cite Pascal : « Non seulement nous connaissons Dieu à travers Jésus-Christ, mais nous ne nous connaissons nous-même que par Jésus-Christ, et ce n’est que par lui que nous connaissons la vie et la mort. En dehors de Jésus-Christ, nous ne savons pas ce que sont la vie et la mort, Dieu, nous-même. » (Pensées, n° 548) et GS 22: « En réalité,, le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné…​ Nouvel Adam, le Christ, dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation. » (Discours au VIIe Symposium des évêques d’Europe, 17 octobre 1989, in DC n° 1994, 19 novembre 1989, pp. 1020-1022).
109. « l’Église, dira le pape, est appelée à donner une âme à la société moderne […​]. Et cette âme, l’Église doit l’infuser, non pas d’en haut et d’en dehors, mais de l’intérieur, se faisant proche de l’homme d’aujourd’hui ». Elle doit « proposer une nouvelle synthèse créatrice entre Évangile et vie. […​] Il faut être conscient de l’importance de greffer l’évangélisation renouvelée sur ces traces communes de l’Europe. » Dans ce travail de réévangélisation adaptée à la vie contemporaine et respectueuse des racines, le concile Vatican II prend tout son sens. Il « représente le fondement et la mise en route d’une œuvre gigantesque d’évangélisation du monde moderne ». (Discours du Pape aux participants au Symposium, 11 octobre 1985, in DC n° 1906, 17 novembre 1985, pp. 1083-1087).
110. Allocution au IVe Symposium des évêques d’Europe, 20 juin 1979.
111. Discours sur la crise de l’Occident et la mission spirituelle de l’Europe, 12 novembre 1981, in DC 6 décembre 1981, n° 1819, pp. 1056-1057.
112. Homélie à l’inauguration de la Chapelle épiscopale hongroise, 8 octobre 1980.
113. Discours sur la crise de l’Occident et la mission spirituelle de l’Europe, 12 novembre 1981, in DC 6 décembre 1981, n° 1819, pp. 1056-1057. « L’Europe est en train de se constituer comme « union ». L’Église a une contribution spécifique à y apporter ; non seulement les chrétiens peuvent s’unir à tous les hommes de bonne volonté pour travailler à la construction de ce grand projet, mais plus encore ils sont invités à en être en quelque sorte l’âme, en montrant le véritable sens de l’organisation de la cité terrestre. On ne peut donc envisager l’Europe seulement comme un marché d’échanges économiques ou un espace de libre circulation d’idées, mais d’abord et avant tout comme une communauté véritable de nations qui veulent lier leurs destinées, pour vivre ne frères, dans le respect des cultures et des démarches spirituelles qui ne peuvent cependant se situer en dehors du projet commun ou en opposition avec lui. En même temps, le renforcement de l’union au sein du Continent rappelle aux Églises et Communautés ecclésiales qu’elles ont elles-mêmes à faire un pas supplémentaire sur la voire de l’unité. » (Message à l’Assemblée plénière du Conseil des Conférences épiscopales d’Europe à Bruxelles, 16 octobre 2000, in DC, n° 2236, pp. 959-960).
114. Id..
115. L’« Acte européen » à Saint-Jacques-de-Compostelle, le 9 novembre 1982, in DC n° 1841, 5 décembre 1982, pp1128-1130. « Les difficultés auxquelles fait face aujourd’hui le vieux Continent doivent inciter les chrétiens à rassembler leurs forces, à redécouvrir leurs origines et à raviver les valeurs authentiques qui en ont cimenté l’unité spirituelle et qui ont alimenté la flamme brillante d’une civilisation où tant d’autres nations de la terre ont puisé. » (Lettre aux présidents des Conférences épiscopales d’Europe, 2 janvier 1986, in DC, n° 1912, 16 février 1986, pp. 183-184). Les universités ont un rôle important à jouer : « la vocation spécifique des universités européennes […​] est de maintenir vivants l’idéal d’une instruction libérale et les valeurs universelles qu’une tradition culturelle, marquée par le christianisme, enrichit avec un savoir supérieur […​]. Nos sociétés doivent vivre dans un contexte pluraliste qui requiert le dialogue entre tant de traditions spirituelles dans une nouvelle recherche d’harmonie et de collaboration. mais il est néanmoins essentiel pour l’université, comme institution, de faire constamment référence à l’héritage intellectuel et spirituel qui a façonné notre identité européenne au cours des siècles. » (Discours à l’université d’Uppsala (Suède), 9 juin 1989, in DC n° 1988, 16 juillet 1989, pp. 700-703). Dès les XIIIe et XIVe siècles les universités ont acquis une grande importance. C’est l’époque « où prend forme l’« humanisme » comme synthèse très heureuse entre le savoir théologique, le savoir philosophique et les autres sciences. Synthèse impensable sans le christianisme et donc sans l’œuvre séculaire d’évangélisation accomplie par l’Église dans la rencontre avec les multiples réalités ethnique et culturelles du continent.[…​] Cette mémoire historique est indispensable pour fonder la perspective culturelle de l’Europe d’aujourd’hui et de demain, […​] la nouvelle Europe na peut se projeter dans l’avenir sans puiser à ses racines […​]. » (Discours aux participants au Symposium « Université et Église en Europe », 19 juillet 2003, in DC n° 2298, 7-21 septembre 2003,n pp. 784-785). « La construction d’une nouvelle Europe, a besoin d’hommes et de femmes doués d’une sagesse humaine, d’un sens aigu de discernement, ancré dans une anthropologie allant de pair avec l’expérience personnelle de la transcendance divine. » (Discours à la Commission des épiscopats de la Communauté européenne (COMECE), 30 mars 2001, in DC n° 2247, 6 mai 2001, pp. 403-404).
116. (Discours à l’Assemblée plénière du Conseil pontifical pour la Culture, 10 janvier 1992, in DC n° 2044, 16 février 1992, pp. 157-159). Tous ces thèmes sont repris dans son Discours au Conseil des Conférences épiscopales d’Europe, 16 avril 1993, in DC n° 2073, 6 juin 1993, pp. 501-503.
