⁢a. Les 27 messages de la « Journée mondiale de la paix »

Comme nous allons le constater, Jean-Paul II reprend l’enseignement de ses prédécesseurs immédiats en développant et ajoutant certains aspects. Il s’agit encore et toujours d’éviter la guerre⁠[1] et surtout d’éduquer à la paix.

Eviter la guerre

La guerre ne cesse d’être présente dans le monde et elle menace, par le progrès de l’armement scientifique, d’être toujours plus sauvage et destructrice. De plus, par le terrorisme ou des méthodes insidieuses et subversives, des guerres larvées traînent en longueur. Pour éviter la catastrophe et construire une société‚ vraiment humaine, il faut tendre à l’interdiction absolue de la guerre.

Par quels moyens évitera-t-on la guerre ?

  1. Par le dialogue et la diplomatie (1982-1983)

Pour préparer une véritable paix, la maintenir ou la rétablir, le dialogue est nécessaire, l’histoire en témoigne.

Aujourd’hui, ce dialogue est particulièrement difficile, vu la complexité des problèmes, leur gravité et leurs implications. Il est difficile aussi parce qu’il réclame, de part et d’autre, bon nombre de vertus : sincérité, loyauté, compréhension, respect de l’autre, patience et générosité.

Toutefois, les hommes sont capables de dépasser leurs divisions. Aussi le dialogue est-il possible dans la recherche de la vérité, de la justice et de ce qui est commun aux hommes. A condition, bien sûr, qu’ils abdiquent égoïsme, volonté de puissance et mensonge, qu’ils renoncent aux idéologies où la force et la lutte remplacent la raison, comme aux conceptions outrancières de la souveraineté et de la sécurité de l’État.

Ce dialogue, qui est l’oeuvre particulière des chefs d’État et des diplomates, est facilité lorsqu’il est appuyé par une opinion publique éclairée et formée. Ainsi existent aujourd’hui des mouvements pour la paix importants et populaires. Leurs fondements idéologiques, leurs projets et propositions sont divers. Certes, ces mouvements peuvent souvent prêter le flanc à des manipulations partisanes. Il n’empêche qu’ils témoignent d’un désir de paix profond et sincère.

Le dialogue peut être aidé par la médiation de pays plus puissants, d’organisations internationales ou du Saint Siège.

Les organisations internationales, l’ONU en particulier, ont des faiblesses. Elles sont l’objet de tentatives de manipulations, elles connaissent des crises internes et ne sont pas suffisamment efficaces puisqu’elles n’ont pas de pouvoir de contrainte. Mais, par leur existence même, elles unissent et associent les États. Elles jouissent d’une autorité morale et juridique qui doit être renforcée pour soumettre, dans la recherche de la paix, les programmes, les systèmes, les régimes à une révision continuelle, en fonction du bien de l’homme.

Le Saint Siège, depuis des siècles, jouit d’une souveraineté limitée territorialement, mais indispensable au libre exercice de sa mission. Le Saint Siège jouit d’une autorité spirituelle et morale qu’il met au service de la paix. Sans intérêts matériels propres à défendre, il inspire confiance à de plus en plus de nations, même non chrétiennes. Il apporte son aide diplomatique et s’efforce de faire adopter le dialogue comme le moyen le plus apte à surmonter les différends.

Un exemple d’intervention : la médiation du Saint Siège a été demandée en 1979 par les gouvernements chilien et argentin pour tenter de résoudre leur différend frontalier dans la zone du canal de Beagle. Le Saint Siège a accepté, fort des volontés fermes manifestées par les deux parties de ne pas recourir à la force. Les négociations ont abouti à un traité ratifié le 2 mai 1985, au Vatican, en présence du Pape. (1982)

\b. Par l’établissement d’une autorité universelle

Pour garantir, à tous les peuples, la sécurité, le respect de la justice et des droits, l’institution d’une autorité publique universelle, reconnue par tous et dotée de pouvoirs efficaces serait évidemment souhaitable.

En attendant…

L’institution d’une autorité universelle peut apparaître comme lointaine. Aussi, en attendant, le recours aux armes est-il légitime, en principe, et peut être même nécessaire, pour défendre les justes droits des peuples.⁠[2]

La défense est légitime (1983), en principe et sous des conditions strictes et exigeantes:

  • il faut qu’aient été faits tous les efforts possibles pour trouver une solution pacifique ;

  • il faut aussi qu’il y ait proportion entre le bien à défendre et les maux entraînés par la guerre ;

  • il ne faut pas que le but soit, au delà de la défense, d’imposer son empire à d’autres ;

  • la guerre juste commencée, tout n’est pas licite pour autant : serait criminel tout acte de guerre qui tendrait indistinctement à la destruction de villes entières ou de vastes régions avec leurs habitants, ou encore, à l’élimination d’un peuple, d’une nation ou d’une minorité ethnique ;

  • il faut respecter les conventions relatives au sort des blessés, des prisonniers.

Un état a donc le droit et le devoir d’organiser un service militaire et d’appeler les citoyens à la légitime défense.

Mais, pour respecter les consciences, l’État pourvoiera également au cas de ceux qui refusent l’emploi des armes, à condition cependant qu’ils acceptent de servir la communauté sous une autre forme.

De même, sont louables ceux qui renoncent à la violence et qui, pour la
sauvegarde des droits, recourent à des moyens de défense accessibles aux plus faibles, sans nuire aux droits et aux devoirs des autres ou de la communauté.

Le problème de la dissuasion

Les armes atomiques, par leurs conséquences effroyables et durables, par la difficulté de les contrôler, accentuent l’importance des principes évoqués plus haut.

Mais, la réalité est telle aujourd’hui que l’arme nucléaire est considérée comme l’arme de dissuasion typique. Aussi, à défaut d’une concorde fondée sur la loyauté et la justice plutôt que sur la force, on ne peut condamner le recours à une dissuasion non indiscriminée comme moyen de défendre la sécurité et résister à d’injustes agressions. Dans le même temps, il est indispensable de préparer le changement de la situation qui, actuellement, justifie cette dissuasion.

La réduction des armements

La recherche d’un équilibre des forces n’est pas un moyen sûr de préserver la paix, car chacun cherche toujours à s’assurer une certaine marge de supériorité, de crainte de se trouver désavantagé. Cette logique relance sans cesse plus dangereusement la course aux armements et pousse les états à détourner des sommes considérables qui pourraient subvenir à bien des misères.

Cette tendance doit donc être inversée. Le désir d’une paix juste et stable demande au moins une réduction mutuelle des armes de tous types, progressive et vérifiable. (1985)

Plus profondément et plus durablement, il faut éduquer à la paix (1979 et 2004).

La paix est bien, comme le disait saint Augustin, le plus doux, le plus désirable et le meilleur des biens terrestres auquel tous les hommes aspirent. La paix est la tranquillité et la plénitude de l’ordre voulu par Dieu, tel qu’il est inscrit dans la nature humaine. ⁠[3] Toutefois, cet ordre, don de Dieu, compromis dès l’origine par le dérèglement de la conscience, doit être mérité et conquis chaque jour par l’effort de tous les hommes. (1982) Dans cette construction, la femme a un rôle tout particulier à jouer. (1995)

La paix est un bien de nature rationnelle et morale, qui suppose le respect de la vérité, de la liberté, de la justice et de l’amour. (2003 et 2005)

La vérité objective et universelle sur l’homme révèle et opère l’unité de l’homme avec Dieu, avec lui-même et avec les autres. Sans un accord sur le discernement du bien et du mal et sur les valeurs de vie, dont Dieu est la source et le garant, pas de paix à espérer ! C’est pourquoi il faut refuser tout mensonge sous quelque forme que ce soit, ainsi que les idéologies où la force est source du droit et la lutte considérée comme moteur de l’histoire. (1980)

La liberté est un droit fondamental lié à la dignité transcendante de l’homme, qui a la faculté de se déterminer et de choisir, en fonction du vrai et du bien, les valeurs auxquelles il adhère de manière responsable. La liberté est aussi un devoir à assumer à l’égard des autres, qui doivent être respectés dans leurs droits. Pour la paix, il faut promouvoir la liberté ainsi définie, qui ne peut se confondre avec la recherche insatiable et égoïste de biens matériels ni avec la licence, qui fait fi de toute référence aux valeurs morales. (1981) La liberté religieuse, en particulier, a une incidence spécifique sur l’idée de paix (1988) dans la mesure où elle s’enracine dans la conscience des hommes. (1991)

La justice reconnaît la dignité et l’égalité fondamentale des hommes. Elle implique le respect effectif des droits de la personne et l’accomplissement loyal des devoirs qui y sont attachés. (1999) Ainsi seront évitées nombre de frustrations, source de violence. (1984) On sera tout particulièrement attentif à respecter les minorités : toute personne jouissant d’une dignité inaliénable. (1989) On sera aussi attentif à tous les aspects de la justice sociale (1998) non seulement sur le plan national mais aussi sur le plan international, les hommes étant appelés à former une seule famille. (2000)

Mais la justice ne suffit pas à construire la paix. Elle peut conduire à sa propre négation et à sa propre ruine si elle ne s’allie pas à l’amour, qui invite à la bienveillance, à la disponibilité, au dialogue, au partage, au pardon et à la réconciliation. (2002)

Au plan personnel (1983-1984)

La paix ne peut gagner la société que par une réforme personnelle, où chaque homme rétablit d’abord en lui la hiérarchie des valeurs qui est le reflet de la volonté divine. En effet, le premier obstacle à la paix gît dans le péché de l’homme, en particulier dans le dérèglement d’une conscience qui appelle bien ou mal ce qu’elle entend choisir au gré de ses intérêts matériels ou de sa volonté de puissance.

Sans une conversion du cœur, toute paix est illusoire.

Comment y parvenir ? (1979)

Par une éducation, dès l’enfance (1996), aux valeurs morales : loyauté, fidélité aux engagements pris, honnêteté, justice, tolérance, respect des autres (de leur vie, de leurs conditions de vie, de leur race), partage, solidarité, pardon, humilité.

