Si l’image est émotion,
l’émotion actuelle est souvent d’ordre sexuel.
[1]
L’omniprésence de l’image
L’image a envahi notre univers culturel privé et public. Aujourd’hui, elle est non seulement partout, multiforme, mais elle a acquis aussi une grande force. Un directeur de marketing explique que si l’image est si présente aujourd’hui, c’est qu’elle correspond à un état d’esprit qui réclame tout, tout de suite, plus vite et plus intensément. Or l’image est « le langage le plus signifiant immédiatement »[2] car précisément le plus intense[3]. « Une image vaut mille mots » disait déjà le sage Confucius[4] et l’historien israélien Zev Sternhell[5] soulignait aussi sa force en déclarant qu’«on ne peut pas se battre contre une image ». Certaines images seraient donc plus prégnantes que le décolleté de Dorine et, vu leur nombre et leur nature, échapperaient aux « mouchoirs » de Tartuffe ou aux retouches de Daniele da Volterra[6], surnommé Braghettone (« culottier ») qui, à la demande du cardinal Charles Borromée[7] recouvrit les parties génitales des personnages du Jugement dernier de Michel-Ange dans la chapelle Sixtine.
À juste titre Rachida Triki parlait de la magie de l’image.
Tristan Garcia parle de son charme. Le mot a gardé en français un des sens du carmen latin : celui de parole magique, d’enchantement, de sortilège, d’envoûtement.
De là, son sens plus moderne de séduction, d’attirance, de fascination et de plaisir.
Pour cet auteur, le charme de l’image est double.
L’image est tout d’abord capture de « quelque chose qui ne se trouve pas en elle » et, en second lieu, elle captive, elle saisit « le regard qui la saisit : une image est un objet dans lequel on peut se plonger sans pourtant y être jamais »[8]. Il explique que si vous placez une image, dessin ou photographie au milieu de toute une série d’objets divers, l’œil sera attiré par l’image.
Et s’il s’agit d’une image animée, elle exercera un « pouvoir hypnotique ». On se souvient des mises en garde d’André Maurois vis-à-vis du pouvoir de l’image qui détourne de la lecture et favorise la « dislocation de la pensée »[9]. Roland Barthes dit de l’image qu’elle « est péremptoire, elle a toujours le dernier mot ; aucune connaissance ne peut la contredire, l’aménager, la subtiliser »[10].
Plus profondément, Daniel J. Boorstin[11], dans son étude devenue classique sur l’image, défend l’idée que « nous avons besoin de ces illusions et nous les croyons vraies parce que nous sommes atteints d’espoirs exagérés.
Nous attendons trop de ce monde.
Nos espoirs sont extravagants au sens précis du dictionnaire : « hors de la raison ou de la modération. » Ils sont excessifs. »[12]
Est-ce parce que nous exigeons « plus que le monde ne peut fournir » que « nous prions qu’on nous fabrique quelque chose pour pallier notre insuffisance » ? Est-ce parce que notre sexualité nous paraît insuffisante, limitée, décevante, que la pornographie a tant de succès ? Pallierait-elle nos impuissances ? Serait-elle une suppléance ? Un spectacle compensatoire?[13]
L’envahissement de l’image pornographique
Déjà en 2007, les Mutualités socialistes attiraient l’attention sur le succès de la pornographie à l’école primaire.[14] Aujourd’hui, les chiffres sont devenus hallucinants.
En 2017, un journaliste écrivait : « 3 milliards d’images sont échangées chaque jour sur Internet ; 30% des recherches Web commencent sur Google Image ! ».[15] En 2022, un rapport d’information du Sénat français dénombrait « 128 millions de sites, 136 milliards de vidéos regardées par an, 500 millions de recherches par jour, 35% des vidéos téléchargées, un quart de tout le trafic de vidéo en ligne, 16% du flux total de données sur l’Internet, une recherche sur ordinateur sur huit est du porno, une sur cinq sur mobile ; pour le géant du système, […] 220.000 de ses vidéos sont regardées chaque minute dans le monde ».[16] De son côté, le Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ) affirme qu’il y eut 110 milliards de visionnements en 2022 sur le principal site porno, trois milliards d’images sont échangées chaque jour et 30% des recherches sur google sont consacrées au porno.[17] En 2023, une autre source française signalait que « 2,2 millions de jeunes de moins de 18 ans consultent des sites pornographiques, soit 36% de plus qu’il y a 5 ans. 21% des garçons âgés de 10 à 11 ans sont exposés à des sites pornographiques au moins une fois par mois.
Pour les 12-13 ans, leur nombre grimpe à 51%. Si les garçons sont les plus touchés, la fréquentation des sites pornographiques concerne aussi les filles.
Un tiers des adolescentes de 12 à 13 ans les consultent. »[18] En 2024, Thérèse Hargot, sexologue belge qui exerce en France, révélait qu’un enfant sur trois a vu des images pornographiques avant l’âge de 12 ans, deux sur trois avant 15 ans ; 50% des garçons de 12 à 13 ans vont sur des sites pornos tous les mois et 44% des jeunes déclarent reproduire ce qu’ils ont vu dans ces vidéos. 70% des adultes en consomment dont 25% au moins une fois par semaine.[19]
Même si, finalement, l’image dont nous parlerons principalement, par la suite, n’est pas l’image considérée généralement comme « pornographique », il convient, vu son omniprésence et son accessibilité, de nous y arrêter.
Tout d’abord, la pornographie met en acte et de manière spectaculaire ce que nous avons dit de l’image et de sa magie.
Comme l’écrit Patrick Baudry, « En proximité d’un sexe qui semble à l’état brut ou pur, l’amateur de vidéo X, joue avec la fausseté d’une mise en scène, se soustrait à l’emprise de la narration et échappe aux impératifs de la vérité ou du rapport à la vérité ».[20] « Le porno […] s’ajoute sans doute au réel, ou encore le subvertit, mais surtout il se substitue à lui et le relativise en tant que tel.
On est, avec le porno, dans le registre réel du virtuel. »[21]
Par ailleurs, la pornographie est un problème grave de société, d’autant plus grave qu’il ne semble pas intéresser les autorités publiques.
Comme l’écrit P. Baudry, naguère, le monde pornographique était réservé aux adultes.