117. Discours au Conseil fédéral du « Mouvement européen », 28 mars 1987, in DC n° 1941, 7 juin 1987, pp. 596-598.
118. Discours aux évêques français de la région « Ouest », 14 février 1992, in DC n° 2047, 5 avril 1992, pp. 303-305.
119. Discours devant le Conseil de l’Europe, 8 octobre 1988, in DC n° 1971, 6 novembre 1988, pp. 1000-1005. « L’Union européenne […​] s’engage à préserver la diversité culturelle, et en même temps à garantir les valeurs et les principes auxquels les pères fondateurs étaient attachés et qui constituent leur patrimoine commun. » Le pape rappelle que s’il y a un bien commun nationale, il y a aussi « un bien commun continental et même universel ». (Discours aux présidents des Parlements de l’Union européenne, 23 septembre 2000, in DC, 2234, 15 octobre 2000, pp. 861-862).
120. 12 juin 1980. « Cette insistance sur les droits de la nation, commente Philippe Chenaux, n’avait d’autre but que de libérer l’autre Europe de la tutelle du communisme et de mettre fin à l’absurde division de l’Europe issue de la guerre » (op. cit., p. 182).
121. RH, n° 15.
122. RH, n° 17.
123. Homélie à Varsovie, 2 juin 1979.
124. Aux membres du Parlement européen, le 5 avril 1979.
125. « Le fécond principe de subsidiarité », dira le Pape, principe de plus en plus invoqué par l’Europe « Il est une invitation à répartir les compétences entre les différents niveaux d’organisation politique d’une communauté donnée, par exemple régional, national, européen, en ne transférant aux niveaux supérieurs que celles auxquelles les niveaux inférieurs ne sont pas en mesure d faire face pour le service du bien commun. » (Discours aux présidents des Parlements de l’Union européenne, 23 septembre 2000, in DC, 2234, 15 octobre 2000, pp. 861-862).
126. Discours aux membres du Parlement européen, 5 avril 1979. Respecter les cultures nationales est impératif « mais il y a une urgence, non moins grande, à favoriser un consensus constructif sur les valeurs éthiques qui orientent la société […​] l’Europe ne peut renier ses racines chrétiennes ; elle est invitée à les redécouvrir, à en vivre, à en témoigner. C’est le meilleur service qu’elle puisse rendre à l’humanité. Elle y trouvera ce qui a forgé son identité, marqué la plus grande part de son histoire, ce qui caractérise encore sa culture au-delà des contestations. car il importe de bien fonder, et de promouvoir dans les comportements et dans les institutions, le sens de la vie humaine, le respect de la vie à toutes les étapes de l’existence, l’importance des relations familiales dans une union stable et généreuse, le respect des droits fondamentaux y compris de la liberté de conscience et de pratique religieuse, l’accueil des travailleurs et des immigrés, la possibilité de dépasser les repliements sur soi égoïstes, l’esprit de conciliation et de collaboration, la recherche d’une justice authentique, inséparable de la charité, les bases d’une civilisation de l’amour, l’acceptation d’une fin transcendante qui donne un sens à la vie et à la mort. » (Discours au Conseil fédéral du « Mouvement européen », 28 mars 1987, in DC n° 1941, 7 juin 1987, pp. 596-598).
127. « L’histoire de la formation des nations européennes va de pair avec celle de leur évangélisation » (L’« Acte européen » à Saint-Jacques-de-Compostelle, le 9 novembre 1982, in DC n° 1841, 5 décembre 1982, pp1128-1130.
128. Discours aux participants d’un Symposium sur la pastorale du mariage et de la famille en Europe, 26 novembre 1983, in DC n° 1844, 16 janvier 1983, pp. 92-93. « Notre continent européen dans son ensemble a besoin d’un processus créatif de renouveau pour une Europe unie. L’Église peut fournir une contribution importante à cette œuvre de médiation et de compréhension. la foi chrétienne est une force vive qui dépasse les frontières de par ses origines dans tous les pays d’Europe. […​] l’Église et l’Europe […​] ont fait route en commun pendant des siècles et gardent l’empreinte d’une même histoire. L’Europe a été tenue sur les fonts baptismaux par le christianisme, et les nations européennes dans leur diversité ont incarné l’existence chrétienne. Dans leur rencontre elles se sont enrichies mutuellement et se sont conféré des valeurs qui sont devenues non seulement l’âme de la culture européenne, mais le patrimoine de l’humanité tout entière. C’est cette identité chrétienne et cette unité intérieure qu’il s’agit de redécouvrir en commun et de faire fructifier à nouveau pour l’'avenir du continent et du monde. L’Église s’efforce de fournir sa contribution pour atteindre ce but par les efforts renouvelés de nouvelle évangélisation des peuples européens. » (Discours aux responsables politiques à la Hofburg (Autriche), le 23 juin 1988, in DC n° 1967, 7-21 août 1988).
129. Allocution aux « Vêpres européennes », Vienne, 10 septembre 1983,in DC, n° 1860, 16 octobre 1983, pp. 917-918
130. Homélie pour la clôture du Synode pour l’Europe, 23 octobre 1999). Dans l’encyclique Redemptor hominis (4 mars 1979) n° 17, Jean-Paul II souligne le lien entre le bien commun et les droits, (notamment le droit à la liberté religieuse) et montre, à ce point de vue, le rôle de l’autorité publique : « L’Église a toujours enseigné le devoir d’agir pour le bien commun et, ce faisant, elle a éduqué aussi de bons citoyens pour chaque État. Elle a en outre toujours enseigné que le devoir fondamental du pouvoir est la sollicitude pour le bien commun de la société ; de là dérivent ses droits fondamentaux. Au nom de ces prémisses relatives à l’ordre éthique objectif, les droits du pouvoir ne peuvent être entendus que sur la base du respect des droits objectifs et inviolables de l’homme. ce bien commun, au service duquel est l’autorité dans l’État, ne trouve sa pleine réalisation que lorsque tous les citoyens sont assurés de leurs droits. […​] Parmi ces droits, on compte à juste titre le droit à la liberté religieuse à côté du droit à la liberté de conscience. […​] Cependant, en vertu de ma charge, je désire, au nom de tous les croyants du monde entier, m’adresser à ceux dont dépend de quelque manière l’organisation de la vie sociale et publique, en leur demandant instamment de respecter les droits de la religion et de l’activité de l’Église. On ne demande aucun privilège, mais le respect d’un droit élémentaire. la réalisation de ce droit est l’un des tests fondamentaux pour vérifier le progrès authentique de l’homme en tout régime, dans toute société, système ou milieu. »
131. Id.. « Les Européens ne peuvent se résigner à la division de leur continent. […​] Pour bâtir leur unité, les Européens ont besoin de retrouver une meilleure cohésion. Un grand projet ne peut aboutir qu’appuyé par l’apport original de chacun au service de la communauté. » (Discours au siège de la Communauté économique européenne à Bruxelles, 20 mai 1985, in DC n° 1899, 7 juillet 1985, pp. 694-697.)