Par la méditation d’exemples historiques ou actuels d’hommes ou de peuples artisans de paix.

Par l’emploi d’un langage pacifique, qui bannit l’ironie acerbe et évite de tout exprimer en termes de rapports de forces, de lutte.

Par le souci d’écouter, de comprendre avec douceur et confiance.

Par des gestes quotidiens de camaraderie, de conciliation et de réconciliation.

Par un mode de vie plus simple, qui freine les instincts de possession, de consommation et de domination.

Par l’approfondissement du sentiment religieux.

Au plan social

Le renouveau intérieur incessant dont nous venons de parler libère l’homme du péché et de ses conséquences sociales. Il doit accompagner l’effort à fournir pour transformer la société.

Là aussi, la paix est le fruit d’un ordre voulu par Dieu et qui doit être réalisé par des hommes aspirant sans cesse à plus de justice.

Selon cet ordre social, il faut tenir compte de la valeur de chaque personne et de chaque groupe, des exigences du bien commun, de la sauvegarde des droits humains et de la priorité de l’être sur l’avoir. Cet ordre bannit la violence et les discriminations sociales, économiques et politiques.

Reste à distinguer force et violence

La paix ne peut être confondue avec un faux irénisme (1981). Elle exige une force authentique pour dominer les conflits et les obstacles. Au plan personnel, chacun doit ainsi contrôler ses passions et la société a besoin d’une autorité vigilante.

qu’est-ce que la force ?

La force est un moyen ou un instrument essentiel pour le droit positif. Organisée et ordonnée aux fins du droit, elle n’est plus simplement force physique mais encore et surtout de la justice au concret, aussi bien dans le domaine public que dans le domaine privé, en cas de légitime défense par exemple.

qu’est-ce que la violence ?

La violence, en général, est la violation d’un ordre fondé sur le droit naturel.

Ainsi sont donc condamnables les formes élémentaires de la violence : la torture, les détentions arbitraires, les exécutions sommaires, les « disparitions » organisées, le terrorisme, l’avortement, l’euthanasie, mais aussi les formes subtiles ou larvées de la violence.

Par exemple :

  • Dans le système d’apartheid, la discrimination raciale institutionnalisée nie l’égalité fondamentale de tous les hommes et engendre des violences. La solution à ce problème doit être non violente et bilatérale.

  • Dans les idéologies qui, bâties sur une fausse vision de l’homme, font de la lutte un moteur du progrès. (1984)

  • Dans les familles. La paix ne peut exister dans une nation si les familles sont divisées, incapables de surmonter les conflits et si l’on accepte la désintégration du mariage.(1993)

  • Dans l’information manipulée, partiale et déformée ou la propagande sectaire.

  • Dans l’injuste répartition des richesses, des pouvoirs et des responsabilités.(1985)

  • Dans les discussions et négociations professionnelles, sociales ou politiques où l’on se laisse aller à l’indignation sélective, à l’insinuation perfide, au discrédit systématique de l’adversaire, au chantage, à l’intimidation, ou bien au silence résigné et complice, à la compromission partielle, ou encore à des réactions irraisonnées, à la contestation et à la revendication systématiques.

  • Dans l’imprévoyance et la superficialité des responsables. Il faut s’attaquer aux racines de l’injustice et des conflits.

  • Dans une gestion de l’environnement et du patrimoine commun qui ferait fi de toute raison et de toute solidarité. (1990)

Il faut, au contraire, dans ces rencontres, en appeler à la raison, au coeur, à la conscience, ne pas discréditer tous les aspects même justes et bons de l’action adverse, mais reconnaître la part de vérité qu’il y a dans toute oeuvre humaine. Le vrai progrès a besoin d’une force résolue, patiente et prudente dans l’acceptation mutuelle. En particulier, chez les croyants, l’ « esprit d’Assise » doit rayonner appuyé sur la force de la prière, le dialogue œcuménique et interreligieux. (1991) Et tous les hommes, croyants ou non, sont appelés à un vaste dialogue culturel qui, dans le respect de la diversité, cherchera les valeurs communes. (2001)

Dans les oppositions, notamment, découvrir et sélectionner les différents éléments de vérité et les reconstituer dans leur unité indivisible pour pouvoir exprimer toute leur profondeur. Il faut aussi prévoir : prendre en compte les aspirations nouvelles compatibles avec le bien, repérer à temps les conflits latents, rouvrir en temps opportun des dossiers sur des problèmes momentanément neutralisés par des lois, des accords qui ont servi à éviter leur exaspération.

Les inégalités sociales criantes doivent être rabotées. La pauvreté, sous toutes ses formes, est une source de conflits, il faut donc avec l’esprit de pauvreté aller à la rencontre des pauvres. (1992)

L’ensemble de ces exigences nous montre finalement que la paix est le fruit d’un ordre personnel et social, de l’ordre voulu par Dieu dans tous les aspects de notre vie personnelle et sociale ce qui revient à dire que la paix est le fruit de l’évangélisation intégrale des hommes, de leur conversion personnelle au Christ rédempteur et miséricordieux qui pardonne et qui réconcilie (1997) et de la mise en œuvre dans tous les champs d’activités de la doctrine sociale de l’Église. (1980-1981).

Au soir de sa vie, le 1er janvier 2004, le pape Jean-Paul II faisait le bilan des 36 messages déjà donnés par l’Église au monde. 36 messages qui, pour lui, représentaient « les différents chapitres d’une véritable « science de la paix ». » Et voici comment il jugeait son apport personnel : « j’ai appelé les hommes de bonne volonté à réfléchir sur différents aspects d’une convivialité ordonnée, à la lumière de la raison et de la foi ». Il ajoutait : « C’est ainsi qu’est ainsi qu’est née une synthèse de la doctrine sur la paix, une sorte de lexique concernant ce sujet fondamental : un lexique simple à comprendre pour qui a l’esprit bien disposé, mais en même temps extrêmement exigeant pour toute personne sensible au sort de l’humanité. » Et il semblait, en ce qui le concerne du moins, clore son apport doctrinal en « écrivant : « Les différentes facettes du prisme de la paix ont désormais été largement illustrées. Il reste maintenant à travailler pour que l’idéal de la convivialité pacifique, avec ses exigences précises, entre dans la conscience des individus et des peuples. Nous chrétiens, nous ressentons l’engagement à nous éduquer nous-mêmes, ainsi que les autres, à la paix comme faisant partie du génie même de notre religion. Pour le chrétien, en effet, proclamer la paix c’est annoncer le Christ qui est « notre paix (Ep 2, 14), c’est annoncer son Évangile, qui est « l’Évangile de la paix » (Ep 6, 15), c’est appeler tous les hommes à vivre la béatitude invitant à être des « artisans de paix » (cf. Mt 5, 9). »

Est-ce à dire que l’Église se tairait désormais ? Certes non. Le 1er janvier 2005, Jean-Paul II donnait son dernier message et, l’année suivante, comme on va le voir, Benoît XVI prenait le relais. L’essentiel a été dit durant toutes ces années mais il est bon de le redire et de l’approfondir, de le confronter sans cesse à la triste actualité. Il n’empêche que l’action doit suivre le discours, qu’il faut à un moment laisser le texte pour l’incarner dans la réalité.


1. JEAN-PAUL II, Message pour la Journée mondiale de la Paix, 1er janvier 1979 : « Les affaires humaines doivent être traitées avec humanité, non avec violence. Les tensions et les conflits doivent être résolus par des négociations raisonnables et non par la force. Le recours aux armes ne doit pas être considéré comme le juste moyen pour régler des conflits. Les droits humains inaliénables doivent être sauvegardés en toutes circonstances. […] Dans les manifestations en terme de force, de lutte de classes ou de groupes, une atmosphère propice est créée pour dresser des barrières sociales, pour exprimer du mépris, de la haine, du terrorisme, en cachette ou de manière ouverte. Or l’humanité a besoin au contraire de visions de paix, de parler le langage de la paix, de faire les gestes de paix. »
2. Pour comprendre le droit à la légitime défense, nous pouvons confronter les définitions de Carl von Clausewitz (général prussien, 1780-1831) et de J. Comblin. Pour CLAUSEWITZ, « La guerre est (…) un acte de violence destiné à contraindre l’adversaire à exécuter notre volonté » ( De la guerre, Union générale d’éditions, 1955, livre I, chap. I, § 2, p. 40) ; « La guerre est une simple continuation de la politique par d’autres moyens » (id., Livre I, chap. I, § 24, p. 62). Elle vise donc la contrainte et non directement l’homicide. COMBLIN (op. cit. II, p. 78) propose cette définition chrétienne : « La guerre est un acte de violence allant jusqu’à l’homicide en vue de contraindre l’adversaire à accepter notre volonté ». En conséquence : « Elle n’est pas en soi directement un péché, si elle a pour but d’abattre une volonté perverse de l’adversaire. »
3. Cet ordre qui naît de la réconciliation universelle faite par le Christ. Relisons le texte de st AUGUSTIN : « pax omnium rerum tranquillitas ordinis » (De Civitate Dei, XIX, 13, 10 s) et le commentaire de COMBLIN J., op. cit. II, pp.71-72 : « Il est vrai que saint Augustin intègre sa conception de la paix dans une idée plus générale de l’harmonie du monde, inspirée de la philosophie stoïcienne. Il est vrai que la paix est, au niveau de l’humanité, la réalisation d’une sorte d’ordre universel qui trouverait à chaque étage de la création une incarnation adaptée aux possibilités particulières de chacun des êtres envisagés. Cette conception d’une sorte d’harmonie universelle est plutôt un cadre général. En réalité saint Augustin ne se contente pas d’appliquer à l’humanité la notion générale d’ordre. Pour lui la paix entre les hommes, ce n’est pas simplement la tranquillité de l’ordre. Il nous suffit de lire le texte cité dans son contexte pour nous en rendre compte. Saint Augustin donne deux contenus à la paix entre les hommes : « pax civitatis ordinata imperandi atque oboediendi concordia civium » (De Civitate Dei, XIX, 13, 8 s) ; « pacem civicam… ordinatam imperandi oboediendi concordiam civium » (XIX 16, 31 s) ; « Imperandi oebediendique concordiam civium » (XIX, 17, 12 s). Nous y trouvons l’accord des citoyens sur un ordre politico-social dans lequel les activités communes sont organisées.
   En second lieu la paix est « de rebus ad mortalem vitam pertinentibus humanarum quaedam compositio voluntatum » (De Civitate Dei XIX , 17, 13-15) ; « de rebus ad mortalem hominum naturam pertinentibus humanarum voluntatum compositionem » (XIX, 17, 57 s). C’est l’accord des volontés sur les activités humaines en vue de la meilleure vie terrestre.
   En combinant les deux définitions, nous obtenons celle que nous avons citée plus haut. (p. 71) ». Augustin n’a donc pas une conception unitaire de la paix, qui sacrifierait les personnes à l’ordre comme dans le communisme.