Aujourd’hui, il « devient un monde de proximité où le mécanisme de l’interdiction semble peu opératoire ».[22] Nous verrons que le Conseil de l’Europe publie régulièrement des « résolutions » sur le sujet mais sans grand effet.
Les Etas ne se préoccupent guère que de la pédopornographie et encore, a posteriori.
Nous y reviendrons.
Enfin, il s’agira, à partir du chapitre 7, d’analyser l’image « sexy » même si celle-ci paraît anodine et semble acceptée alors que les méfaits de l’autre sont souvent dénoncés.
D’autre part, les problèmes soulevés à propos de l’image « sexy » se retrouveront a fortiori, amplifiés, dans l’image « pornographique ».
La pornographie est-elle définissable ?[23]
Dans la pornographie qu’il serait plus juste d’appeler, dans les arts visuels, la pornovision[24], l’acte sexuel est réel et présenté sous toutes ses formes et sans fard : orgies, fellations, sodomisations, nécrophilie, zoophilie[25], masturbation, homosexualité en sont les manifestations les plus banales[26]. P. Baudry note que « non seulement toute imagerie sexuelle combine la répulsion à la fascination, mais l’intégration et plus encore la tolérance à l’endroit des « bizarreries » devient une norme. »[27]
L’image est « sexuellement explicite »[28], selon la définition du sexologue Pascal de Sutter[29]. Un autre auteur déclare que la pornographie est « la représentation complaisante -à caractère sexuel- de sujets, de détails obscènes, dans une œuvre artistique, littéraire ou cinématographique »[30] dont la finalité, ajoute-t-on, est l’excitation du spectateur.[31] Toutefois, cette définition traditionnelle est controversée.
Le philosophe Roman Roszak a collationné les principales études universitaires consacrées à la pornographie et a constaté que si, pour les uns, « la pornographie est un phénomène moderne, qui se caractérise par la monstration totale, univoque, violente et vénale du corps humain »[32], pour d’autres, « il n’y a aucune définition stable, ni aucun commencement de la pornographie »[33]. En effet, pour ces derniers, « la mise en perspective offerte par l’histoire de l’art montre bien la vanité de toute tentative de définition de la pornographie, en même temps qu’elle relativise la prétendue violence des représentations sexuelles contemporaines »[34].
Nous verrons, dans le chapitre suivant, que ces définitions différentes impliquent évidemment des évaluations différentes.
En attendant, contentons-nous, de la première définition qui rejoint, en gros, la manière dont le grand public qualifie ces spectacles.
Par ailleurs, nous verrons aussi que certains se sont essayés à distinguer le pornographique de l’érotique[35] qui serait moins problématique.
Nous en reparlerons plus loin.
Même, à l’intérieur de la catégorie pornographique, certains s’ingénient à classifier les images, parlent de _porno chic, de porno soft, de porno hard et tentent de distinguer ces catégories de l’image érotique ou de l’image de charme.
Nous ne nous y attarderons pas.
Disons simplement, à cet endroit, que, si l’on se place du point de vue du spectateur, il est sûr que telle image sera pornographique pour l’un et charmante pour l’autre, suivant la sensibilité, l’éducation, le milieu, la culture ou l’époque.
C’est bien ce que veut souligner la citation célèbre : « La pornographie, c’est l’érotisme des autres »[36]. Marie-Anne Paveau confirme : c’est une « affaire de réception, de regard, voire d’imagination », écrit-elle.[37]
C’est pour éviter de s’empêtrer dans ces distinguos toujours discutables, qu’il m’a paru plus intéressant d’aborder, par la suite, le point de départ de toutes ces variantes : la représentation du corps et de la sexualité dans sa forme la plus élémentaire et qui, en même temps, manifeste un souci artistique.
Par contre, la « pornographie », dans son acception courante, aussi imprécise ou fluctuante soit-elle, se préoccupe, en général, très peu de la recherche artistique puisque, suivant les analystes, l’objectif est de provoquer le désir voire le plaisir du « consommateur ». [38] Les scenarii des films X[39], par exemple, sont d’une pauvreté désolante dans la mesure où l’objectif n’est pas de raconter une histoire mais de montrer le plus rapidement possible une « relation » sexuelle.
Plus crûment, Michaël Trachman écrira : « il s’agit moins de faire œuvre que d’exciter les spectateurs. »[40] La pornographie est, par excellence, selon l’expression employée par J.-Cl.
Guillebaud, un « outil masturbatoire » : « Nomade, incertaine, boulimique et anxieuse, la sexualité contemporaine est d’abord solitaire.
Et cela jusqu’au vertige… Tout se passe comme si elle avait congédié l’autre dans son humanité pour jouir enfin d’une pleine mais angoissante autonomie.
La fortune du mot « partenaire » dans les relations amoureuses est révélatrice.
Elle a fait de l’autre un simple vis-à-vis, un outil masturbatoire, un instrument plus ou moins performant et donc susceptible d’évaluations incessantes, de comparaisons, de bancs d’essai, etc.
Le bavardage dominant au sujet du plaisir est comparable à un interminable audit comparatif, calqué sur la chronique boursière ou le palmarès olympique.
Enfermés dans cette solitude voluptueuse (« Il n’y a pas de rapports sexuels », disait Lacan…), ayant instrumentalisé l’autre, nous considérons avec impatience, voire exaspération, le dernier des interdits, qui fait encore obstacle à notre plaisir : le non-désir du partenaire… »[41]
Ajoutons encore que certains contenus pornographiques présentent de véritables crimes comme la pédophilie, le viol ou l’inceste.[42]
N’est-ce pas une industrie rentable ?[43]
Si l’image « explicite » est présente depuis toujours, un peu partout, dans les différentes cultures, des fresques de Pompéi aux décorations des temples hindous, la pornographie est un phénomène typiquement contemporain, comme nous aurons l’occasion de le constater par la suite.
Une véritable industrie s’est développée principalement dans la seconde moitié du vingtième siècle au moment où, d’abord en Scandinavie et aux Etats-Unis, puis ailleurs dans d’autres pays, le cinéma pornographique est sorti de la clandestinité.[44] Il fut un temps où il fallait chercher l’image « licencieuse » ou « légère » qui se vendait sous le manteau ou qui ne s’exposait que dans certains lieux interlopes.