132. L’« Acte européen » à Saint-Jacques-de-Compostelle, le 9 novembre 1982 in DC n° 1841, 5 décembre 1982, pp1128-1130. « L’anomalie des divisions qui se sont implantées à l’intérieur de l’Europe s’accroît encore quand on oublie que l’unité européenne est de caractère spirituel beaucoup plus que politique. pour sa plus grande part, elle s’enracine dans les valeurs chrétiennes et dans l’humanisme qui en découle. […​] si l’Europe veut retrouver son unité fondamentale, elle doit revenir aux valeurs que le christianisme a fait surgir dans la société et la culture européenne dès ses débuts. » (Discours à une Commission parlementaire du Conseil de l’Europe, 17 mars 1988, in DC n° 1961, 1er mai 1988, pp. 440-441)
133. Discours à l’université d’Uppsala (Suède), 9 juin 1989, in DC n° 1988, 16 juillet 1989, pp. 700-703.
134. Discours au Corps diplomatique (Varsovie), 8 juin 1991, in DC n° 2032, 21 juillet 1991, pp. 693-695. « En pèlerinage sur les routes du temps, l’Église a étroitement lié sa mission à notre Continent, plus qu’à aucun autre. Le visage spirituel de l’Europe s’est formé grâce aux efforts des grands missionnaires et au témoignage des martyrs. Il s’est formé dans les églises au prix d’une grande abnégation et dans les centres de vie contemplative, dans le message humaniste des universités. Appelée à la sollicitude envers la croissance spirituelle de l’homme en tant qu’être social, l’Église a apporté à la culture européenne un ensemble unique de valeurs. Elle a été toujours convaincue qu’' « une authentique politique culturelle doit viser l’homme dans sa totalité, c’est-à-dire dans toutes ses dimensions personnels, sans oublier les aspects éthiques et religieux » (Message au Directeur général de l’UNESCO, à l’occasion de la Conférence sur les politiques culturelles, 24 juillet 1982). Comme la culture européennes serait restée pauvre, sui l’inspiration chrétienne lui avait fait défaut !
   C’est pour cela que l’Église met en garde contre une réduction de la vision de l’Europe qui la considère uniquement sous des aspects économiques et politiques, comme elle met en garde contre un regard acritique prônant un modèle de vie consumériste.
   Si nous voulons que la nouvelle unité de l’Europe soit durable, nous devons construire sur les valeurs spirituelles qui furent jadis à sa base, en prenant en considération la richesse et la diversité des cultures et des traditions de chaque nation. Telle, en effet, doit être la grande Communauté Européenne de l’Esprit. Ici aussi, je renouvelle l’appel que j’ai adressé au vieux Continent : « Europe, ouvre tes portes au Christ ! ». » (Discours aux deux Chambres du Parlement de la république de Pologne, 11 juin 1999, in DC n° 2208, 18 juillet 1999, pp. 670-674).
135. GS 42.
136. Discours au Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, 13 janvier 1990, in DC n° 2000, 18 février 1990, pp. 155-159.
137. Surtout qu’ « en ce moment de crise, l’Europe pourrait être tentée de se replier sur elle-même en négligeant momentanément les liens qui l’unissent au vaste monde ». Au contraire, elle est invitée « à se hausser à la dimension de sa vocation historique ». (Discours au Conseil pontifical de la Culture, 12 janvier 1990, in DC n° 2000, 178 février 1990, pp. 153-155).
138. Discours à des parlementaires catholiques européens, 10 novembre 1983, in DC n° 1865, 1er janvier 1984, pp. 5-7.
139. Discours à M. Georges Santer, nouvel ambassadeur du Luxembourg, 16 décembre 2004, in DC n° 2328, 16 janvier 2015, pp. 56-58. « Ce n’est que si nous reconnaissons la grandeur de notre histoire chrétienne et en appliquons les valeurs durables dans nos activités modernes que nous réussirons, Européens spirituellement unis, à offrir au monde un message de libération qui rende l’avenir attirant pour les hommes et les peuples, tout en les aidant à se construire un avenir digne de l’homme et à surmonter leurs épreuves. » (Homélie devant la cathédrale de Spire, 4 mai 1987, in DC n° 1941, 7 juin 1987, pp. 588-591).
140. Allocution de l’Angélus sur le Mont Chétif, 7 septembre 1986, in DC n° 1926, 19 octobre 1986, pp. 890-891. L’Europe a le « devoir de s’intéresser aux autres régions du monde » (Discours au Conseil fédéral du « Mouvement européen », 28 mars 1987, in DC n° 1941, 7 juin 1987, pp. 596-598). « L’Europe a encore une grande responsabilité dans le monde. A cause de son histoire chrétienne, la vocation de l’Europe est celle de l’ouverture et du service pour la famille humaine tout entière. Un défi majeur de notre temps est précisément le développement de tous les peuples dans le respect total de leurs cultures et de leur identité spirituelle ? Notre génération a encore beaucoup à faire si elle veut éviter le reproche historique de ne pas avoir lutté de tout son cœur et de toute son intelligence pour détruire la misère de tant de millions de nos frères et sœurs. » (Discours à l’université d’Uppsala (Suède), 9 juin 1989, in DC n° 1988, 16 juillet 1989, pp. 700-703).
141. Discours aux membres du parlement européen, 5 avril 1979. « Chacun a conscience désormais que la vie d’un continent, aussi féconde que soit sa culture, ne saurait aujourd’hui se fermer à l’apport des autres : on pense aux civilisations développées en dehors de l’influence chrétienne ; on pense également aux autres régions du monde où s’est épanouie la culture d’inspiration chrétienne, souvent enrichie au contact d’autres groupes ethniques. l’ouverture aux autres fait partie des composantes essentielles d’un esprit formé par la tradition chrétienne ; les Européens ont le devoir de la vivre dans le respect fraternel de tous les hommes ; il entre dans leur vocation de développer le sens de l’universel. » Comme « les ressources sont inégalement partagées entre les hommes fondamentalement égaux, […​] la solidarité s’impose ». Le Pape rappelle « les responsabilités des peuples qui ont reçu beaucoup, pour qu’ils s’unissent et parlent d’une seule voix en faveur de la paix. » (Discours au siège de la Communauté économique européenne à Bruxelles, 20 mai 1985, in DC n° 1899, 7 juillet 1985, pp. 694-697). le pape souhaite que les Églises d’Europe apportent une « contribution concrète à la construction de la « nouvelle Europe », ouverte à la solidarité universelle ». (Discours au Conseil des Conférences épiscopales d’Europe, 16 avril 1993, in DC n° 2073, 6 juin 1993, pp. 501-503).