⁢b. Face aux événements

Au cours de son long pontificat, Jean-Paul II aura de nombreuses fois, hélas, l’occasion d’illustrer la « science de la paix » et de donner des directives précises.

Prenons quelques exemples.

Une certaine « théologie de la libération »

Face aux actions subversives violentes en Amérique du Sud, sa condamnation fut sans équivoque.

Dans son Discours d’ouverture de la Conférence de Mexico, le 28-1-1979, il prenait déjà nettement distance par rapport à l’action inspirée par certaines théologies de la libération et mettait en garde contre une relecture de l’Évangile qui « décrirait Jésus comme un activiste politique, comme un opposant à l’oppression et aux autorités romaines et comme quelqu’un qui est impliqué dans la lutte des classes. »

« La violence, dira-t-il devant les travailleurs à Sao Paulo, détruit ce qui va naître, soit qu’elle cherche à maintenir les privilèges de la minorité, soit qu’elle essaie d’imposer des changements de besoins… La lutte des classes n’est pas le chemin d’un ordre social juste parc qu’elle apporte avec elle le risque de ruiner la partie opposée en créant de nouvelles situations d’injustice. Personne ne peut construire quand il y a un manque d’amour, encore moins sur la base de la haine qui cherche la destruction de ce qui est haï. »[1]

Les deux Instructions Libertatis nuntius, Sur quelques aspects de la théologie de la liberation[2] et Libertatis conscientia, Sur la liberté chrétienne et la libération[3] apporteront sous la plume du cardinal Ratzinger alors Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi tous les éclaircissements doctrinaux nécessaires : « Ceux qui désertent le chemin de la réforme et favorisent le « mythe de la révolution » non seulement favorisent l’illusion que l’abolition d’une situation mauvaise est en elle-même suffisante pour créer une société plus humaine ; ils encouragent alors l’établissement de régimes totalitaires. […]  le Magistère de l’Église l’admet en dernier ressort pour mettre fin à une tyrannie prolongée qui nuit gravement aux droits fondamentaux de l’individu et au bien commun. […] L’application concrète de ces pensées ne peut être projetée que lorsque la situation a été rigoureusement analysée ». « … à cause du continuel développement de la technologie de la violence et du sérieux danger d’y recourir, ce qui s’appelle aujourd’hui la « résistance passive », montre une voie plus conforme aux principes moraux et ouvre tout autant de perspectives de succès. […] On ne peut jamais approuver que, perpétré par le pouvoir établi, des insurgés commettent des crimes en représailles contre la population ou que des méthodes terroristes causent la mort lors de démonstrations populaires. »[4]

Autre lieu de violence : l’Irlande.

Le 29 septembre 1979, à Drogheda, en Irlande, Jean-Paul II adresse cette requête « à tous les hommes et à toutes les femmes pris dans l’engrenage de la violence. Je fais appel à vous, et mon plaidoyer se fait passionné. Je vous supplie à genoux de vous détourner des sentiers de la violence et de revenir sur les chemins de la paix. Sans doute prétendez-vous rechercher la justice. Moi aussi, je crois en la justice et je recherche la justice. Mais la violence ne fait que retarder le jour de la justice. La violence détruit le travail de la justice. Un surcroît de violence en Irlande ne pourra qu’entraîner la ruine de la terre que vous prétendez aimer et des valeurs que vous prétendez chérir. Au nom de Dieu, je vous en supplie : revenez au Christ qui est mort pour que les hommes puissent vivre dans le pardon et dans la paix. Il vous attend, il aspire à ce que chacun de vous revienne à lui, de telle sorte qu’il puisse dire à chacun de vous : tes péchés sont pardonnés ; va en paix ! »[5]

Quelques années plus tard, devant les diplomates accrédités près le Saint-Siège, il dira : « Peut-on se résigner à cette plaie qui défigure l’Europe ? Aucune cause ne peut justifier que les droits de l’homme, le respect des différences légitimes et l’observance de la loi soient à ce point bafoués sur ce territoire. J’invite toutes les parties à réfléchir devant Dieu sur leurs comportements. »[6]

La chute du « mur »

Dans l’encyclique Centesimus annus[7], le pape Jean-Paul II évoque la chute des certains régimes oppressifs à travers le monde et souligne le rôle que l’Église a joué, conduisant le peuple « à rechercher des formes de lutte et des solutions politiques plus respectueuses de la dignité de la personne »[8]. Mais c’est surtout à l’écroulement du marxisme en Europe centrale et orientale qu’il s’attarde pour mettre en évidence l’action pacifique qui fut entreprise pour libérer les peuples de la servitude : « à peu près partout, on est arrivé à faire tomber un tel « bloc », un tel empire, par une lutte pacifique, qui a utilisé les seules armes de la vérité et de la justice. Alors que, selon le marxisme, ce n’est qu’en poussant à l’extrême les contradictions sociales que l’on pouvait les résoudre dans un affrontement violent, les luttes qui ont amené l’écroulement du marxisme persistent avec ténacité à essayer toutes les voies de la négociation, du dialogue, du témoignage de la vérité, faisant appel à la conscience de l’adversaire et cherchant à réveiller en lui le sens commun de la dignité humaine.

Apparemment, l’ordre européen issu de la Deuxième Guerre mondiale et consacré par les Accords de Yalta[9] ne pouvait être ébranlé que par une autre guerre. Et pourtant, il s’est trouvé dépassé par l’action non violente d’hommes qui, alors qu’ils avaient toujours refusé de céder au pouvoir de la force, ont su trouver dans chaque cas la manière efficace de rendre témoignage à la vérité.

Cela a désarmé l’adversaire, car la violence a toujours besoin de se légitimer par le mensonge, de se donner l’air, même si c’est faux, de défendre un droit ou de répondre à une menace d’autrui. Encore une fois, nous rendons grâce à Dieu qui a soutenu le cœur des hommes au temps de la difficile épreuve, et nous prions pour qu’un tel exemple serve en d’autres lieux et en d’autres circonstances. Puissent les hommes apprendre à lutter sans violence pour la justice, en renonçant à la lutte des classes dans les controverses internes et à la guerre dans les controverses internationales ! »[10]

« Certes, la lutte qui a conduit aux changements de 1989 a exigé de la lucidité, de la modération, des souffrances et des sacrifices ; en un sens, elle est née de la prière et elle aurait été impensable sans une confiance illimitée en Dieu, Seigneur de l’histoire, qui tient en main le cœur de l’homme. C’est en unissant sa souffrance pour la vérité et la liberté à celle du Christ en Croix que l’homme peut accomplir le miracle de la paix et est capable de découvrir le sentier souvent étroit entre la lâcheté qui cède au mal et la violence qui, croyant le combattre, l’aggrave. »[11]

Le cas du Timor oriental

[12]

Cette ancienne colonie portugaise à 97% catholique a été occupée en 1975 par l’Indonésie, le plus grand pays du monde à majorité musulmane, et annexé en 1976. Une annexion qui ne fut jamais reconnue par l’ONU qui organisa un referendum en 1999 qui conduisit à l’indépendance en 2002.

L’occupation indonésienne fut accompagnée d’une répression violente raciste et anti-catholique qui fit 200.000 morts et de la déportation de 300.000 Timorais. Il fallut la chute du dictateur Suharto pour que le referendum soit organisé. Malgré cela, le gouvernement indonésien prépara en sous-main une répression au cas où la population se prononcerait pour l’indépendance. Ce n’est qu’en 2012 que les casques bleus ont quitté le pays.

En octobre 1989, en pleine occupation indonésienne, le Pape Jean-Paul II se rendit à Dili et, commentant les paroles du Christ : « Vous êtes le sel de la terre…, vous êtes la lumière du monde »[13], et déclara : « Que signifie être « le sel de la terre » et « la lumière du monde » au Timor oriental aujourd’hui ? Depuis maintenant de nombreuses années, vous avez fait l’expérience de la destruction et de la mort comme conséquences d’un conflit ; vous avez su ce que signifie être victime de la haine et de la lutte. Beaucoup d’innocents sont morts, tandis que d’autres ont été victimes de la vengeance et de représailles. Pendant trop longtemps vous avez souffert du manque de sécurité qui a rendu votre avenir incertain. Cette pénible situation est la cause de difficultés économiques qui perdurent malgré quelque amélioration, empêchant le développement nécessaire au soulagement du fardeau qui pèse encore lourdement sur la population. »[14] Cette dénonciation fut un démenti à la propagande indonésienne qui se targuait d’une intégration pacifiste et réussie. Pour l’avenir, le Souverain Pontife prêcha pour le respect des droits de l’homme, le pardon et la réconciliation.