Il a semblé aux producteurs et réalisateurs qu’un marché fort lucratif s’offrait à eux dans le cadre général d’une libération des mœurs.
Le cinéma pornographique a été progressivement autorisé dans divers pays et des salles se sont spécialisées ici et là dans ce genre cinématographique.
Le film le plus rentable de tous les temps serait Gorge profonde de Gerard Damiano réalisé en 1972.[45] Pour un budget de 25.000 dollars il aurait rapporté 600 millions de dollars car il aurait été vu par 23 millions d’Américains.
Ce succès a sans doute contribué à alimenter l’idée qu’on peut faire facilement et rapidement fortune en réalisant de tels films ou en y jouant.
Mais regardons-y de plus près.
Le psychologue Christopher Ryan et la psychiatre Calcida Jetha, en 2010, se sont posé la question de savoir ce qui rapportait le plus : le sport ou le porno.
Voici leur réponse : « Tout autour du monde, la pornographie est réputée rapporter un montant compris entre 57 milliards et 100 milliards de dollars par an.
Aux États-Unis, elle génère plus de chiffre d’affaires que les chaînes de télévision CBS, NBC, ABC combinées, et plus que toutes les franchises de football, baseball et basket-ball.
Selon l’U.S. News and World Report, « les Américains dépensent plus d’argent dans les clubs de strip-tease qu’aux théâtres de Broadway, aux théâtres hors Broadway, aux théâtres régionaux et ceux à but non lucratif, qu’à l’opéra, aux ballets et aux concerts de jazz et de musique classique combinés. »[46]
Toutefois, comme on le voit, l'« industrie du sexe » englobe des vecteurs divers : vidéoclubs, films, magazines et surtout sex toys[47] qui, à eux seuls, auraient rapporté 22 milliards de dollars dans le monde en 2018. L’image pornographique en elle-même, photographie ou film, n’est pas aussi rentable qu’on le croit, d’autant plus que « les informations sur les chiffres d’affaires ou les revenus des sociétés de films pornographiques ne sont pas faciles à obtenir » [48].
Quant au salaire des acteurs il oscillerait, selon certaines sources, entre 700 et 2500 euros en Europe, davantage aux Etats-Unis.
Toutefois, dans son enquête sociologique très sérieuse et fouillée, Mathieu Trachman [49] conteste l’idée selon laquelle le « travail sexuel » serait source d’argent facile.
Seuls quelques-uns s’y enrichiraient.
D’une manière générale, les femmes sont mieux rémunérées que les hommes[50]. Les « carrières » féminines[51], en général, sont courtes, physiquement coûteuses et moralement dégradantes mais elles sont attirantes car elles ne demandent aucune qualification ni expérience alors que les hommes doivent manifester un « savoir-faire » qui leur assurera une certaine longévité. Cette inégalité nous révèle que, généralement, le cinéma pornographique est fait par des hommes pour assouvir les fantasmes de leurs congénères.
Mais là n’est pas l’essentiel.
Ce n’est pas l’appât du gain des réalisateurs, producteurs et acteurs qui peut seul expliquer l’envahissement actuel de la pornographie.
Si ces images ne trouvaient pas d’amateurs, elles sombreraient dans l’oubli.
La responsabilité du spectateur est de nouveau engagée.
Pour ce qui est des salles spécialisées, elles ont petit à petit disparu à partir de 1980 environ à cause de l’essor des vidéos qui ont fait pénétrer les films X dans les foyers jusqu’à ce qu’une autre technologie bien plus invasive se répande partout.
L’inquiétante invasion d’internet
Au tournant de ce siècle, la situation va changer considérablement.
Internet va permettre à tout un chacun et même gratuitement, d’accéder facilement à des centaines de milliers de spectacles pornographiques sur des milliers de sites « coquins ». Comme l’écrit P. Baudry, « Le porno de l’internet, à la différence de celui du cinéma, permet de n’être jamais en manque : d’avoir devant soi une réserve infinie d’images »[52]. Ces images sont confortables car elles font l’économie de toutes les difficultés que la vie sexuelle présente dans la réalité. Elles sont faciles d’accès, offrent une jouissance instantanée et assouvissent tous les fantasmes réprouvés dans la société, même ceux auxquels on ne pensait pas.[53] Et le succès est colossal comme nous l’avons vu.
On ne compte plus les sites, le nombre de visites ou de téléchargements.[54]
Cette « cybersexualité » permet de vivre une expérience sexuelle « non relationnelle où l’autre fait défaut et dans laquelle chacun gère souverainement ses pulsions ». Elle ouvre « le nouvel âge de l’onanisme »[55] car la masturbation devient une pratique banale chez les adultes alors qu’elle est « une manifestation de la sexualité infantile » ![56] La consommation pornographique est « une pratique passive et assistée ».[57] C’est le plaisir sans effort, le plaisir du « nourrisson ». C’est pourquoi Roszak parle d’une « régression psychique et politique très efficace ».
Sur son ordinateur ou, mieux encore, sur son smartphone, tout un chacun peut consommer la pornographie « sans le moindre investissement physique, ni économique.
La gratuité d’une bonne partie de l’offre redouble le sentiment qu’il s’agit d’une consommation innocente, qui ne se paie de rien, ne doit se payer de rien ». Ce sentiment d’impunité est encore renforcé par le silence du législateur.[58]
Internet permet aussi à tout un chacun de fabriquer son propre spectacle pornographique.