142. Discours à une Commission parlementaire du Conseil de l’Europe, 17 mars 1988, in DC n° 1961, 1er mai 1988, pp. 440-441. « L’Europe ne peut pas penser qu’à elle-même et se refermer à l’intérieur de ses frontières et dans son bien-être. L’Europe est appelée à servir le monde, en particulier ses régions les plus pauvres et oubliées […​]. Il n’est pas possible de construire une maison européenne commune sans se soucier du bien général de l’humanité.[…​] La nouvelle évangélisation confère une âme à l’Europe et aide le continent à ne plus vivre pour lui-même dans les limites de ses frontières, amis à construire une humanité plus humaine, respectueuse de la vie, et à manifester une présence généreuse sur la scène mondiale. » (Message aux participants à la rencontre œcuménique (catholiques, évangéliques, orthodoxes et anglicans) « Miteinander für Euopa » à Stuttgart, 6 mai 2004, in DC n° 2317, 4 juillet 2004, pp. 603-604). Et il le répétera : « il ne sera possible d’édifier une Europe nouvelle, une maison commune européenne, sans se préoccuper de toute la planète, bien commun de l’humanité. On pourrait dire que la condition pour que l’Europe puisse bâtir son avenir, c’est d’être capable de regarder au-delà de ses frontières, surtout vers l’immense hémisphère sud, devenu depuis des décennies le terrain où naissent les conflits les plus nombreux et où pèse l’injustice d’une manière qui n’est plus supportable. » (Lettre au cardinal Edward I. Cassidy (président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens), 10 septembre 1992, in DC n° 2062, 20 décembre 1992, pp. 867-868).
143. Discours devant le Conseil de l’Europe, 8 octobre 1988, in DC n° 1971, 6 novembre 1988, pp. 1000-1005. L’Europe a des « devoirs inéluctables à l’égard des peuples les plus pauvres du monde. » (Lettre au président du CCEE, 1er septembre 1993, in DC n° 2080, 17 octobre 1993, pp. 879-880). « L’histoire du continent européen se confond, depuis des siècles, avec l’histoire de l’évangélisation. L’Europe n’est pas vraiment un territoire clos ou isolé ; elle s’est construite en allant, au-delà des mers, à la rencontre d’autres peuples, d’autres cultures, d’autres civilisations. Cette histoire indique une exigence : l’Europe ne saurait se replier sur elle-même. Elle ne peut ni ne doit se désintéresser du reste du monde, elle doit au contraire garder pleine conscience que d’autres pays, d’autres continents, attendent d’elle des initiatives audacieuses, pour offrir aux peuples les plus pauvres les moyens de leur développement et de leur organisation sociale, et pout édifier un monde plus juste et plus fraternel. » (Message à l’Assemblée plénière du Conseil des Conférences épiscopales d’Europe à Bruxelles, 16 octobre 2000, in DC, n° 2236, pp. 959-960).
144. Discours au parlement européen à Strasbourg, 11 octobre 1988, in DC n° 1971, pp. 1043-1046.
145. « Personne ne veut considérer l’universalisation de ce patrimoine [le christianisme] comme une victoire ou bien comme une confirmation de sa propre supériorité. Professer certaines valeurs, cela signifie seulement s’engager à coopérer à la construction d’une véritable communauté humaine universelle : une communauté qui ne connaît plus de lignes de séparation entre des mondes différents.
   Il dépendra aussi de nous, chrétiens, que l’Europe, avec ses aspirations terrestres, se referme sur elle-même, dans ses égoïsmes, renonçant à sa vocation et à son rôle historique, ou bien qu’elle retrouve son âme dans la culture de la vie, de l’amour et de l’espérance. » (Discours lors de la rencontre avec les autorités et le Corps diplomatique, 20 juin 1998, in DC, n° 2186, 19 juillet 1998, pp. 688-690).
146. A ce point de vue, sa position est claire: « l’institution matrimoniale […​] ne peut être mise sur le même plan que de simples associations ou unions, et celles-ci ne peuvent bénéficier des droits particuliers liés exclusivement à la protection de l’engagement conjugal et de la famille, fondée sur le mariage, comme communauté de vie et d’amour stable, fruit du don total et fidèle des conjoints, ouverte à la vie. » (Discours au Congrès des responsables politiques et législateurs d’Europe, 23 octobre 1998, in DC n° 2193, 6 décembre 1998, pp. 1001-1003).
147. Discours aux participants d’un Symposium sur la pastorale du mariage et de la famille en Europe, 26 novembre 1983, in DC n° 1844, 16 janvier 1983, pp. 92-93. « L’Europe peut et doit travailler à défendre partout la dignité de l’homme, dès sa conception, à améliorer encore davantage ses conditions d’existence en œuvrant en faveur d’un juste partage des richesses, en donnant à tous les hommes une éducation, qui les aidera à devenir des acteurs de la vie sociale, et un travail, qui leur permettra de vivre et de subvenir aux besoins de leurs proches. A ce propos, il importe aussi de rappeler à temps et à contretemps la place et la valeur inestimable du lien conjugal et de la famille, qui ne peuvent être mis sur un pied d’égalité avec d’autres types de relation, sous peine de déstructurer fortement le tissu social et de rendre de plus en plus fragiles les enfants et les jeunes. » (Message à l’Assemblée plénière du Conseil des Conférences épiscopales d’Europe à Bruxelles, 16 octobre 2000, in DC, n° 2236, pp. 959-960).