En 1999, comme les milices pro-indonésiennes et anti-indépendantistes soutenues par l’armée indonésienne s’étaient déchaînées contre la population qui avait voté à 78,5% en faveur de l’indépendance faisant de nouveau des milliers de victimes, le pape intervint à plusieurs reprise : « C’est avec une grande tristesse qu’heure par heure je reçois des nouvelles toujours plus tragiques de cette terre aimée du Timor oriental et je suis profondément triste que les premières lueurs d’espoir nées à la suite de la récente consultation populaire aient été transformées en terreur aujourd’hui, que rien ni personne ne peut justifier. […] Tout en condamnant très fermement la violence qui a été déchaînée contre le personnel et les propriétés de l’Église catholique, j’implore les responsables de si nombreux actes de cruauté d’abandonner leurs desseins meurtriers et destructeurs. C’est aussi mon souhait du fond du cœur que le plus tôt possible l’Indonésie te la Communauté internationale puissent mettre fin au massacre et trouver de réelles voies pour atteindre les aspirations légitimes de la population timoraise. »[15] Il fallut encore attendre des semaines avant qu’une force multinationale sous commandement australien intervienne.

Les guerres en Yougoslavie (1991-2001)

Dès le début de la guerre, le Pape demande le respect de la diversité culturelle : « J’adresse […] un appel pressant aux croyants de ce pays bienaimé -chrétiens et musulmans- afin que, au nom de Dieu, Père commun, ils sachent s’unir en un effort renouvelé pour créer les conditions favorables à une « vie ensemble » dans le respect et l’amour réciproques »[16]

Lors de l’audience du 8 mai 1991, le pape appelle à une solution pacifique : « J’élève encore une fois ma vois pour implorer que soient évités les affrontements fratricides entre les populations serbe et croate, et pour que soit conjuré le recours à la violence. Je supplie de toute ma force les responsables du sort de ces deux peuples de donner des preuves de bonne volonté et du sens de la responsabilité, afin de trouver une solution juste et pacifique aux problèmes que la force des armes ne pourra jamais résoudre. J’invite surtout les responsables des communautés chrétiennes à se faire les promoteurs de la réconciliation, en intensifiant ce dialogue de paix qui a commencé […] entre la délégation de l’Église orthodoxe serbe […] et la délégation de l’Église catholique […]. »⁠[17]

Le 6 septembre, le pape invitait les catholiques du monde entier à prier pour que cessent les violences : « Le Saint-Siège déplore, une nouvelle fois, le recours à la violence armée, et condamne en particulier l’usage des moyens de destruction massive et aveugle.

Il appuie avec vigueur toutes les initiatives prises par la Communauté internationale, et de façon spéciale la Conférence de paix convoquée […] afin de mettre un terme aux hostilités et de trouver une solution négociée aux problèmes. »⁠[18]

En octobre, Jean-Paul II écrit d’une part au cardinal Kuharic et aux évêques croates et d’autre part au Patriarche de l’Église orthodoxe serbe. Il rappelle tout d’abord que « cette guerre ne peut résoudre aucun des problèmes, car elle ne produit que destructions et mort, nourrit la haine et l’esprit de vengeance ». « Le bon sens, le droit et la justice » doivent prévaloir « sur la force des armes ». L’insistance du Souverain pontife s’appuie sur « l’immense aspiration des hommes d’aujourd’hui, en Europe comme dans le monde entier, […] qu’il soit possible d’organiser la convivialité des peuples dans le respect de leurs droits et de leurs légitimes aspirations. On ne peut tolérer aujourd’hui la suprématie d’un peuple sur un autre, ni celle d’un peuple sur une minorité appartenant à une autre nationalité. Aujourd’hui les droits des peuples et les droits des minorités doivent être reconnus, respectés et garantis. Aujourd’hui, on ne peut plus modifier les frontières d’un État en recourant à la force. » d’ailleurs, ajoute le pape, « ces principes, profondément humains et chrétiens, ont été codifiés dans des documents internationaux solennels : ils doivent constituer, pour tout gouvernement, une norme de conduite. » Pour toutes ces raison, le « Siège apostolique continuera à soutenir, de la manière et avec les moyens qui lui sont propres, tous les efforts visant à établir un cessez-le-feu effectif, en vue d’autres initiatives pour une solution de la crise yougoslave. En particulier, il appuie la Conférence de la Haye[19], et s’emploie à faire naître un consensus international en faveur de la reconnaissance de l’indépendance de la Slovénie, de la Croatie et d’autres républiques qui en feront la demande, en conformité avec les principes de l’Acte final d’Helsinki, souscrits par les Etas membres de la Conférence pour la sécurité et la coopération en Europe.⁠[20] » Les évêques, de leur côté, sont invités à promouvoir les « principes de convivialité sociale » : la justice la liberté, la dignité de chaque peuple ; d’être les artisans du pardon et de la réconciliation, du dialogue et de la collaboration dans l’assistance aux victimes sans acception de personne.

Au patriarche serbe, après avoir dit sa souffrance devant tant de malheurs, le Pape présente les efforts du Saint-Siège et son appel aux évêques croates appelant à la collaboration avec l’Église orthodoxe. Et il ajoute, avec beaucoup de lucidité, un élément qui souligne l’urgence de son appel : « nous savons bien que le motif de cette guerre n’est pas de caractère religieux mais politique. Malheureusement, le lourd héritage du passé exerce son influence sur les esprits des uns et des autres, et rend encore plus complexe la solution des difficultés. Mais pour construire un avenir de paix, il faut avoir le courage de se libérer des conditionnements du passé et de travailler à donner une réponse aux problèmes du temps présent selon le droit et la justice, dans la charité. »[21]

Le langage est le même devant les autorités politiques : nécessité du dialogue, respect des droits de l’homme, construction d’une « société solidaire et fraternelle » dans le respect des minorités et le refus des exclusions, la nécessité, pour les catholiques, de dialoguer, « malgré les difficultés, […] avec leurs frères des autres communautés chrétiennes »[22]

Mais que faire lorsque les protagonistes ne veulent rien entendre ? Il faut intervenir pour mettre fin au conflit : « Une fois que toutes les possibilités offertes par les négociations diplomatiques, les processus prévus par les Conventions et organisations internationales, ont été mis en œuvre, et que, malgré cela, des populations sont en train de succomber sous les coups d’un injuste agresseur, les États n’ont plus le « droit à l’indifférence ». Il semble bien que leur devoir soit de désarmer cet agresseur, si tous les autres moyens se sont avérés inefficaces. Les principes de la souveraineté des États et de la non-ingérence dans leurs affaires internes - qui gardent toute leur valeur - ne sauraient toutefois constituer un paravent derrière lequel on pourrait torturer et assassiner »[23]

Encore et toujours, dans son Discours à l’ambassadeur de la République fédérale de Yougoslavie, le 25 avril 1996, Jean-Paul II appela « à la réconciliation et au pardon mutuel » et souligna « la nécessité de parvenir à une réconciliation qui aille au-delà des torts et des revendications, en s’appuyant sur tout ce qui unit plutôt que sur ce qui divise. » Le Saint-Père ajoutait : « L’effort pour vaincre l’injustice et la violence par le pardon et la collaboration constitue la route principale qui pourra conduire à une nouvelle ère de progrès et de paix pour le Sud-Est européen. »[24]. L’ambassadeur, dans son discours, mit en avant le souci prioritairement humanitaire du Saint-Siège en rappelant que le cardinal Sodano, Secrétaire d’État, avait dénoncé en 1994 les effets négatifs des sanctions décrétées par l’ONU contre la Yougoslavie.⁠[25]

La guerre du Golfe (1990-1991)

Le 2 août 1990, les troupes irakiennes envahissent le Koweït. Après que l’Osservatore romano a le 9 et le 20 août, condamné cette invasion et appelé à la négociation, Jean-Paul II, le 26 août, lance un appel où apparaissent d’emblée les principes sur lesquels il ne cessera de revenir durant toute la durée de la crise : il faut respecter le droit international et la Charte des nations-Unies ; l’ordre international, l’ordre social et économique sont gravement menacés ; on ne peut dissocier le sort des populations du Golfe persique de celui de tous les peuples du Moyen-Orient et surtout du Liban et de la Palestine ; il faut dialoguer et prier.⁠[26]

Le 1er octobre, il se montre non seulement soucieux du rôle que les chrétiens ont à jouer au Moyen-Orient mais il se réfère aussi « à la crise et aux tensions lourdes de danger qui affectent le Golfe ; au drame de la Palestine, à la tragédie du Liban. »[27] Il y revient lors de l’Angelus du 18 novembre. Le Saint-Père redoute qu’à travers ces conflits, ne se creuse une cassure entre le monde musulman et le monde chrétien. Mais il y a plus. Si le Pape lie à plusieurs reprises les cas du Koweit, de la Palestine et du Liban, c’est que, à chaque fois, une injustice est commise. Il veut rappeler, par cette association, que le droit est indivisible. Pourquoi la communauté internationale s’émeut-elle du sort du Koweit au point de se mobiliser en vue d’un règlement armé alors qu’elle se contente de résolutions sans suite pour les autres ? La volonté d’intervenir militairement dans le Golfe n’en paraît que plus suspecte.⁠[28]

Puis, dans le message Urbi et Orbi de Noël, alors que se prépare depuis l’automne une offensive militaire contre l’Irak, il demande : « Que les responsables en soient convaincus : la guerre est une aventure sans retour. En faisant appel à la raison, à la patience et au dialogue, et dans le respect des droits inaliénables des peuples et des gens, il est possible de découvrir et de parcourir les voies de l’entente et de la paix. »

La guerre toutefois menace. Un ultimatum est lancé à l’Irak qui doit expirer le 16 janvier. Une coalition de 34 pays s’est préparée à entrer en guerre avec l’aval de l’ONU⁠[29].