Plusieurs sites proposent de recevoir votre exhibition solitaire, en couple ou en groupe et cela peut même rapporter de l’argent [59]. On sait que les réseaux sociaux attirent beaucoup de jeunes et que certains sont tentés d’y montrer leur intimité pour les raisons évoquées plus haut.[60]
Tous ces sites permettent de « désormais vivre une expérience sexuelle réelle sans que le partenaire soit physiquement présent. »[61]
La « sidération » pornographique
Patrick Baudry s’emploie à expliquer le succès de l’image pornographique qui, comme il le dit, parle plus de sexe que de sexualité [62]. Elle n’est pas porteuse d’émotion qui provoque le « dire » mais de sensation qui, elle, est mutique[63]. Elle joue plus que toute autre image sur la « présence/absence de l’autre » : le « corps intensivement exhibé » est, en même temps « dérobé », « inaccessible ». Mieux encore, « ce qui séduit, ce n’est pas seulement « ce » corps mais le rapport au corps que le modèle y entretient dans son exhibition, et dont il nous exclut ». L’excitation suscitée peut être agaçante et finalement frustrante.[64] Le spectateur-consommateur vit une sexualité sans médiation : c’en est fini des discours séducteurs, de la timidité, des préparatifs. Il est immédiatement en présence du corps sexuel : l’image X procède « à la dissolution du rapport à l’autre ».[65] Cette consommation est une « consommation abstraite » qui ne peut être considérée comme du « voyeurisme » puisque ce ne sont pas des « gens » qui sont épiés mais des professionnels du sexe en démonstration.[66] L'« appétit » de l’amateur du X ne sera jamais comblé[67]. C’est pourquoi Baudry parle non pas de « séduction » mais de « sidération » car le spectateur ne peut, dans la vie réelle, accéder aussi immédiatement au sexe de la femme ni égaler les performances jouées. [68] Dans le film X, le sexe mâle ne connaît pas de panne et la femme vit des orgasmes extraordinaires. Semble-t-il.
Les thuriféraires de la pornographie
La facilité d’accès pour tous, quel que soit l’âge, à la seule condition de posséder un ordinateur ou un téléphone mobile n’explique peut-être pas à elle seule le succès rencontré.
Il faut tenir compte aussi de la caution octroyée par des intellectuels à la création pornographique.
Non seulement parce que se sont multipliées à partir des années 80 des porn studies initiées par divers chercheurs mais aussi parce que des productions pornographiques ont été l’œuvre de réalisateurs appartenant à l’intelligentsia branchée.
Le philosophe Romain Roszak, déjà cité plus haut et qui connaît bien le dossier, explique que si le législateur est peu présent sur ce terrain, souvent paralysé par le respect dû à la liberté d’expression, nous sommes confrontés à ceux qu’il appelle les « prescripteurs de la marchandise pornographique »[69] : les freudo-marxistes Wilhelm Reich[70] et Herbert Marcuse[71], des surréalistes comme André Breton[72], des mouvements libertaires comme la Beat Generation[73], le mouvement yippie[74], le Living Theatre[75], de grands écrivains comme Henry Miller[76] ou Paul Eluard[77], un penseur sceptique comme Ruwen Ogien[78], etc.
Le journaliste français Jacky Goldberg célèbre le philosophe belge Laurent de Sutter[79] parce que, « Dans un brillant ouvrage intitulé Contre l’érotisme[80] […] », cet auteur qui a écrit précédemment, toujours selon le journaliste, « l’indispensable Pornostars, fragments d’une métaphysique du X[81], renverse heureusement quelques fausses valeurs et redit la noblesse de la pornographie.
Par une suite logique d’aphorismes, étayés par une argumentation claire et vigoureuse, il dit que l’érotisme, grande affaire du temps présent, est une prison pour la jouissance.
L’idéologie hédoniste contemporaine, à la suite de la « révolution sexuelle », n’a cessé d’assimiler la vie à celle des organes génitaux, et c’est l’érotisme – et non la pornographie, jugée impie – qui s’est chargé de la régenter, d’en régler les modalités, d’en exclure les pratiques par trop malsaines (pédophilie, zoophilie…).
Si la pornographie est rejetée par cette idéologie majoritaire et conservatrice (tout en étendant, paradoxalement, son emprise sur le monde réel), c’est qu’elle est une jouissance pure, sans objet, un formidable gaspillage d’énergie détaché de l’ordre naturel des choses.
Le pornographe, nous dit Sutter, est un collectionneur insatiable et égoïste, un esthète ayant bien compris que la sexualité était une pure construction mentale sans limite.
Un principe de liberté qu’il convient ici de célébrer, sans fausse pudeur ni boniments. »[82]
Jean-Claude Guillebaud, épingle des personnalités comme le milliardaire américain Larry Flint, le « roi du porno »[83], Beate Uhse[84], qui a vendu des articles érotiques et sexuels par correspondance et est connue par près de 98% des Allemands.
Guillebaud dénonce aussi tout le courant libéral-libertarien qui « ne voit plus dans la liberté, y compris sexuelle, qu’une forme d’adaptation au grand marché ». [85]
Des féministes à la rescousse
Au point de vue de la réalisation, ce sont principalement des femmes qui ont donné au cinéma X une estampille progressiste et féministe, balayant du même coup les accusations portées habituellement contre ces spectacles réputés simplistes et machistes.
Virginie Despentes[86], jeune prostituée marginale, se fait connaître en publiant, en 1994, Baise-moi[87] qu’elle portera au cinéma en 2000[88]. Le livre et le film auront les honneurs de la presse, de Canal+ et du très sérieux journal Le Monde [89]. Leur réputation est liée au scandale qu’ils provoquent car sur le plan purement cinématographique, notamment, le film déçoit.
Certains journaux saluent la fidélité du film au roman, mais, pour ne retenir que les critiques de la presse dite de « gauche », nous constatons que le Nouvel observateur écrit que ce film est « porté davantage par la brutalité du jeu de ses interprètes que par une satisfaction de soi dont on perçoit mal les raisons.
À supporter, en effet, mais personne n’y est obligé. » Libération est plus sévère : « Baise-moi […] n’est le manifeste de rien.
C’est peut-être ça qui est le plus frappant, déroutant et éventuellement séduisant dans ce film par ailleurs aussi malaimable que malpoli. » L’Humanité conclut : « Baise-moi de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi, visait le X et atteint à peine le Z. » Sur d’autres supports on lit encore : film « consternant de provocation gratuite et d’ennui » (Les Echos), « œuvre inepte » (Positif), « film salement tourné [qui] nous inflige un folklore sex-drug-rock’n’roll qui s’étouffe à chaque instant dans sa propre rage » (Première). Virginie Despentes persiste : dans une interview, elle salue la publication par Wild Side Video de films porno japonais et américains : « C’est une excellente idée d’éditer les grands classiques du porno comme des films à part entière ». Elle ajoute : « Je dois être voyeuse parce que tout ce qui relève de la représentation du sexe me passionne.
