⁢c. Du côté protestant

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Parmi ces théologies, la plus célèbre est certainement celle du théologien luthérien allemand MOLTMANN Jürgen⁠[2] qui affirmera notre « appartenance créationnelle » Pour lui, l’homme a justifié sa domination de la nature en se faisant image d’un Dieu tout-puissant. Mais si l’homme est à l’image d’un Dieu trinitaire, le point de vue change car à l’image d’un Dieu qui est communauté de personnes, l’homme ne peut qu’entretenir lui aussi des relations communautaires avec la Création. Il ne s’agit plus de dominer la Création mais d’entrer en relation avec elle : « Si nous ne comprenons plus Dieu de façon monothéiste, comme le sujet unique, absolu, mais de façon trinitaire, comme l’unité du Père, du Fils et de l’Esprit, nous ne pouvons plus non plus concevoir sa relation avec le monde créé par lui comme une relation de domination unilatérale, mais nous devons la comprendre comme une relation communautaire diversifiée et stratifiée. »[3]

Dieu crée le monde pour sa gloire. Cette création est orientée vers le sabbat, « fête de la création » et « préfiguration du monde à venir »[4]. Elle s’opère dans l’Esprit. Dès lors, l’opposition qui a été parfois accentuée entre la transcendance de Dieu et l’immanence du monde est dépassée puisque Dieu est Créateur et Esprit du monde comme le suggèrent le psaume 104 déjà cité ou encore cette description de Karl Barth : « Dans l’Ancien et le Nouveau testament l’Esprit de Dieu, le Saint Esprit, est en général Dieu lui-même, en ce sens qu’Il peut être présent en sa créature d’une manière tout à fait incompréhensible et, sans cesser d’être Dieu, établir une relation entre elle et lui, et lui donner la vie. La créature a besoin du Créateur pour vivre. Elle a besoin d’être en relation avec lui. Cette relation, elle ne peut la créer elle-même. C’est Dieu qui la crée par sa présence. Dieu, dans sa liberté d’être présent en sa créature, peut instituer cette relation vitale et devenir ainsi la vie de cette créature : c’est en ce sens que la bible parle du Saint-Esprit ».⁠[5] La réflexion sur Dieu que Moltmann propose « ne mettra plus au centre la distinction entre Dieu et le monde, mais la connaissance de la présence de Dieu dans le monde et la présence du monde en Dieu »[6]. Cette possibilité d’une transcendance immanente est évoquée aujourd’hui par d’autres auteurs à travers des approches théologiques aussi nombreuses que diverses.⁠[7]


1. Pourquoi citer en premier les protestants ? Parce que face aux terribles problèmes écologiques du XXe siècle et aux premières mise en garde de savants et d’associations, après la seconde guerre mondiale, avant la conférences de Stockholm (1972) établissant le « principe de précaution », « les populations germaniques, anglo-saxonnes, de sensibilité protestante, ont été, en Europe, les premières à réagir à ces cris d’alarme et se sont mobilisées dès les années 1960. » (Commission sociale des évêques de France, Le respect de la création, 13-1-1999, in DC n° 2219, 6-2-2000).
2. Cf. notamment Dieu dans la Création, Traité écologique de la création, Cerf, 1988. Cf. également : Le rire de l’univers, Anthologie réalisée et présentée par Jean Bastaire, Cerf, 2004. J. Moltmann est né en 1926.
3. Dieu dans la création, op. cit., p. 14.
4. Id., p. 18.
5. Cité par GANGLOFF Damien, Réflexions, Principes d’un traité écologique de la Création, disponible sur http://core.free.fr/kakapo/traiteEcoloCreation.htm. K. Barth, 1886-1968.
6. Op. cit., p. 27.
7. Pour avoir une idée de quelques positions en la matière, on peut lire les communications rassemblées par HERVIEU-LEGER Danièle, Religion et écologie, Cerf, 1993.
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