⁢i. Don Sturzo

En 1928 est publiée une Déclaration signée par le P. Rostworowski  (Pologne), Don Luigi Sturzo (Italie), Henri Demulier (France), Franz Keller (Allemagne), P. F. Stratman (Allemagne), John Ude (Autriche) qui veulent montrer, dans le contexte contemporain, l’impossibilité d’une guerre juste : « Aujourd’hui où la guerre est devenue un système de destruction anonyme et de massacre généralisé, sans aucune finalité de justice distributive, avec les moyens atroces en complète opposition à la fin prétendument poursuivie, il n’y a plus de distinction morale fondamentale entre agression et défensive ; d’ailleurs dès que celle-ci commence à s’exercer, elle s’identifie criminellement à l’attaque (…). Autrement dit, une « guerre juste » est aujourd’hui impossible. Et même si elle était possible, on ne pourrait pas l’admettre, par suite de son caractère apocalyptique, indigne de l’homme (…). Par conséquent le refus du service militaire devient un devoir objectif pour tout catholique voulant rester fidèle à l’enseignement de Jésus et conscient de la criminelle absurdité de la guerre. »[1]

Parmi les signataires, Don Luigi Sturzo⁠[2]. En 1918, il participe à la fondation du Parti populaire italien, précurseur de la démocratie-chrétienne, aux côtés notamment d’http://fr.wikipedia.org/wiki/Alcide_De_Gasperi[Alcide De Gasperi]. Mais, en raison de son opposition au fascisme, il doit partir en exil. Il publie alors de nombreux ouvrages, notamment L’Italie et le fascisme (1926), La communauté internationale et le droit de guerre (1929), La société : sa nature et ses lois (1936), Politique et morale (1938) et L’Église et l’État (1939). On peut lire : MORELLI Anne, La contestation par Don Sturzo d’un « droit à la guerre », in Théologies de la violence, op. cit., pp. 71-80 ; MINOIS Georges, L’Église et la guerre, Fayard, 1994, pp. 399-401.] va se distinguer particulièrement en publiant notamment, en 1929, La communauté internationale et le droit de guerre[3],

Don Sturzo considère que la guerre n’est pas une fatalité à laquelle il faut imposer des limites comme la théologie s’est efforcée de le faire dans les siècles précédents. La théorie de la guerre juste est une théorie caduque non seulement parce que toute guerre est justifiable et qu’il s’est trouvé, à travers l’histoire, des théologiens pour s’y employer mais aussi parce que la guerre a changé de nature : « La théologie ne doit pas s’en tenir à la casuistique d’autrefois, établie au temps où des armées de fortune marchandaient la victoire, afin de limiter le nombre de morts, et où les monarques démunis d’argent se bornaient à des escarmouches ou rencontres qu’ils qualifiaient batailles. Je ne veux pas dire que la guerre était alors un jeu, mais les guerres de ces temps-là n’étaient pas comparables à celles d’aujourd’hui. »[4]

C’est dans une communauté internationale inorganisée que la guerre a été utilisée pour régler les conflits. Ce n’est pas une réglementation des conflits mais l’organisation de la communauté internationale qui devrait parvenir à éradiquer la guerre ce qui implique l’établissement d’une autorité internationale et une relativisation des notions de patrie et de nation.

Cette vision est-elle utopique ? Don Sturzo ne compte pas naïvement sur la simple efficacité des structures à mettre en place. Encore faut-il les animer. Telle est la mission spécifique du christianisme qui doit aider à la lutte contre l’égoïsme, la volonté de puissance et la perversité qui se cachent au fond de nos cœurs et qui nous poussent à la violence : « Contre les pessimistes qui pensent que la guerre est un héritage fatal de l’humanité déchue et qu’il est impossible à l’homme de s’en libérer, il faut affirmer que la force du christianisme n’est pas épuisée. Si, parmi les populations chrétiennes, on a pu vaincre l’esclavage, la polygamie, la vengeance entre familles, il n’et pas contraire, mais conforme à l’esprit du Christ de tendre aussi à vaincre la guerre. »[5] Malheureusement, la pensée chrétienne est étouffée.

En 1932 toutefois, un groupe de théologiens publie, à Fribourg, en Suisse, une déclaration qui reprend les idées de Don Sturzo : « Bien que la société internationale ne jouisse pas encore de l’autorité qui pourrait être sienne, tant par la nature même des choses qu’en vertu du consentement des hommes, il est toutefois évident que, revêtue des formes du droit positif, elle se trouve déjà consolidée par de nombreux instruments juridiques et politiques destinés à établir un ordre humain et la paix. Dans ces conditions, la guerre qu’un État déclencherait de sa propre autorité, sans avoir recours préalablement aux institutions juridiques existantes ne saurait être une procédure légitime. »[6]

La théorie de la guerre juste présente donc une faiblesse congénitale et paraît inadaptée surtout aux temps présents. Restent l’idée d’une organisation internationale de plus en plus nécessaire indissociable de l’évangélisation indispensable pour animer les structures possibles.


1. Cité in COMBLIN J., op. cit., p. 46.
2. 1871-1959. Ce prêtre exerça des responsabilités politique dans sa ville natale et dans sa province, tout en jouant un rôle important dans l’http://fr.wikipedia.org/wiki/Action_catholique[Action catholique
3. Il est publié en anglais. En 1931, il paraîtra en français et seulement en 1954 en italien.
4. Don STURZO, Politique et morale, in DC, 1960, col. 237.
5. Id..
6. Paix et guerre, in Les documents de la vie intellectuelle, Fribourg, février 1932, p. 41.
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