Le 12 janvier, devant les ambassadeurs accrédités auprès du Saint-Siège, Jean-Paul II, aptr !ès avoir évoqué les ombres et les lumières qui s’étendent sur le monde, s’attarde à la situation du Moyen-Orient « où s’est levée un jour l’Etoile de la Paix… Ces terres chargées d’histoire, berceau de trois religions monothéistes, devraient être des lieux où le respect de la dignité humaine, créature de dieu, la réconciliation et la paix s’imposent comme des évidences. Hélas ! le dialogue entre les familles spirituelles y laisse souvent à désirer. Les chrétiens minoritaires, par exemple, y sont dans certains cas tout au plus tolérés. Quelquefois on leur interdit d’avoir leurs propres lieux de culte, voire de se rassembler dans des célébrations publiques. Même le symbole de la croix est proscrit. » Plus précisément, il va évoquer les trois régions qu’il lie constamment dans ses interventions et dont la situation exige « des décisions politiques rapides ». En Palestine tout d’abord où le peuple « depuis des décennies, est gravement éprouvé et injustement traité ». Quant au Liban, c’est « un pays disloqué, qui a agonisé des années durant sous les yeux du monde. Il est temps que toutes les forces armées non libanaises s’engagent à évacuer le territoire national. »[30] Enfin, en ce qui concerne le Golfe, il répète ce qu’il a déjà dit : « lorsqu’un pays viole les règles les plus élémentaires du droit international, c’est toute la coexistence entre les nations qui est remise en cause. » Et il rappelle le rôle des Nations-Unies « dont le but est de préserver les générations futures du fléau d la guerre. […] La guerre serait le déclin de l’humanité tout entière. »

Le 15 janvier, la guerre étant imminente, Jean-Paul II s’adresse aux deux protagonistes : George Bush et Saddam Hussein. Au premier, il répète qu’ « il est très difficile que la guerre puisse apporter une solution adéquate aux problèmes internationaux et que, même si une situation injuste peut être momentanément résolue, les conséquences, qui découleraient vraisemblablement de la guerre, seraient dévastatrices et tragiques ». Quelles conséquences ? Des souffrances, des destructions mais aussi « de nouvelles injustices qui seraient peut-être encore pires ». Quelle autre voie, le pape propose-t-il ? Le dialogue. Et c’est ce même discours que Jean-Paul II tient dans son courrier à Saddam Hussein.⁠[31] En vain.

La guerre déclarée, Jean-Paul II poursuit sa croisade de paix. Le 20 janvier, il dénonce « les déplorables bombardements, alors que la population civile, de part et d’autre, a le droit d’être respectée ».⁠[32]

Le 2 février 1991, le Saint-Père invite à la prière en faveur de la paix. A cette occasion, il revient sur les idées qu’il défend sans cesse : on ne peut rester indifférent aux malheurs des autres⁠[33], quels qu’ils soient, nous devons compter sur Dieu et les instances internationales pour rétablir la paix et régler les problèmes du Moyen-Orient :

« Comme hommes, et en tant que chrétiens, nous ne devons pas nous habituer à l’idée que tout ceci soit inévitable et notre esprit ne doit pas succomber à la tentation de l’indifférence et de résignation fataliste, comme si les hommes ne pouvaient être impliqués dans la spirale de la guerre.

En tant que croyants dans le Dieu de miséricorde et Son Fils, Jésus, qui est mort et ressuscité pour le salut de tous, nous ne pouvons pas perdre l’espoir que la grande souffrance qui affecte ainsi de vastes parties de l’humanité, doive prendre fin le plus tôt possible. Pour atteindre ce but, nous avons à notre disposition, en premier lieu, la prière, humble instrument, mais s’il est nourri avec une foi sincère et intense, plus fort que n’importe quelle arme et tout calcul humain.

Nous confions à Dieu notre profonde tristesse, ainsi que notre espérance la plus vive.

Nous invoquons la lumière divine pour ceux qui, dans les sphères internationales, continuent à rechercher les voies de la paix, en s’efforçant de mettre un terme à la guerre et ont la ferme volonté de trouver, pacifiquement et avec le souci de la justice, des solutions appropriées aux divers problèmes du Moyen-Orient.

Nous demandons au Seigneur d’éclairer les dirigeants des partis impliqués dans le conflit, afin qu’ils trouvent le courage d’abandonner la voie de la confrontation militaire et de s’en remettre, avec sincérité, à la négociation, le dialogue et la collaboration.

Nous implorons le réconfort divin pour tous ceux qui souffrent à cause de la guerre et des graves situations d’injustice et d’insécurité qui n’ont pas encore été corrigées dans le Moyen-Orient.

Dans cet appel confiant à la miséricorde de Dieu, je demande instamment à chacun de se sentir en harmonie avec les autres croyants, en particulier avec ces populations de confession juive, chrétienne et musulmane, qui sont les plus touchées par cette guerre. »[34]

Le Souverain Pontife ne se contente pas de bonnes paroles. Il agit. Ainsi demande-t-il au Conseil pontifical Cor unum d’instituer en son sein « une Commission chargée de coopérer aux initiatives qui sont en train de surgir sur un plan international pour aider les réfugiés au Moyen-Orient. »[35] Non seulement les réfugiés mais aussi les prisonniers et les victimes civiles sont au cœur de ses préoccupations permanentes.⁠[36]

Après l’acceptation du cessez-le-feu par l’Irak, le Pape convoque à Rome, les 4 et 5 mars 1991, les représentants des épiscopats des pays participant directement à la guerre du Golfe. Il énumère à cette occasion les principes qui doivent inspirer les organisations internationales et régionales dans l’après-guerre du Golfe : « le principe effectif du principe de l’intégrité territoriale des États ; la solution de problèmes non résolus depuis des décennies et qui constituent des foyers de tensions continuelles ; la réglementation du commerce des armes de toutes espèces ; des accords visant au désarmement de la région. » d’autre part, la pauvreté pouvant mener à toutes les extrémités, « l’ordre économique international […] doit tendre toujours plus au partage et refuser l’accaparement ou l’exploitation égoïste des ressources de la planète. Il doit assurer la juste rémunération des matières premières, permettre l’accès de tous aux ressources nécessaires pour vivre, assurer le transfert harmonieux des technologies et fixer des conditions acceptables au remboursement de la dette des pays les plus démunis. » Enfin, le Saint-Père précise « certaines convictions » qui doivent guider les réflexions des participants :

« -si les problèmes d’hier ne sont pas résolus ou ne connaissent pas un début de solution, les pauvres du Moyen-Orient -je pense, en particulier, au peuple palestinien et au peuple libanais- seront encore plus menacés ;

-il n’y a pas de guerre de religion en cours et il ne peut y avoir de « guerre sainte », car les valeurs d’adoration, de fraternité et d paix qui découlent de la foi en Dieu appellent à la rencontre et au dialogue ;

-la solidarité qui sera demandée à la communauté internationale en faveur des peuples meurtris par la guerre devra s’accompagner d’un sérieux effort pour que les préjugés et le simplisme ne viennent pas compromettre les meilleures intentions ;

-tout attentisme dans la recherche de solutions ou dans la promotion du dialogue constitue un risque sérieux d’aggravation des tensions existantes. »[37]

Plus tard, pensant d’abord aux séquelles de la guerre, à son cortège de deuils et de destructions, Jean-Paul II rappelle « les impératifs éthiques qui, en toute circonstance, doivent prévaloir : le caractère sacré de la personne humaine, de quelque côté qu’elle se trouve ; la force du droit ; l’importance du dialogue et de la négociation ; le respect des pactes internationaux. Ce sont là les seules « armes » qui fassent honneur à l’homme tel que Dieu le veut ! »[38]

L’invasion de l’Irak

Du 20 mars 2003 au 1er mai 2003, une coalition menée par les États-Unis envahit l’Irak, officiellement, pour lutter contre le terrorisme, éliminer des armes de destruction massive et instaurer une démocratie.

Dès le 13 janvier, Jean-Paul II prenait clairement position : « Non à la guerre ! Elle n’est jamais une fatalité. Elle est toujours une défaite de l’humanité. Le droit international, le dialogue loyal, la solidarité entre États, l’exercice si noble de la diplomatie sont les moyens dignes de l’homme et des nations pour résoudre leurs différends. » Et conscient d’une menace de guerre contre l’Irak, il rappelait que les populations étaient déjà exténuées par douze années d’embargo ». Il rappelait aussi : « la guerre n’est jamais un moyen comme un autre que l’on peut choisir d’utiliser pour régler les différends entre nations. Comme le rappellent la Charte de l’Organisation des Nations Unies et le Droit international, on ne peut s’y résoudre, même s’il s’agit d’assurer le bien commun, qu’à la dernière extrémité et selon des conditions très strictes, sans négliger les conséquences pour les populations civiles et après les opérations. »[39]

Le 23 février, Jean-Paul II avait dit sa « grande appréhension devant le danger d’une guerre qui pourrait troubler la région de Moyen-Orient et aggraver les tensions malheureusement déjà existantes ». Il déclarait : « Les croyants, à quelque religion qu’ils appartiennent, ont le devoir de proclamer qu’ils ne pourront jamais être heureux les uns contre les autres ; que jamais l’avenir de l’humanité ne pourra être assuré par le terrorisme et la logique de la guerre. » Et il ajoutait : « En particulier, nous, chrétiens, nous sommes appelés à être comme des sentinelles de la paix, dans tous les lieux où nous vivons et travaillons. Ce qui nous est demandé, c’est de veiller, afin que les consciences ne cèdent pas à la tentation de l’égoïsme, du mensonge et de la violence. »[40]

Aux paroles se joint l’action : « je désire […] que les offrandes recueillies durant cette célébration servent à soulager les besoins urgents de tous ceux qui souffrent en Irak des conséquences de la guerre ».⁠[41] Et le Pape remerciera la ROACO ( Réunion des œuvres pour l’aide aux Église orientales) qui, entre autres, vint au secours des « chrétiens durement éprouvés en Irak »[42]

La question palestinienne

Nous avons constaté plus haut que le Saint-Père liait les problèmes palestinien, libanais et irakien, la justice étant indivisible et les droits humains fondamentaux n’étant pas respectés dans chacun des cas.