J’aimerais bien réaliser un porno.
Un truc lesbien, sans aucun mec, plutôt futuriste, brutal dans l’imagerie et avec une complaisance inouïe dans les scènes de sexe.
Le tout avec beaucoup de plaisir. »[90] Annonçant la sortie du film Baise-moi sur les grands écrans, en Belgique, en juillet 2000, le journaliste du Soir illustré écrira : « Il semble que le succès de Despentes soit en partie dû au plaisir potache de nombreux présentateurs radio ou télé de pouvoir dire « baise-moi » à l’antenne ».[91] Le magazine y reviendra huit jours plus tard : « Tabous explosés, ni barrière, ni interdit.
C’est bon pour la pub.
Peut-être pas pour le cinéma ».[92] Il n’empêche, Virginie Despentes enchaînera les succès avec ses romans[93], ses essais, ses adaptations cinématographiques, elle accumulera les prix littéraires, sera jurée du Prix Femina en 2015 et membre de l’Académie Goncourt de 2016 à 2020. Elle est le porte-parole écouté de toutes les luttes féministes, attachée à détruire tous les tabous, à oser toutes les transgressions.
Son œuvre est l’objet d’études universitaires[94].
Bien avant Virginie Despentes, Catherine Breillat, née en 1948, avait publié en 1968 L’homme facile, roman interdit aux moins de 18 ans.
En 1972, elle joue dans le film de Bernardo Bertolucci, Le dernier tango à Paris, classé X[95]. En 1975, elle réalise un film, Une vraie jeune fille, à partir de son roman éponyme.
Le film qui contient des scènes pornographiques ne sortira qu’en 1999. En 1988, elle met en scène un autre de ses romans, 36 Fillette, qui présente la relation entre une fille de 14 ans séduite par un homme de 40 ans[96]. Le succès ne viendra qu’avec Parfait amour ! en 1996, sur les violences conjugales et Romance, en 1999, où une femme frustrée sexuellement et émotionnellement multiplie les aventures éphémères avant de s’engager dans une relation sadomasochiste avec un homme plus âgé. On peut encore signaler parmi les nombreux films qu’elle a réalisés ou scénarisés : Anatomie de l’enfer, en 2004, où une femme suicidaire paie un homme homosexuel[97] durant 4 nuits pour qu’il regarde « sans passion » son sexe ouvert où il introduit des objets divers.
C’est un film « très cru » où Breillat « déverse un bain d’acide sur les pouvoirs -politiques, moraux, religieux - qui, selon la cinéaste, asservissent et conditionnent les femmes ». Un film dérangeant mais, dit Catherine Breillat, « quand ça embête les gens à ce point, il faut faire les films.
C’est que le boulot se situe là. »[98] Bref, plutôt que l’érotisme ou même l’érotisme cochon, Catherine Breillat dira qu’elle préfère « la pornographie car [elle] préfère le cru au cuit. »[99] Quant aux tabous, « c’est fait pour être transgressé ! », ajoute-t-elle.[100] Dans une autre interview, elle affirmera : « L’érotisme, c’est l’humiliation totale de la femme.
L’idée que c’est acceptable, car joli.
La pornographie, c’est laid, moi je préfère le laid. »[101] On ne sera pas étonné d’apprendre que son œuvre a fait l’objet comme celle de Virginie Despentes, d’études approfondies et positives ni qu’elle fut nommée commandeur dans l’ordre des Arts et des Lettres en 2014[102].
Plus près de nous, Ovidie[103], née en 1980, va aussi se distinguer dans la pornographie féministe pour « déculpabiliser les femmes vis-à-vis de leur corps afin qu’elles cessent d’avoir peur de leur désir »[104]. Actrice puis réalisatrice de films pornos qu’elle considère comme un outil de libération des femmes.
Elle est considérée comme « l’intello du X »[105] puisqu’elle obtiendra un doctorat en Lettres et Etudes filmiques en 2020 et sera chargée de cours à l’Université de Limoges[106]. Elle multiplie les documentaires d’éducation sexuelle pour adultes tout en militant contre l’exposition précoce des enfants à la pornographie.
Elle est aussi l’auteur d’un manifeste intitulé Porno Manifesto édité en 2002 chez Flammarion puis par La Musardine en format poche en 2004. Elle lutte contre la censure, l’homophobie, l’islamophobie, pour le végétarisme et le végétalisme, pour la visibilité médiatique des minorités dans les questions des rapports de genre et de sexualités et ceci dans le cadre du Conseil de l’Europe.
Titulaire de nombreuses distinctions comme actrice ou réalisatrice, plusieurs de ses œuvres seront diffusées sur Canal+, Arte ou encore France2.[107]
L’audience accordée à ces militantes[108] sur de grands médias tend à débarrasser la pornographie de sa réputation sulfureuse et, à la limite, de la présenter comme un bien à condition, comme le souligne Ovidie, qu’elle soit éthique, contrôlée socialement et sanitairement.[109]
Aux États-Unis également, les années 80 ont vu apparaître un mouvement féministe pro-sexe militant pour une pornographie qui donne la première place aux désirs et aux fantasmes féminins en vue d’une libération sexuelle des femmes, qui rompe avec la phallocratie traditionnelle.
Le mouvement est lancé à l’époque par une journaliste, essayiste et critique musicale, Ellen Willis[110] opposée à la condamnation de la pornographie, qui a enseigné à l’université de new York et dont les œuvres qui retracent, entre autres, l’histoire du féminisme depuis les années 60, ont été publiées par la Wesleyan University Press et par l’University of Minnesota Press.
Elle s’oppose à la condamnation de la pornographie.
En même temps vont apparaître des réalisatrices ou productrices comme Maria Beatty[111] qui joue aussi parfois dans ses propres films où abondent les scènes sadomasochistes, lesbiennes ou encore fétichistes.
On peut encore citer Nina Hartley[112], actrice et réalisatrice bisexuelle, auteur aussi de vidéos d’éducation sexuelle qui non seulement présentent l’union sexuelle classique mais aussi la sodomie et autres pratiques marginales.
Candida Royalle[113] actrice et réalisatrice porno également a fondé une société de production Femmes Films dont le succès est dû à la recherche artistique dans la manière de jouer et filmer une relation sexuelle.