148. Discours devant le Conseil de l’Europe, 8 octobre 1988, in DC n° 1971, 6 novembre 1988, pp. 1000-1005.
149. Id.. « Inévitablement , les pays les plus riches devront consentir des sacrifices concrets pour réduire peu à peu le déséquilibre inhumain qui existe actuellement en Europe au niveau de la prospérité. IL y faut une aide spirituelle pour mener de l’avant la construction des structures démocratiques et leur renforcement, et pour promouvoir une culture de la politique et les justes conditions d’un État de droit. Pour cet effort, l’Église propose comme orientation sa Doctrine sociale…​ » (Discours lors de la rencontre avec les autorités et le Corps diplomatique, 20 juin 1998, in DC, n° 2186, 19 juillet 1998, pp. 688-690).
150. s devant le Conseil de l’Europe, 8 octobre 1988, in DC n° 1971, 6 novembre 1988, pp. 1000-1005.
151. Discours au Conseil pontifical de la Culture, 12 janvier 1990, in DC n° 2000, 178 février 1990, pp. 153-155.
152. L’Europe a retrouvé ses deux poumons mais « contrairement à la communauté d’esprit que l’on attendait, on peut noter de nouvelles divisions et de nouveaux conflits. » (Discours aux deux Chambres du Parlement de la république de Pologne, 11 juin 1999, in DC n° 2208, 18 juillet 1999, pp. 670-674).
153. Discours au Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, 13 janvier 1990, in DC n° 2000, 18 février 1990, pp. 155-159. La chute du mur n’a pas tout réglé, loin s’en faut : « Depuis lors, bien des euphories se sont volatilisées, et bien des espérances ont été déçues. Se remplir les mains uniquement de biens matériels, alors que le cœur de l’homme demeure vide parce qu’il n’a pas découvert le sens de la vie, cela ne suffit pas. l’homme n’en a pas toujours conscience et, souvent, préfère les distractions superficielles à la véritable joie intérieure. mais il doit finalement constater que l’on ne peut pas vivre seulement de pain et de jeux. » (Discours lors de la rencontre avec les autorités et le Corps diplomatique, 20 juin 1998, in DC, n° 2186, 19 juillet 1998, pp. 688-690).
154. Homélie à Gniezno (Pologne) lors de la célébration du millénaire de saint Adalbert, 2 juin 1997, in DC n° 2164, 20 juillet 1997, pp. 664-667.
155. Discours au Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, 13 janvier 1990, in DC n° 2000, 18 février 1990, pp. 155-159.
156. Lettre au cardinal Edward I. Cassidy (président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens), 10 septembre 1992, in DC n° 2062, 20 décembre 1992, pp. 867-868.
157. Discours au Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, 16 janvier 1993, in DC n° 2066, 21 février 1993, pp. 152-157.
158. Discours au Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, 15 janvier 1994, in DC, n° 2088, 20 février 1994, pp.153-158.
159. Discours au Conseil des Ministres de la Conférence sur la sécurité et la Coopération en Europe, 30 novembre 1993, in DC n° 2086, 16 janvier 1994.
160. Lettre au président du CCEE, 1er septembre 1993, in DC n° 2080, 17 octobre 1993, pp. 879-880.
161. Allocution aux présidents des Conférences épiscopales européennes, 1er décembre 1992, in DC n° 2064, 17 janvier 1993. « Il existe aujourd’hui de forts courants de « contre-évangélisation », qui cherchent à saper les racines chrétiennes de notre civilisation et menacent ainsi d’assécher la source principale de l’humanisme européen. » (Lettre au président du CCEE, 1er septembre 1993, in DC n° 2080, 17 octobre 1993, pp. 879-880). (CCEE: Conseil des Conférence épiscopales d’Europe).
162. Lettre au président du CCEE, 1er septembre 1993, id.. « Il semble que dans l’Europe d’aujourd’hui se fasse encore plus forte la tentation du scepticisme et de l’indifférence devant l’effondrement des repères moraux fondamentaux de la vie personnelle et sociale. » (Discours aux représentants du monde de la culture, des sciences et des arts à Sofia (Bulgarie), 24 mai 2002, in DC n° 2272, 16 juin 2002, pp. 574-576).
163. Discours aux participants à la Conférence interministérielle pour le 50e anniversaire de la Convention européenne des Droits de l’homme, 3 novembre 2000, in DC n° 2237, 3 décembre 2000, pp. 1013-1014. » Malgré de nombreux et nobles efforts, le texte élaboré pour la « Charte européenne » n’a pas satisfait les justes attentes de beaucoup. Plus particulièrement, la défense des droits de la personne et de la famille aurait pu être affirmée avec plus de courage. En effet, la préoccupation que l’on nourrit pour que ces droits, qui ne sont pas toujours compris et respectés de lanière adéquate, soient défendus, est plus que justifiée. En de nombreux États européens, ils sont menacés, par exemple, par une politique favorable à l’avortement, presque partout légalisé, par une attitude toujours plus « possibiliste » en ce qui concerne l’euthanasie et, tout dernièrement, par certains projets de lois en matière de technologie génétique, qui ne sont pas suffisamment respectueux de la qualité humaine de l’embryon. Il ne suffit pas d’employer de grands mots pour exalter la dignité d la personne, si celle-ci est ensuite gravement violée par les normes mêmes du dispositif juridique. » (Message à l’occasion du 1200e anniversaire du couronnement de Charlemagne, 14 décembre 2000, in DC, n°2241, 4 février 2001, pp. 108-109).
164. Allocution lors de l’Angélus du 20 février 1994, in DC, n° 2091, 3 avril 1994, pp. 307-308.
165. Résolution sur l’égalité des droits des homosexuels et des lesbiennes dans la Communauté Européenne, Parlement Européen - 8 février 1994. Le Parlement européen fait des recommandations qui doivent assurer le respect des personnes homosexuelles et leur protection contre les discriminations mais - et c’est ici que le pape s’insurge : « considère que cette recommandation devrait, tout au moins, chercher à mettre un terme à […​]
   -l’interdiction faite aux couples homosexuels de se marier ou de bénéficier de dispositions juridiques équivalentes ; la recommandation devrait garantir l’ensemble des droits et des avantages du mariage, ainsi qu’autoriser l’enregistrement des partenariats
   - toute restriction au droit des lesbiennes et des homosexuels d’être parents ou bien d’adopter ou d’élever des enfants. » (n°14). »
166. Message à l’occasion du 1200e anniversaire du couronnement de Charlemagne, 14 décembre 2000, in DC, n°2241, 4 février 2001, pp. 108-109. « L’union du monde européen en une seule entité civile, sans qu’il y ait pour les peuples perte de leur propre conscience, de leurs traditions et de leur identité nationale, telle a été l’intuition des pionniers. Cependant, la tendance naissante à transformer certains pays d’Europe en des États sécularisés sans aucune référence à la religion constitue une régression et une négation de leur héritage spirituel. Nous sommes appelés à intensifier nos efforts pour que l’unification de l’Europe puisse réaliser. Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour que les racines de l’Europe et que son âme chrétienne puissent être gardées intactes. » (Déclaration commune du Pape Jean-Paul II et de S.B. Christodoulos, 4 mai, 2001, in DC, n° 2248, 20 mai 2001, pp. 463-464). « […​] vers le milieu du dernier millénaire a commencé un processus de sécularisation, qui s’est particulièrement développé à partir du XVIIIe siècle, qui a prétendu exclure Dieu et le christianisme de toutes les expressions de la vie humaine.