En ce qui concerne les relations entre Israël et le peuple palestinien, la pensée de Jean-Paul II est on ne peut plus claire : « Nous avons été contraints hélas de constater que la Terre Sainte où le Rédempteur a vu le jour, est toujours, par la faute des hommes, une terre de feu et de sang. Personne ne peut rester insensible à l’injustice dont le peuple palestinien est victime depuis plus de cinquante ans. Personne ne peut contester le droit du peuple israélien à vivre dans la sécurité. Mais personne ne peut oublier non plus les victimes innocentes qui, de part et d’autre, tombent tous les jours sous les coups et les tirs. Les armes et les attentats sanglants ne seront jamais des instruments adéquats pour faire parvenir des messages politiques à des interlocuteurs. La logique de la loi du talion n’est pas non plus adaptée pour préparer les voies de la paix.

Comme je l’ai déjà déclaré maintes fois, seuls le respect de l’autre et de ses légitimes aspirations, l’application du droit international, l’évacuation des territoires occupés et un statut spécial internationalement garanti pour les parties les plus sacrées de Jérusalem, sont capables d’apporter un début de pacification dans cette partie du monde et de briser le cycle infernal de la haine et de la vengeance. Et je souhaite que la communauté internationale, avec des moyens pacifiques et appropriés, soit mise en condition de jouer son rôle irremplaçable, en étant acceptée par toutes les parties au conflit. Les uns contre les autres, les Israéliens et les Palestiniens ne gagneront pas la guerre. Les uns avec les autres, ils peuvent gagner la paix ».[43]


1. 3 juillet 1980.
2. 6 août 1984.
3. 22 mars 1986.
4. Libertatis conscientia, 78 et 90.
5. Tout le discours est éclairant. Voici quelques passages importants : « Il ne s’agit pas ici — malgré ce qui est si souvent répété devant l’opinion mondiale — d’une guerre de religion, d’un conflit entre catholiques et protestants. Au contraire, les catholiques et les protestants, en tant que peuple qui confesse le Christ, tirant son inspiration de sa foi et de l’Évangile, cherchent à se rapprocher les uns des autres dans l’unité et dans la paix. Quand ils se souviennent du plus grand commandement du Christ, le commandement de l’amour, ils ne peuvent pas se conduire autrement.
   Mais le christianisme ne nous commande pas de fermer les yeux sur des problèmes humains difficiles. Il ne nous permet pas de négliger ni de refuser de voir des situations sociales ou internationales injustes. Ce que le christianisme nous interdit, c’est de chercher des solutions à ces situations dans la haine, dans le meurtre de personnes sans défense, dans les méthodes du terrorisme. Permettez-moi d’ajouter : le christianisme comprend et reconnaît le noble et juste combat pour la justice ; mais le christianisme est absolument opposé à fomenter la haine et à susciter ou à provoquer la violence ou la lutte pour la lutte. Le commandement : « Tu ne tueras pas ! », doit lier la conscience de l’humanité si l’on ne veut pas que la terrible tragédie, que la terrible destinée de Caïn se répète. […] Nous devons tout d’abord mettre clairement en évidence où résident les causes de cette lutte dramatique. Nous devons appeler par leur nom les systèmes et les idéologies qui sont responsables de ce conflit. Nous devons aussi nous demander si l’idéologie de la révolution travaille pour le véritable bien de votre peuple, pour le véritable bien de l’homme. Est-il possible de fonder le bien des individus et des peuples sur la haine, sur la guerre ? A-t-on le droit de pousser les jeunes générations dans l’abîme du fratricide ? N’est-il pas nécessaire de chercher des solutions à nos problèmes dans une direction différente ? La lutte fratricide ne rend-elle pas plus urgente pour nous l’obligation de chercher de toutes nos forces des solutions pacifiques ?
   Par ailleurs, la paix ne peut pas être établie par la violence, la paix ne peut jamais s’épanouir dans un climat de terreur, d’intimidation et de mort. Jésus lui-même a dit : « Tous ceux qui prennent le glaive périront par le glaive. » (Mt 26, 52.) Telle est la parole de Dieu, et elle ordonne à cette génération d’hommes violents d’abandonner la haine et la violence et de se convertir.
   […] Je proclame, avec la conviction de ma foi dans le Christ et avec la pleine conscience de ma mission, que la violence est un mal, que la violence est inacceptable comme solution aux problèmes, que la violence n’est pas digne de l’homme. La violence est un mensonge, car elle va à l’encontre de la vérité de notre foi, de la vérité de notre humanité. La violence détruit ce qu’elle prétend défendre : la dignité, la vie la liberté des êtres humains. La violence est un crime contre l’humanité car elle détruit le tissu même de la société. Je prie avec vous pour que le sens moral et la conviction chrétienne des Irlandais et des Irlandaises ne puissent jamais être obscurcis ni entamés par le mensonge de la violence ; pour que personne ne puisse appeler un meurtre d’un autre nom que celui de meurtre ; pour que l’engrenage de la violence ne puisse jamais être qualifié de logique inévitable ou de représailles nécessaires. Ceci demeure vrai pour toujours. « Tous ceux qui prennent le glaive périront par le glaive ». »
6. Discours du 11 janvier 1991, in DC n° 2044, 16 février 1992, p. 153. A cette occasion il cita saint Raphaël Kalinowski qui lutta au XIXe siècle contre les persécutions russes anti-catholiques en Pologne et en Lituanie : « La patrie a besoin de sueur non de sang ! »
7. 1er mai 1991.
8. CA 22.
9. En février 1991, Jean-Paul II disait à Lech Walesa, le président polonais : « Ces accords ont pu être considérés comme une annulation de la victoire de 1945, car ils partagent l’humanité en deux groupes puissants et rivaux. » (Cité in TOULAT J., op. cit., p. 13).
10. CA 23.
11. § 25. Voir aussi CHENAUX Philippe, L’Église catholique et le communisme en Europe (1917-1989), De Lénine à Jean-Paul II, Cerf, 2009 ; SZULC Tad, Papst Johannes Paul II. Die Biographie, Dva, 1996.
12. Cf. MESSAGER Alexandre, Timor-Oriental : Non-assistance à un peuple en danger, L’Harmattan, 2000, pp. 62-63 ; CHOMSKY Noam, Timor-Oriental, l’horreur et l’amnésie, in Le Monde diplomatique, octobre 1999 ; CHRISTIANSEN Drew, Un pape non-violent dans une époque de terreur, Ceras-revue Projet n° 288, septembre 2005 (disponible sur www.ceras-projet.com/index.php?id=1177)
13. Mt 5, 13-14.
14. 12 octobre 1989 in DC n° 1995, 3 décembre 1989, pp.1057-1059.
15. Télégramme du 9 septembre 1999, in Documentation catholique, n° 2212, 17 octobre 1999, p. 915.
16. OR 22-23 avril 1991 ; DC, n°2029, 2 juin 1991, p.564,
17. OR 2 mai 1991 ; DC n° 2030, 16 juin 1991, p.614. (Rencontre du 7 mai entre les deux délégations conduites par le patriarche Pavle et le cardinal Kuharic (croate) président de la Conférence épiscopale yougoslave)
18. DC n° 2036, 20 octobre 1991, p. 891
19. Ouverte le 7 septembre 1991.
20. C’est en 1975 que fut signé cet Acte final stipulant le règlement pacifique des conflits, le respect des droits de l’homme et des minorités et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes : En vertu du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes : « Tous les peuples ont toujours le droit, en toute liberté, de déterminer, lorsqu’ils le désirent et comme ils le désirent, leur statut politique interne et externe, sans ingérence extérieure, et de poursuivre à leur gré leur développement politique, économique, social et culturel. » Jean-Paul II y reviendra dans son Discours aux diplomates accrédités près le Saint-Siège, le 11 janvier 1992 :  « …les peuples ont le droit de choisir leur manière de penser et de vivre ensemble. Il leur appartient de se doter des moyens qui leur permettent de réaliser leurs aspirations légitimes. » (in DC n°2044, 16 février 1992, pp. 152-153).
21. In DC n° 2039, 1er décembre 1991, pp. 1018-1020. Ces thèmes sont repris, après la proclamation de l’indépendance, dans l’Allocution à la Conférence épiscopale de Croatie, le 9 novembre 1992 (in DC n° 2063, 3 janvier 1993, pp. 6-8) où Jean-Paul II souhaite une « réconciliation évangélique » avec les orthodoxes serbes qui vivent en Croatie et demande que les pays bouleversés par la guerre « bénéficient de l’attention et du soutien de l’opinion publique internationale, ainsi que de la solidarité généreuse de la Communauté européenne et mondiale. »
22. Discours au premier ambassadeur de la République de Croatie, 3 juillet 1992, in DC, n° 2056, 6 et 20 septembre 1992, pp. 778-779.
23. Discours au Corps diplomatique, 16-01-93, DC n°2066, p. 157.
24. In DC n° 2139, 2 juin 1996, pp.503-504.
25. Id., p. 503.
26. OR 27-28 août 1990.
27. Discours aux membres de la Conférence épiscopale des évêques de rite latin de la région arabe, in DC, n° 2016, 18 novembre 1990, p. 985.
28. A la fin de la guerre du Golfe, devant les épiscopats des pays concernés par la guerre, Jean-Paul II déclare : « La paix et la justice marchent ensemble. Or, voici plus de quarante ans que le peuple palestinien est en état d’errance et que l’État d’Israël est contesté et menacé. Nous ne pouvons oublier que, depuis 1975, le peuple libanais vit une longue agonie et, aujourd’hui encore, son territoire national est occupé par des forces non libanaises. » Il ajoute encore à ce tableau, la situation difficile des chrétiens dans certaines sociétés islamiques comme l’Arabie saoudite. (Discours d’ouverture, 4 mars 1991, in DC, n° 2025, 7 avril 1991, p. 321.)
30. Il s’agit notamment des armées syrienne et israélienne.
31. « Aucun problème international ne peut être opportunément et dignement résolu par le recours aux armes, et l’expérience enseigne à toute l’humanité que la guerre, si elle cause de nombreuses victimes, engendre aussi des situations de graves injustices qui, à leur tour, constituent une forte tentation d’un ultérieur recours à la violence. » Jean-Paul II attire aussi l’attention de son correspondant sur le fait que cette guerre ne serait pas seulement préjudiciable aux Irakiens mais aussi à toute la région et même au monde entier. (Textes cités in TOULAT J., op. cit., pp. 127-129).
32. Cité in TOULAT J., op. cit., p. 34.
33. A l’occasion de cette guerre fortement médiatisée et partialement médiatisée, BAUDRILLARD Jean a dénoncé un danger nouveau : la virtualité de la guerre-spectacle. « Le drame réel, écrit-il, la guerre réelle, nous n’en avons plus ni le goût, ni le besoin. Ce qu’il nous faut, , c’est la saveur aphrodisiaque de la multiplication du faux, de l’hallucination de la violence, c’est que nous ayons de toute chose la jouissance hallucinogène, qui est aussi la jouissance, comme dans la drogue, de notre indifférence et de notre irresponsabilité, donc de notre véritable liberté. » (La guerre du Golfe n’a pas eu lieu, Galilée, 1991, p. 84).
34. Texte original en italien, disponible sur www.vatican.va, traduit par nos soins.
35. Angélus du 27 janvier 1991, in DC n° 2023, 3 mars 1991, p. 220.
36. Cf. Audience générale du 23 janvier, in DC n° 2023, 3 mars 1991, p. 220.
37. Discours d’ouverture, 4 mars 1991, in DC n° 2025, 7 avril 1991, pp. 321-322. Mgr TAURAN J.-L., secrétaire pour les Relations avec les États, résume ainsi les principes qui ont guidé l’activité du Saint-Siège pendant la crise :
« I. Les principes :
1) Dénoncer la situation d’injustice créée par l’invasion du Koweit, et demander des gestes courageux pour rétablir la justice et éviter la guerre.
2) Souligner le primat de la paix et rappeler que la justice et la paix marchent ensemble.
3) Ne pas négliger les questions non résolues de la région, en particulier, au Liban, en Terre sainte.
II. Les moyens :
1) La prière des croyants.
2) Un vaste mouvement de solidarité par la création d’un organisme spécial en faveur des réfugiés du Moyen-Orient.
3) L’activité diplomatique pour que prévale la négociation sur la confrontation armée. » (id..)
38. Discours aux diplomates accrédités près le Saint-Siège, le 11 janvier 1992 in DC n°2044, 16 février 1992, pp. 152-153.
39. Discours devant le Corps diplomatique, in DC n° 2285, p. 118.
40. Angélus, in DC n° 2287, 2 mars 2003, p. 248.
41. Homélie lors de la Célébration de la Cène du Seigneur, jeudi saint 2003, in DC n° 2291, 4 mai 2003, p. 419.
42. Discours aux participants à l’Assemblée plénière de la ROACO, in DC n° 2299, 5 octobre 2003.
43. Discours au Corps diplomatique, 10 janvier 2002.