De nombreux essais parfois universitaires ont été consacrés à cette pornographie féministe qui cherche, à travers ses œuvres, une révolution à la fois personnelle, sociale et politique.[114]
Julie Lavigne, historienne de l’art, professeur au département de sexologie de l’Université du Québec à Montréal et membre du Réseau québécois en études féministes a publié une étude très savante[115] sur « l’art féministe » et plus particulièrement sur ce qu’elle appelle la « métapornographie » qui est une autre forme de pornographie.
Elle s’attaque à la distinction courante entre l’érotisme, acceptable, artistique et la pornographie, populaire et sans valeur.
Pour Julie Lavigne les deux notions ne sont pas opposées mais impliquées : « la pornographie est toujours de nature érotique, alors que l’érotisme n’est pas nécessairement […] pornographique. »[116] Influencée par les analyses de Georges Bataille[117], elle considère l’érotisme comme une transgression des interdits qui seule peut donner du plaisir.
Elle légitime la pornographie, loin de ses incarnations phallocratiques et commerciales, en valorisant le travail de quelques artistes féministes, plasticiennes, actrices, productrices qui n’hésitent pas à se mettre en scène et à utiliser leur corps comme un matériau d’expression parmi d’autres.
L’Américaine Carolee Schneemann [118], par exemple, dans un spectacle où elle apparaît nue, déroule un texte inséré dans son vagin et lit le manifeste féministe qui y était écrit ou bien encore présente son corps inséré parmi d’autres expressions ou objets.
La Suissesse Pipilotti Rist[121] utilise son corps pour contester les attributions sociales traditionnelles.
Une autre Américaine, Annie Sprinkle[122], actrice et réalisatrice porno, docteur en sexologie, anime des ateliers sur l’éjaculation féminine.
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Quant à l’artiste Sud-Africaine Marlene Dumas[124], ce sont ses dessins et peintures qui ont retenu l’attention de Julie Lavigne : elle interroge le corps souvent à partir de photographies.
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La « métapornographie » qu’elles illustrent, où le « mâle » est souvent absent peut apparaître comme « une critique de la pornographie par elle-même »[126], ou plutôt, dirais-je, comme une critique de la pornographie traditionnelle par une autre forme de pornographie.
Selon l’expression employée par Carolee Schneemann, ces artistes s’intéressent particulièrement, comme dans l’art paléolithique et comme on le constate sur les images jointes, à « l’espace vulvique ».[127]
En Belgique, le Collectif contre les violences familiales et l’exclusion a publié, en 2019, une étude[128] qui va dans le même sens.
L’auteur déplore l’exploitation des acteurs et actrices : « surtout les femmes, contraintes à des performances de plus en plus douloureuses, humiliantes, « hard » ». Contrairement aux abolitionnistes et convaincue du « pouvoir performatif des représentations comme leviers de changement du réel », elle estime, en citant Ovidie qu’il serait « suicidaire [pour les femmes] de laisser la pornographie uniquement aux mains des hommes » car il y a là « un potentiel instrument de libération […] une possibilité de combattre la misogynie sur son propre terrain. »[129] Le porno féministe, continue la militante, « est une des voies pour libérer les femmes des normes de la « féminité » auxquelles la société patriarcale les a assignées ». Non seulement, ce « média » est un « transport de plaisir, voire de désirs » mais, en plus, la sexualité qui touche à l’intime « rejoint aussi le collectif, le politique » notamment « par son rapport aux droits : droits sexuels, mais également -dans le cas des publics LGBTI…- droits des minorités ! ». La volonté du CVFE est bien de « participer à « décoloniser » les représentations du corps et des sexualités de ce que la société définit comme « femmes » et de leurs partenaires potententiel.le.s. ».
Toutes ces femmes, parce que femmes, intellectuelles et parfois universitaires cherchent à casser l’image machiste, voire misogyne, de la pornographie traditionnelle mais, d’une manière générale, elles présentent la pornographie, leur pornographie, comme un lieu d’émancipation, de liberté, d’égalité et d’expression artistique.[130] D’une manière générale, d’ailleurs, beaucoup considèrent que « les visibilités artistiques données aux corps sexués et sexuels, quelles que soient les formes des sexualités exposées ou suggérées, présentent ce qui échappe aux lois restrictives d’un État. »[131]
Les magazines de « charme »
Il ne faut pas non plus négliger l’influence de magazines dits de charme. Le plus vendu dans le monde est Playboy, lancé dès 1955 avec des photos de nus relativement sages. Mais le magazine va bientôt être concurrencé par Penthouse en 1965 puis par Hustler du célèbre Larry Flynt en 1974. La concurrence va pousser ces magazines à publier un contenu de plus en plus osé qui va évoluer vers une pornographie « hard ». Les millions d’exemplaires vendus dans le monde vont contribuer à banaliser des images de plus en plus osées. Il y aura une édition française de Playboy à côté de deux produits « locaux »déclare : Lui créé en 1964 et Absolu qui fut racheté en 1974 par le chanteur Claude François qui y publia des photos de filles dénudées et parfois mineures. Menacé de poursuites, il revendit le magazine en 1976.[132] On peut encore citer Domina ou encore Démonia, revues de sado-masochisme.[133]
Quand la pornographie échappe au label X…
En 1974, sort, dans les grandes salles, Emmanuelle de Just Jaeckin, film considéré simplement comme érotique car les relations sexuelles sont suggérées.
Le film suit une femme à la recherche du plaisir le plus intense à travers la masturbation et les relations homosexuelles et hétérosexuelles.
Le film eut un succès tel qu’il fut suivi de toute une série d’autres mettant en scène le même personnage.[134]
L’année suivante, le même Just Jaeckin réalise Histoire d’O. O est une jeune femme qui devient librement l’esclave de son amant qui la livre ensuite à un autre homme qui la marque au fer rouge et lui impose des relations sado-masochistes[135] qui épanouissent la jeune femme.
Un critique écrira à propos du roman de Pauline Réage qui a inspiré le réalisateur que Pauline Réage, « au travers de ce thème véridique, ne fait qu’aborder avec beaucoup de courage et de sincérité un sujet tabou dont beaucoup de femmes et d’hommes rêvent secrètement mais qui ne sont pour eux que des plaisirs inaccessibles. »[136]
Ces films introduisent dans le grand public le goût du spectacle « osé ».