   Le point d’arrivée de ce processus a souvent été le laïcisme et le sécularisme agnostique et athée, c’est-à-dire l’exclusion absolue et totale de Dieu et de la loi morale naturelle de tous les milieux de la vie humaine. On a ainsi relégué la religion chrétienne dans les limites de la vie privée de chacun. N’est-il pas significatif de ce point de vue, que l’on ait ôté de la Charte de l’Europe toute référence explicite aux religions et, donc, également au christianisme ? J’ai exprimé mon regret devant ce fait, que j’estime anti-historique et offensant pour les Pères de l’Europe nouvelle […​]. » (Allocution à la Fondation Alcide de Gasperi, 23 février 2002, in DC, n° 2267, 7 avril 2002, pp. 301-302).
167. « La culture, l’art, l’histoire et l’époque actuelle de l’Europe ont été et sont encore modelés par le christianisme d’une manière telle qu’il n’existe pas, pas même aujourd’hui, d’Europe complètement sécularisée ou foncièrement athée. En témoignent non seulement les églises et les monastères en de nombreux pays européens, les chapelles et les calvaires érigés le long des routes européennes, les prières et les chants chrétiens dans toutes les langues de l’Europe. » (Discours lors de la rencontre avec les autorités et le Corps diplomatique, 20 juin 1998, in DC, n° 2186, 19 juillet 1998, pp. 688-690). « Il est donc nécessaire de se garder d’une vision du Continent qui ne prenne en compte que les aspects économiques et politiques, ou qui se laisse aller sans réflexion critique à des modes de vie inspirés par un consumérisme indifférent aux valeurs de l’esprit. Si l’on veut donner une stabilité durable à la nouvelle unité européenne, il est nécessaire de veiller à ce qu’elle s’appuie sur les fondements éthiques qui en furent autrefois la base, laissant en même temps un espace aux richesses et aux diversités des cultures et des traditions qui caractérisent les différentes nations. » (Discours devant le Parlement européen, 14 novembre 2002, in DC n° 2281, 1er décembre 2002, pp. 1003-1006).
168. Le « vieux » continent a besoin de Jésus-Christ pour ne pas perdre son âme, et ce qui l’a rendu grand dans le passé et qui ; le propose aujourd’hui encore à l’admiration des autres peuples. En effet, c’est ne vertu du message chrétien que se sont affirmées dans les consciences les grandes valeurs humaines de la dignité et de l’inviolabilité de la personne, cde la liberté de conscience, de la dignité du travail et du travailleur, du droit de chacun à une vie digne et sûre, et donc de la participation aux biens de la terre, destinés par Dieu à la ,jouissance de tous les hommes.
   Sans doute, d’autres forces en dehors de l’Église ont également contribué à l’affirmation de ces valeurs et parfois, les catholiques eux-mêmes, freinés par des situations historiques négatives, ont été lents à reconnaître des valeurs qui étaient chrétiennes, même sui elles étaient malheureusement coupées de leurs racines religieuses. Ces valeurs, l’Église les propose à nouveau aujourd’hui à l’Europe avec une vigueur renouvelée, car l’Europe risque de tomber dans le relativisme idéologique et de céder au nihilisme moral, en déclarant parfois bien ce qui est mal, et mal ce qui est bien. » (Allocution à la Fondation Alcide de Gasperi, 23 février 2002, in DC, n° 2267, 7 avril 2002, pp. 301-302).
   « Celui qui veut travailler activement à l’édification d’une authentique unité européenne ne peut pas faire abstraction de ces données historiques dont l’éloquence est incontestable. […​] Pour retrouver son identité profonde, l’Europe ne peut pas ne pas revenir à ses racines chrétiennes […​]. » (Discours aux représentants du monde de la culture, des sciences et des arts à Sofia (Bulgarie), 24 mai 2002, in DC n° 2272, 16 juin 2002, pp. 574-576).
   « Il est important que l’Europe, enrichie au cours des siècles grâce au trésor de la foi chrétienne, confirme ses origines et ravive ces racines. » (Discours aux cardinaux et à la Curie romaine, 22 décembre 2003, in DC n° 2306, 17 janvier 2004, pp. 71-74).
169. Discours au Conseil des Ministres de la Conférence sur la sécurité et la Coopération en Europe, 30 novembre 1993, in DC n° 2086, 16 janvier 1994. Devant « la fragilité de la paix » et « le danger des nationalismes exacerbés », il y a « la nécessité d’ouvrir de nouvelles perspectives d’accueil et d’échanges, mais aussi de réconciliation, entre les personne, les peuples et les nations européennes. » (Message à l’Assemblée plénière du Conseil des Conférences épiscopales d’Europe à Bruxelles, 16 octobre 2000, in DC, n° 2236, pp. 959-960).
170. Allocution lors de la réception du nouvel ambassadeur de France, 13 novembre 1995, in DC n° 2128, 17 décembre 1995, pp. 1072-1077.