⁢c. Conclusion

Tâchons de résumer la pensée de Jean-Paul II.

La guerre reste, hélas, omniprésente dans l’histoire des hommes mais on ne peut s’en accommoder : « On a le sentiment que la guerre a été déclarée à la paix ! Mais la guerre ne résout rien, elle ne fait que provoquer plus de souffrances et une propagation de la mort ; les rétorsions et les représailles ne servent à rien. La tragédie est vraiment grande : personne ne peut rester silencieux et inactif ; aucun responsable politique ou religieux ! qu’après les dénonciations suivent des actes concrets de solidarité qui aident tous les hommes à revenir au respect mutuel et à la négociation loyale. »[1]

Certes il faut tout faire pour éviter la guerre et privilégier sans cesse le dialogue mais on ne peut non plus rester indifférent à l’injustice et au malheur infligés aux populations innocentes. Un nouveau concept s’impose, celui d’« ingérence humanitaire » : « Bien souvent, des situations où la paix est absente, où la justice est bafouée, où le milieu naturel est détruit, mettent des populations entières en grand danger de ne pouvoir satisfaire leurs besoins alimentaires premiers. Il ne faut pas que les guerres entre nations et les conflits internes condamnent des civils sans défense à mourir de faim pour des motifs égoïstes ou partisans. Dans ces cas, on doit de toute façon assurer les aides alimentaires et sanitaires, et lever tous les obstacles, y compris ceux qui viennent de recours arbitraires au principe de non-ingérence dans les affaires intérieures d’un pays. La conscience de l’humanité, désormais soutenue par les dispositions du droit international humanitaire, demande que soit rendue obligatoire l’ingérence humanitaire dans les situations qui compromettent gravement la survie de peuples et de groupes ethniques entiers : c’est là un devoir pour les nations et la communauté internationale […]. »⁠[2] Mais cette ingérence humanitaire peut-elle être armée ? Jean-Paul II répond : « Une fois que toutes les possibilités offertes par les négociations diplomatiques, les processus prévus par les Conventions et organisations internationales, ont été mis en œuvre, et que, malgré cela, des populations sont en train de succomber sous les coups d’un injuste agresseur, les États n’ont plus le « droit à l’indifférence ». Il semble bien que leur devoir soit de désarmer cet agresseur, si tous les autres moyens se sont avérés inefficaces. Les principes de la souveraineté des États et de la non-ingérence dans leurs affaires internes - qui gardent toute leur valeur - ne sauraient toutefois constituer un paravent derrière lequel on pourrait torturer et assassiner »[3]

Il va de soi que cette intervention humanitaire souhaitable doit respecter les règles du jus in bello telles qu’elles ont été depuis longtemps édictées et établies dans d’innombrables règlements militaires et conventions internationales.⁠[4] Toutefois, Jean-Paul II note avec satisfaction que : « Parmi les signes d’espérance, il faut […] inscrire, dans de nombreuses couches de l’opinion publique, le développement d’une sensibilité nouvelle toujours plus opposée au recours à la guerre pour résoudre les conflits entre les peuples et toujours plus orientée vers la recherche de moyens efficaces mais « non violents » pour arrêter l’agresseur armé. »[5]

On le constate, la notion de « guerre juste  n’a plus du tout le statut privilégié qui fut le sien durant des siècles. Comme le note les meilleurs observateurs, elle s’inscrit désormais dans le cadre dominant d’une théologie de la paix. La pensée des papes depuis Benoît XV s’affirme de plus en plus comme « une théologie de la paix dont la « guerre juste » n’est qu’une partie ». La guerre juste est de plus en plus « subordonnée à cette théologie de la paix »[6].

En témoignent sa condamnation du trafic d’armes⁠[7], de la course aux armements⁠[8], du recours non nécessaire à la peine de mort⁠[9], de l’acquisition d’armes de destruction massive⁠[10], de l’immersion des déchets nucléaires⁠[11] et finalement son souhait « d’échange, de pardon et de réconciliation entre les personnes, entre les peuples et entre les Nations. »[12]

En témoigne, de manière particulièrement éclairante, la réflexion que Jean-Paul II nous a offerte sur le terrorisme⁠[13]. Sa condamnation est bien sûr traditionnelle et sans appel puisqu’il s’agit d’une « blessure douloureuse » motivée par « l’intention de tuer le peuple, de détruire la propriété aveuglément et de créer un climat de terreur et d’insécurité, en incluant souvent des prises d’otages ».⁠[14] Rien ne peut justifier le terrorisme, aucune injustice, aucune pauvreté d’autant plus que les pauvres sont les premières victimes du chaos économique et politique recherché par les terroristes.⁠[15]

Mais comment réagir devant ce phénomène extrême, brutal et aveugle, devant lequel, il est vain, évidemment, de parler de dialogue, de négociation ?

Le Message pour la Journée mondiale de la paix du 1er janvier 2002⁠[16], nous plonge au cœur de cette théologie de la paix indispensable, incontournable désormais et qui est confrontée à la violence la plus sauvage et la plus irrationnelle qui risquerait de la mettre en question dans l’esprit de nombreux contemporains affolés devant une nouvelle et inouïe barbarie. Ce qui se révèle face au paroxysme de la violence couvre ipso facto toutes les autres manifestations traditionnelles de la méchanceté des hommes.

La clé de voûte de cette théologie est l’« espérance fondée sur la conviction que le mal, le mysterium iniquitatis[17], n’a pas le dernier mot dans les vicissitudes humaines. » En effet, l’histoire du salut révélée par la sainte Écriture nous montre que tout au long de leurs tribulations, les hommes sont accompagnés « par la sollicitude miséricordieuse et providentielle de Dieu ». Ainsi, même si le mal semble l’emporter, il est sûr que la paix finira par prévaloir. En attendant, quelle réponse devons-nous apporter à la violence ? Ou plus précisément : « quel est le chemin qui conduit au plein rétablissement de l’ordre moral et social qui est violé de manière si barbare ? ». La réponse se trouve dans l’Écriture et il n’y en a pas d’autre même si elle déroute ou choque : la paix ne peut reposer que sur la justice et le pardon. Les deux termes ne sont pas antinomiques : « le pardon s’oppose à la rancune et à la vengeance, et non à la justice. »

Il faut d’abord travailler à établir la justice comme « vertu morale et garantie légale qui veille sur le plein respect des droits et des devoirs, et sur la répartition équitable des profits et des charges ». Ainsi, la communauté internationale unie dans la lutte contre le terrorisme doit aussi s’engager « sur les plans politique, diplomatique et économique pour résoudre avec courage et détermination les éventuelles situations d’oppression et de marginalisation qui seraient à l’origine des desseins terroristes. » En effet, le recrutement de terroristes est facilité par les injustices subies.

La justice étant toujours « fragile et imparfaite, exposée qu’elle est aux limites et aux égoïsmes des personnes et des groupe, elle doit s’exercer et, en un sens, être complétée par le pardon qui guérit les blessures et rétablit en profondeur les rapports humains perturbés », que ce soit sur le plan personnel, social ou international.