Un autre appui vient du cinéma « classique » lui-même.
De grands réalisateurs insèrent souvent dans leurs films des scènes que l’on pourrait qualifier de pornographiques[137] si ce n’est qu’il ne s’agit la plupart du temps que de simulations dans la mesure où le spectateur n’a jamais le « preuve » d’une relation réelle.
Nous analyserons ces « simulations » dans un chapitre ultérieur.
La pédophilie et l’inceste, au cœur de l’œuvre très célèbre de Valdimir Nabokov[138], n’ont pas dérangé Stanley Kubrick (1962) et Adrian Lyne (1997) qui se sont emparé de son personnage de Lolita. Dans le roman, Lolita a 12 ans.
Par prudence, Kubrick embaucha une actrice de 16 ans mais Nabokov regretta que son personnage qu’il présente comme une victime soit devenue au cinéma une « séductrice hypersexualisée ». L’actrice choisie par Lyne avait 15 ans.
Ces versions cinématographiques ont tellement popularisé le personnage de Lolita que ce prénom est devenu un nom commun qui désigne une fillette aguicheuse, objet des fantasmes de l’homme adulte.
Louis Malle, après avoir abordé, en 1971, avec complaisance, le thème de l’inceste dans Le Souffle au cœur, réalisa, en 1978, La petite, jeune prostituée incarnée par une actrice de 12 ans qui apparaîtra nue.
Tous ces films sont accusés d’avoir banalisé et même idéalisé la pédophilie.
En 2013, au Festival de Cannes, la palme d’Or a été attribuée à « La vie d’Adèle » d’Abdellatif Kechiche.
Un critique écrit que « Les scènes de sexe particulièrement appuyées de « La vie d’Adèle » - qui ont rendu mal à l’aise les comédiennes elles-mêmes - interdisent qu’on le veuille ou non de rendre accessoire la dimension saphique du film. »[141]
La pornographie est même devenue un sujet de séries et de films.
Dans les années 70 déjà, la série américaine The Deuce de David Simon avait rencontré un vif succès.
Plus récemment, à partir de 2021, c’est la série espagnole Sky rojo d’Alex Pina qui se plaît à décrire le monde de la pornographie.
Certes, les réalisateurs ne cachent pas la dureté de cet univers violent et « machiste » qui pousse normalement le spectateur à prendre parti pour les femmes exploitées mais il n’empêche que certaines scènes peuvent être très dérangeantes comme c’est le cas dans le film suédois Pleasure de Ninja Thyberg, en 2021, qui veut apporter un regard féminin sur le sujet en mettant en scène une jeune suédoise de 20 ans qui arrive à Los Angeles avec comme intention de devenir une star du porno.
Et, de son propre aveu, ce n’est pas l’argent mais le plaisir qui la motive.[142] L’ambigüité du propos, déjà illustrée sur l’affiche très suggestive,
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est présente toute la durée du film qui associe une actrice « classique » qui incarne Bella, le personnage central, et de véritables acteurs et actrices pornos de même qu’un authentique patron d’une agence porno qui a la réputation de rassembler l’élite du cinéma porno.[144] Même si « la réalisatrice Ninja Thyberg a choisi d’exposer ces scènes de sexe de manière brute, crue et parfois frontale, jusqu’à l’écœurement, à l’image de la réalité de ce milieu qui ne prend pas de pincettes avec le corps des femmes, alors que celui-ci demeure l’objet principal de son fonds de commerce »[145], elle déclare néanmoins : « je ne critique pas le porno, mais le patriarcat et le capitalisme, deux systèmes d’exploitation. Et ce rêve américain qui prétend qu’un individu peut travailler dur pour arriver au sommet, en écrasant les autres pour y parvenir. Les problèmes de Bella ne sont pas liés au porno, mais au fait que le système soit régi par des hommes. C’est plus une question de pouvoir. » Féministe déclarée, elle ajoute : « c’est très important de voir d’autres types de porno si on veut que les choses changent pour un mieux. » Et justifiant l’esthétique très colorée du film, elle explique que « dans ce champ du travail sexuel, la réalité n’est pas grise, sale. Elle peut être claire, rose, pétillante, tout en étant crue et brutale. Cela ne s’oppose pas. »[146] Il n’empêche que dans le film, « la mentalité masculine d’avilissement prend le dessus chez l’héroïne »[147]. En effet, pour arriver au sommet, Bella trahit sa meilleure amie victime du harcèlement d’un acteur porno. De plus, après avoir accepté la plus douloureuse des expériences pornographiques, c’est-à-dire une double pénétration anale, elle est enfin confrontée à Ava considérée comme la reine du porno. Bella atteint son but. Elle est assise à côté d’Ava dans la voiture luxueuse qui les amène au plateau de tournage. Elle est enfin à égalité avec celle qu’elle considérait comme la meilleure. Mais Bella ne va pas s’arrêter là. Durant le tournage, alors qu’elle devait être la victime dans une scène lesbienne, un concours de circonstances inverse le rapport de force. Affublée d’un godemichet, Bella soumet avec rage Ava à ses exigences.[148]
L’ampleur de la vague pornographique finit par déborder en politique.
En Italie, Ilona Staller[149], surnommée la Cicciolina, actrice pornographique fut, en 1975, la candidate officielle de la Lista del sole, premier parti vert puis, en 1985, elle passe au Partito radicale et est élue comme députée du Latium au parlement.
Elle y milita pour la liberté sexuelle, contre le nucléaire et la guerre tout en continuant à tourner des films X. En 1991, elle abandonna le cinéma pornographique mais n’abandonna pas le combat politique.
Elle fonda son propre parti : DNA (Démocratie, nature, Amour) sans succès mais sans cesser de prôner la liberté sexuelle, l’éducation sexuelle, la dépénalisation des drogues, s’opposant à toute forme de censure ou de violence envers les hommes ou les animaux.
Sa consœur en pornographie Moanna Pozzi[150] a pris la tête, en 1992, du Parti de l’amour, pour la légalisation des maisons closes, une meilleure éducation sexuelle et la création de « parcs de l’amour ». Ce parti eut la même audience que les autres partis.