171. Lettre au président du CCEE, 1er septembre 1993, in DC n° 2080, 17 octobre 1993, pp. 879-880. « L’histoire de l’Europe est liée au christianisme depuis deux millénaires On peut même dire que le renouveau culturel est venu de la contemplation du mystère chrétien, qui permet de porter un regard plus profond sur la nature et la destinée de l’homme, ainsi que sur l’ensemble de la création. Même si tous les Européens ne se reconnaissent pas chrétiens, les peuples du Continent sont cependant profondément marqués par l’empreinte évangélique, sans laquelle il serait bien difficile de parler d’Europe. C’est dans cette culture chrétienne, qui constituent nos racines communes, que nous trouvons les valeurs capables de guider notre pensée, nos projets et notre action. […​] Les frontières entre les États se sont ouvertes ; il ne faudrait pas que de nouvelles barrières s’érigent entre les hommes et que de nouvelles inimitiés surgissent entre les peuples, à cause d’idéologies. la recherche de la vérité doit être le moteur de toute démarche culturelle et de relations de fraternité au sein du Continent. Cela suppose le respect plénier de la personne humaine et de ses droits, à commencer par la liberté de parole et la liberté religieuse. Pour cela, il importe de donner à nos contemporains une véritable éducation fondée sur les valeurs essentielles, spirituelles, morales, civiques. » (Discours aux participants du IIe Symposium présynodal européen, 14 janvier 1999, in DC, n° 2199, 7 mars 1999, pp. 206-207).
172. Discours lors de la rencontre avec les autorités et le Corps diplomatique, 20 juin 1998, in DC, n° 2186, 19 juillet 1998, pp. 688-690. Il s’agit là d’une mission fondamentale y compris sur le plan social et politique car, d’une manière générale, « on juge le degré de civilisation d’une nation à la sensibilité qu’elle montre pour ses membres les plus faibles et les plus malheureux, et par son effort pour promouvoir leur réhabilitation et leur pleine insertion dans la vie sociale. » (Discours à la population de Zagreb (Croatie), le 2 octobre 1998, in DC, n° 2192, 15 novembre 1998, pp. 972-973).
   Jean-Paul II mettra en garde les peuples de l’Est récemment entrés dans l’Union européenne contre les faux espoirs et les invitera à participer à la construction européenne en restant fidèles à leurs racines propres. En entrant dans les structures européennes, les Roumains doivent bien distinguer « les valeurs positives et négatives de la société occidentale » : attention à la consommation et à l’individualisme « le peuple roumain fera bien de se rappeler qu’il n’a pas seulement quelque chose à recevoir, mais qu’il possède également un riche héritage spirituel, culturel et historique à offrir au bénéfice de l’humanité et de la vitalité du continent tout entier. » « savoir conserver une ferme adhésion aux valeurs chrétiennes. » (Discours aux évêques de Roumanie en visite ad limina, 1er mars 2003, in DC n° 2292, 18 mai 2003, pp. 467-469). A propos des pays de l’ancien « bloc de l’Est » qui vont entrer dans les structures européennes, il dira qu’ils « ont une grande mission à accomplir sur le Vieux Continent ». Le pape conscient que les opposants sont nombreux , salue leur « sollicitude à l’égard de la défense de l’identité culturelle et religieuse » de leur pays et partage « leurs inquiétudes sur la répartition économiques des forces » mais « la Pologne toujours constitué une part importante de l’Europe […​], elle ne peut pas aujourd’hui abandonné cette communauté » malgré les difficultés car elle « constitue une famille de nations fondée sur une tradition chrétienne commune. L’entrée dans les structures de l’Union européenne, avec des droits égaux à ceux des autres pays, est pour notre nation et pour les autres nations slaves voisines, l’expression d’une justice historique et peut, d’autre part, constituer un enrichissement pour l’Europe. » Les croyants ont « le devoir d’une construction active de la communauté de l’esprit sur la base des valeurs qui ont permis de survivre à des décennies d’efforts visant à introduire de manière programmée l’athéisme. » (Discours aux pèlerins venus pour deux canonisations, 19 mai 2003, in DC n° 2295, 6 juillet 2003, pp. 622-624). Aux Slovaques, il dira : « …​apportez à la construction de l’identité de la nouvelle Europe, la contribution de votre riche tradition chrétienne. Ne vous contentez pas seulement de la recherche d’avantages économiques. En effet, une grande richesse peut également engendrer une grande pauvreté. Ce n’est qu’en édifiant même avec des sacrifices et de difficultés, une société qui respecte la vie humaine sous toutes ses formes, qui promeuve la famille comme lieu d’amour réciproque et de croissance de la personne, qui recherche le bien commun et soit attentive aux exigences des plus faibles, que l’on aura la garantie d’un avenir fondé sur des bases solides et riche de biens pour tous. » (Discours à l’arrivée à Bratislava (Slovaquie), 11 septembre 2003, in DC n° 2299, 5 octobre 2003, pp. 852-853).
173. Lettre au président du CCEE, 1er septembre 1993, in DC n° 2080, 17 octobre 1993, pp. 879-880.
174. Discours à Maribor (Slovénie) au monde de la science et de la culture, 19 mai 1996, in DC n° 2140, 16 juin 1996, pp. 560-563.
175. « La marginalisation des religions, qui ont contribué et contribuent encore à la culture et à l’humanisme dont l’Europe est légitimement fière, me paraît être à la fois une injustice et une erreur de perspective. » (Discours au Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, 10 janvier 2002, in DC n° 2263, 3 février 2002, pp. 104-106).
176. Message au Symposium des évêques d’Europe, 22 octobre 1996, in DC, n° 2150, 15 décembre 1996, pp. 1053-1054.
177. Discours à des députés du Parti populaire européen (démocrate-chrétien) du Parlement européen, 6 mars 1997, in DC, n° 2157, 6 avril 1997, pp. 302-304. « Ceux qui ont le devoir de prendre des décisions politiques et sociales dans leurs nations sont appelés à fonder leur démarche essentiellement sur les valeurs anthropologiques et morales, et non sur le progrès technique qui, en lui-même, n’est ni un critère de moralité ni un critère de légalité. » (Discours au Congrès des responsables politiques et législateurs d’Europe, 23 octobre 1998, in DC n° 2193, 6 décembre 1998, pp. 1001-1003).
178. Discours aux participants au Congrès sur les vocations en Europe, 9 mai 1997, in DC, n° 2163, 6 juillet 1997, pp. 605-606.
179. Ainsi, saint Adalbert (vers 956-997) un des patrons de la Pologne est aussi, dit Jean-Paul II, « un grand Patron de notre continent » (id.). « Né en Bohême, à une époque qui suivit de peu celle où Cyrille et méthode commencèrent l’évangélisation des slaves, Adalbert sut, à l’exemple de ces illustres prédécesseurs, unir les traditions spirituelles de l’Orient et de l’Occident. Après s’être formé à Magdebourg, prêtre puis évêque à Prague, il connut aussi la Rome des Papes et pavie ; il fut pèlerin en France, il alla à Mayence et devint l’ami de l’empereur Otton III, avant d’accomplir sur ultime mission sur les rives de la Baltique. » (Message aux sept chefs d’État présents à Gniezno, 3 juin 1997, in DC, n° 2164, 20 juillet 1997, p. 668).