Le pardon doit d’abord se vivre personnellement, « dans le cœur de chacun », avant de devenir un fait social et juridique. Il s’agit d’abord, à l’image de Dieu⁠[18], de réagir contre la propension spontanée à rendre le mal pour le mal. Mais l’expérience nous révèle aussi que lorsque nous agissons mal, nous souhaitons que les autres soient indulgents avec nous. Il est donc naturel que nous agissions avec eux comme nous aimerions qu’ils soient avec nous. Qui n’a rêvé d’une « seconde chance », « de ne pas demeurer à jamais prisonnier de ses erreurs et de ses fautes », « de pouvoir à nouveau lever les yeux vers l’avenir, pour découvrir qu’il a encore la possibilité de faire confiance et de s’engager » ?

Ce pardon naît dans notre cœur est nécessaire à tous les niveaux de la société humaine pour qu’elle soit « plus juste et plus solidaire » car il renoue « les liens rompus », permet de dépasser « les situations stériles de condamnations réciproques » et de « vaincre la tentation d’exclure les autres en leur refusant toute possibilité d’appel. » Par contre, « le refus du pardon […], surtout s’il entretient la poursuite de conflits, a des répercussions incalculables pour le développement des peuples » à cause de « la course aux armements », des « dépenses de guerre » ou encore des « rétorsions économiques ».

Accepter de pardonner ou accepter le pardon n’est certes pas facile, il faut pour cela « une grande force spirituelle et un courage moral à toute épreuve » car le pardon « comporte toujours, à court terme, une perte apparente, tandis qu’à long terme, il assure un gain réel. La violence est exactement le contraire, elle opte pour un gain à brève échéance, mais se prépare pour l’avenir lointain une perte réelle et permanente. »

La nécessité du pardon, de la justice et de la réconciliation, ne signifie pas qu’on doive « surseoir aux exigences légitimes de réparation de l’ordre lésé » mais qu’il faut pour tendre à la plénitude de la justice guérir les blessures morales.

La nécessité du pardon ne signifie pas non plus qu’on ne peut se défendre mais « c’est un droit qui, comme tout autre droit, doit répondre à des règles morales et juridiques tant dans le choix des objectifs que dans celui des moyens. » Jean-Paul II précise que les culpabilités doivent être établies personnellement et prouvées, qu’on ne peut étendre les responsabilités à une nation, un peuple une religion. ⁠[19]

Enfin, Jean-Paul II lance un appel à tous les chefs religieux pour qu’ils s’engagent au service de la paix au nom de la justice, de la dignité de la personne et de l’unité du genre humain, pour qu’ils condamnent « l’assassinat délibéré de l’innocent » et s’engagent « dans la pédagogie du pardon, car l’homme qui pardonne ou qui demande pardon comprend qu’il y a une vérité plus grande que lui, et qu’en l’accueillant il peut se dépasser lui-même. » De plus, la prière est un élément essentiel, fondamental, dans la construction de la paix car Dieu peut rénover les cœurs et vaincre les obstacles les plus tenaces.

Pas de paix sans justice, pas de justice sans pardon ! Pas de paix sans prière.

Ainsi peut-on résumer la pensée ultime de Jean-Paul II.


1. Message de Pâques, 31 mars 2002.
2. Discours à la Conférence internationale sur la nutrition, 5 décembre 1992, in DC n° 2065, 7 février 1993, p. 107.
3. Discours au Corps diplomatique, 16-01-93, in DC n°2066, p. 157.
4. Notons que J. Toulat démontre dans son livre déjà cité que dans le cas de la guerre du Golfe, ni les règles du jus ad bellum ni celles du jus in bello n’ont été respectées. Ainsi, pour nous en tenir au jus in bello, les bombardements alliés ont provoqué un véritable « massacre » (cf. TOULAT J., op. cit., pp. 63-69).
5. Lettre encyclique Evangelium vitae, 25 mars 1995,  n° 27.
6. CHRISTIANSEN Drew, Un pape non-violent dans une époque de terreur, Ceras-revue Projet n° 288, septembre 2005 (disponible sur www.ceras-projet.com/index.php?id=1177).
7. Cf. Exhortation apostolique Ecclesia in Africa, 14 septembre 1995, in DC n° 2123, 1er octobre 1995, p. 846 : « Ceux qui alimentent les guerres en Afrique par le trafic d’armes sont complices de crimes odieux contre l’humanité ».
8. Cf. Exhortation apostolique Ecclesia in America, 22 janvier 1999, in DC n° 2197, p. 130: « La course aux armements est un élément qui paralyse gravement le progrès de nombreux pays en Amérique. Une voix prophétique doit s’élever des Église particulières d’Amérique pour dénoncer le réarmement et aussi le scandaleux commerce des armes de guerre qui absorbe des sommes d’argent considérables que l’on devrait au contraire destiner à combattre la misère et à promouvoir le développement. d’autre part, l’accumulation des armements constitue une cause d’instabilité et une menace pour la paix. »
9. Cf. Exhortation apostolique Ecclesia in America, op. cit. ; Catéchisme de l’Église catholique, n° 2267 ; Encyclique Evangelium vitae, n° 56.
10. Cf. Exhortation apostolique Ecclesia in Asia, 6 novembre 1999, in DC n° 2214, 21 novembre 1999, p. 1000: « Le Synode a demandé la fin de la construction, de la vente et de l’usage des armes nucléaires, chimiques et biologiques, et il a exhorté ceux qui ont installé les mines antipersonnel à apporter leur assistance au travail de réhabilitation et de restauration. »
11. Cf. Exhortation apostolique Ecclesia in Oceania, 22 novembre 2001, in DC n° 2260, 16 décembre 2001, p. 1093: « L’immersion de déchets nucléaires dans cette zone représente une menace supplémentaire pour la santé des populations autochtones. »
12. Cf. Exhortation apostolique Ecclesia in Europa, 28 juin 2003, in DC n° 2296, 20 juillet 2003, p. 704.
13. Voici comment Jean-Paul II décrit le terrorisme qui, depuis la fin de la guerre froide, « s’est transformé, dit-il, en un réseau sophistiqué de connivences politiques, techniques et économiques qui dépasse les frontières nationales et s’élargit jusqu’à englober le monde entier. Il s’agit de véritables organisations dotées bien souvent d’immenses ressources financières, qui élaborent des stratégies sur une vaste échelle, frappant des personnes innocentes qui n’ont rien à voir avec les visées poursuivies par les terroristes.
   Utilisant leurs adeptes comme armes à lancer contre des personnes sans défense et ignorantes du danger, ces organisations terroristes manifestent d’une manière déconcertante l’instinct de mort qui les nourrit. Le terrorisme naît de la haine et il engendre l’isolement, la méfiance et le repli sur soi. La violence s’ajoute à la violence, en une spirale tragique qui entraîne même les nouvelles générations, celles-ci héritant ainsi de la haine qui a divisé » les générations précédentes. Le terrorisme est fondé sur le mépris de la vie humaine. Voilà précisément pourquoi non seulement il est à l’origine de crimes intolérables, mais il constitue en lui-même, en tant que recours à la terreur comme stratégie politique et économique, un véritable crime contre l’humanité. » (Message pour la Journée mondiale de la paix, 1er janvier 2002, in DC, n° 2261, 6 janvier 2002, p. 5.)
14. SRS, n° 24.
15. Message pour la Journée mondiale de la paix, 1er janvier 2002, op. cit., p. 5. « La prétention qu’a le terrorisme d’agir au nom des pauvres est une flagrante imposture. » Selon une enquête révélée par l’agence Zenit (21 janvier 2002), « 90% des guerres depuis 1945 ont eu lieu dans des pays pauvres. Ceux qui ont payé le prix le plus élevé sont des innocents : deux millions d’enfants entre 1990 et 2000, près de 27 millions de morts civils depuis la période de l’après-guerre jusqu’à nos jours (90% du nombre total des victimes) ; 35 millions de réfugiés. Selon cette enquête, dans les années 90, on a enregistré 56 guerres (conflits armés avec plus de 1.000 morts) dans 44 pays, essentiellement des conflits dans lesquels on se bat pour le contrôle du gouvernement ou du territoire. »
16. In DC, n° 2261, 6 janvier 2002, pp. 4-8. Ce Message est évidemment marqué par les quatre attentats-suicides perpétrés le 11 septembre 2001 aux États-Unis, par des membres du réseau islamiste Al-Qaïda. On a relevé[] 2 973 victimes. Au-delà de la tragique actualité, le pape se réfère aussi à sa propre expérience, aux souffrances endurées sous les régimes totalitaires nazi et communiste. Il pense aussi à la situation dramatique qui perdure depuis un demi-siècle en Terre Sainte.
17. 2 Th, 2, 7. Ce mystère d’iniquité (Maredsous) est appelé aussi « mystère d’impiété » (Jérusalem et TOB), « mystère d’illégalité » (Osty). 1-12. La revue Communio a consacré tout un numéro à ce thème : Satan, « mystère d’iniquité », tome IV, n° 3, mai-juin 1979.
18. Malgré les infidélités d’Israël, Dieu reste fidèle à son peuple. Il « nous accueille malgré nos péchés » et le « modèle suprême est le pardon du Christ qui a prié ainsi sur la Croix : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34) ». Message pour la Journée mondiale de la paix, 1er janvier 2002, op. cit.).
19. Le10 janvier 2002, dans son Discours au Corps diplomatique (in DC n° 2263, 3 février 2002, pp. 104-106) : « La lutte légitime contre le terrorisme dont les odieux attentats du 11 septembre dernier sont l’expression la plus effroyable a redonné encore la parole aux armes. Face à l’agression barbare et aux massacres se pose non seulement la question de la légitime défense, mais aussi celle des moyens les plus aptes à éradiquer le terrorisme, de la recherche des facteurs à l’origine de telles actions, des mesures à prendre pour engager un processus de « guérison » afin de vaincre la peur et d’éviter que le mal s’ajoute au mal, la violence à la violence. […] Les ténèbres ne peuvent être chassées que par la lumière. La haine ne peut être vaincue que par l’amour. »