180. Homélie à Gniezno (Pologne) lors de la célébration du millénaire de saint Adalbert, 2 juin 1997, in DC n° 2164, 20 juillet 1997, pp. 664-667. Toutes les confessions chrétiennes sont invitées à collaborer. Jean-Paul II invite les orthodoxes à collaborer à la fois pour défendre ensemble les « valeurs évangéliques » mais aussi en vue d’un resserrement des « relations ecclésiales entre orthodoxes et catholiques » (Discours à une délégation du Saint-Synode de l’Église orthodoxe serbe 6 février 2003, in DC n° 2290, 20 avril 2003, pp. 399-400). Lors d’une rencontre œcuménique (entre catholiques, évangéliques, orthodoxes et anglicans), il rappellera que « dès le début, le Saint-Siège a soutenu l’intégration européenne » et insistera sur le fait que « l’affirmation valable et durable d’une telle union exige de se référer au christianisme comme facteur d’identité et d’unité » (Discours à l’occasion de la remise du prix international Charlemagne de la Ville d’Aix-la-Chapelle, 24 mars 2004) ». Il invitera les participants à « dépasser le nationalisme égoïste » et à « voir dans l’Europe une famille de peuples, riche d’une multiplicité de cultures et d’expériences historiques, mais, dans le même temps, unie dans une sorte de destin commun. » (Message aux participants à la rencontre œcuménique (catholiques, évangéliques, orthodoxes et anglicans) « Miteinander für Euopa » à Stuttgart, 6 mai 2004, in DC n° 2317, 4 juillet 2004, pp. 603-604).
181. Message aux sept chefs d’État présents à Gniezno, 3 juin 1997, in DC, n° 2164, 20 juillet 1997, p. 668-669. Ailleurs, il précisera comment réaliser l’unité de l’Europe dans la diversité, « …​de l’Atlantique à l’Oural, de la Mer du Nord à la Méditerranée » : « Pour édifier la nouvelle Europe, il faut beaucoup de mains, mais surtout beaucoup de cœurs qui ne battent pas seulement pour la carrière et pour l’argent, mais au contraire pour Dieu au nom de l’homme ; […​] la ferme volonté de respecter la dignité de tout homme et d’accepter la vie sans réserve dans toutes ses formes et à toutes ses phases. En effet, parmi les richesses du patrimoine chrétien, c’est avant tout le concept de l’homme qui a exercé une influence profonde sur la culture européenne.
   Pour projeter de construire de manière adéquate une maison, il faut un instrument de mesure adéquat. Celui qui ne connaît pas la mesure, manque aussi son objectif. Les architectes de la Maison européenne disposent de l’image de l’homme que le christianisme a inculquée dans l’antique culture du Continent, jetant les bases de la créativité et de la performance dont le niveau est tant admiré par tous. Le concept de l’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu n’est donc pas une antique pièce de musée, mais représente la base d’une Europe moderne sur laquelle les multiples pierres de construction des diverses cultures, peuples et religions peuvent être tenues unies pour l’édification du nouvel édifice. Sans ce critère de mesure, la Maison européenne actuellement en construction risque de s’affaisser et de ne pas durer. » (Discours d’arrivée à Salzbourg, 19 juin 1998, in DC, n° 2186, 19 juillet 1998, p. 684).
182. Discours à l’ambassadeur de France près le Saint-Siège, 10 juin 2000, in DC, n° 2230, 16 juillet 2000, pp. 663-665. En bref, la tâche des hommes politiques est de « dégager le consensus nécessaire pour inscrire parmi ses plus hauts idéaux la protection de la vie, le respect de l’autre, le service mutuel et une fraternité sans exclusion. » (Discours aux présidents des Parlements de l’Union européenne, 23 septembre 2000, in DC, 2234, 15 octobre 2000, pp. 861-862).
183. La pape insistera (id): « il est urgent et nécessaire » que les croyants argumentent et montrent que l’apport de ces valeurs est « bénéfique pour tous », qu’elles constituent « un fondement solide ». Durant l’année 2003, il reviendra à de nombreuses reprises sur ces valeurs, dans ses discours aux ambassadeurs de Suède (17 mai), de Roumanie (1er juin), de France (27 juin) de Grèce,(2 septembre), de Slovénie (5 septembre), de Grande-Bretagne (7 septembre) d’Allemagne (12 septembre), de Hongrie (24 octobre), de Belgique (31 octobre) (Cf. DC n° 2283, 5 janvier 20013, pp. 24-28) ; de même à l’ambassadeur de la république tchèque, 28 avril 2003, ( DC n° 2297, 3 et 17 août 2003, pp. 734-735). Il n’abandonnera même pas l’espoir de voir la référence à Dieu un jour inscrite dans les textes fondateurs : « …​l’Église catholique est convaincue que l’Évangile du Christ, qui a constitué un élément unificateur des peuples européens au cours de nombreux siècles, continue à demeurer aujourd’hui encore une source inépuisable de spiritualité et de fraternité. En prendre acte tourne à l’avantage de tous et reconnaître explicitement dans le Traité [il s’agit du Traité constitutionnel de l’Union européenne] les racines chrétiennes de l’Europe devient pour le Continent la garantie principale de l’avenir. » (Allocution lors de l’Angélus du 24 août 2003, in DC n° 2299, 9 octobre 2003, pp. 845-846). « …​que l’Europe, dans les instances compétentes, reconnaisse ses propres racines chrétiennes, qui sont en mesure d’assurer aux citoyens du Continent une identité qui ne soit pas éphémère ou purement fondée sur des intérêts politiques et économiques, mais bien sur des valeurs profondes et impérissables. Les fondements éthiques et les idéaux qui furent à la base des efforts pour l’unité européenne sont encore plus nécessaires aujourd’hui, si l’on désire offrir une stabilité au profil institutionnel de l’Union européenne. » (Discours à M. G. Balboni Acqua, nouvel ambassadeur d’Italie près le Saint-Siège, 9 janvier 2004, in DC n° 2311, 4 avril 2004, pp. 301-302).
184. Discours aux membres du Directoire du prix Charlemagne, 25 mars 2004, in DC n° 2313, 2 mai 2004, pp. 413-414.
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