Pozzi ne fut pas élue mais la presse nationale et internationale appâtée par la personnalité sulfureuse de Moanna Pozzi accrut sa réputation.
Après sa mort prématurée, un musée en ligne lui fut consacré, de même que des films et même une minisérie télévisée.
Il y a mieux : en France, la pornographie eut le soutien de l’ancien ministre de la Culture Jack Lang[151]. En 1992 sur la radio NRJ, il déclara à propos du livre Sex [152] de la chanteuse Madonna[153] : « De nos jours, sur les murs, à la télévision, tous les sujets sont exposés, tous les tabous sont bousculés.
Pourquoi s’offusquerait-on de ce livre ou d’un aspect de l’œuvre de Madonna ? Je n’ai pas lu ce livre, mais je suis de toute façon contre toutes les formes de censure.
Madonna parle cru, c’est sa manière d’être et je la respecte.
Tout ce qui est pudibonderie m’énerve un peu. » Le même ministre déclara sur Europe 1 : « C’est une forme d’art comme une autre, et il faudrait la développer ». Il a donné aussi des interviews à la revue homosexuelle Gai Pied Hebdo qui, paraît-il, a fait subtilement « la promotion de la pédophilie »[154].
En 2014, le premier ministre français Manuel Valls a apporté son soutien et sa solidarité à l’artiste Paul McCarthy, dont l’œuvre intitulée « The Tree » (l’arbre) qui représentait un énorme sex toy, avait été vandalisée place Vendôme à Paris.[155]
Il ne faut donc pas s’étonner si les journaux, magazines, chaînes de télévision sont parfois complaisants vis-à-vis de la pornographie. La Libre Belgique, quotidien catholique à l’origine, reconnaît que dans le film Pleasure, bien des scènes sont « choquantes, à la limite du supportable parfois, mais qu’il faut pouvoir regarder en face pour appréhender la réalité d’un « divertissement » qui repose quasi exclusivement sur l’exploitation du corps de la femme au nom du profit ». [156] Le journal consacre deux pages entières à ce film et lui accorde 3 étoiles (sur quatre)[157].
De son côté presque toute la presse française n’a que louanges à formuler à propos de ce film, à part les très spécialisés Cahiers du cinéma qui dénoncent un « féminisme de façade [qui] finit par se dissoudre. »[158] et Marianne, hebdomadaire classé plutôt à gauche, qui accuse le film de se distinguer « avant tout par sa complaisance » et classe le film dans « les 5 plus mauvais films qui ont flirté avec le porno ».[159] Commentant la présence de films pornos sur AB4 ou Be TV, le magazine Moustique titre : Le porno à la télé, c’est meilleur [160]. Le même article signale aussi que « chez Belgacom […] l’abonnement à un bouquet de quatre chaînes adultes revient à 14, 95 euros pour un mois entier, alors que la location pour quelques heures d’un seul film […] coûtera 6 euros ». L’auteur de l’article conclut : « Pour les amateurs de pornographie, la télévision reste donc la meilleure tentatrice. »
Quant aux sex toys, ils semblent devenus des objets aussi banals que les appareils électroménagers.
Le 19 janvier 2021, le très sérieux (?) journal Le Monde dans ses guides d’achat soin et bien-être analyse « les meilleurs sex toys pour le clitoris »[161]. Plus pragmatique, la RTBF, le 19 décembre 2021, publie : « Sextoy : comment en prendre soin et comment le laver ? »[162].
Les magazines féminins classiques banalisent certaines pratiques…
Sur le seul mois d’août 1996, Le canard enchaîné relevait des articles très éclairants sur la vie sexuelle. Marie-Claire proposait « Le guide des gestes sensuels » ; Cosmopolitan demandait à ses lectrices : « Avez-vous déjà flâné dans un sex shop ? Fait l’amour à trois ? Offert le Kama Sutra à un garçon ? Enregistré un film porno ? Fait l’amour avec une fille ? » ; Biba présentait des « plans hot qui marchent », le « godemiché fluorescent » ou encore les « boules de geishas » ; Réponse à tout.
Santé proposait « le septième ciel en six leçons ».[163]
Du temps où ils existaient, les magazines Femme et Isa ou encore Jeune et Jolie et 20 ans, destinés aux adolescentes, développaient aussi la nouvelle « rhétorique amoureuse » axée sur le sexe et souvent dans un langage cru.[164]
La revue Femme actuelle, aujourd’hui le magazine hebdomadaire féminin le plus vendu en France[165], accessible aussi sur Internet[166] avec une audience estimée, en 2021, à 2.608.000 personnes[167], offre régulièrement une rubrique « Jouir » où l’on peut apprendre avec quelles positions et en quels lieux on peut avoir le plus de plaisir.
On y découvrira l’orgasme mammaire, comment « booster » le plaisir (23 mai 2018), comment une femme peut se masturber sans les mains, ou comment réussir une masturbation classique (18 juin 2021) et comment pratiquer la « gorge profonde » (1er mars 2016) ou une fellation classique (22 et 23 octobre 2018), etc.
Rappelons-nous aussi le succès des sex-toys évoqué plus haut.
Quelle que soit la forme, ces magazines ont régulièrement des articles consacrés au sexe.
Le magazine « en ligne » aufeminin, détenu par le groupe TF1, expliqua, en 2019 (29/10), à ses lectrices comment pratiquer le candaulisme (du nom du roi Candaule) appelé aussi cuckolding qui consiste à prendre du plaisir en regardant son conjoint faire l’amour avec quelqu’un d’autre.
Et le magazine renvoie à quelques sites spécialisés…
Ainsi se vulgarise la pornographie…
Ajoutez à cela le langage qui ne craint plus aujourd’hui le vocabulaire cru, véhiculé aussi par la chanson : « On ne mesure pas à quel point cette apparition des expressions rares ou extrêmes dans l’ordinaire a pu transformer la sensibilité, ce qu’elle signifie en termes de perte de la sensibilité aux mots. » [168]
On assiste ainsi à une « biologisation du sexuel », d’un sexuel individuel, solitaire qui cherche l’autosatisfaction et qui vide l’amour, si l’on peut encore employer ce mot, de toute sentimentalité comme Roland Barthes le constatait déjà en 1977 : « Discréditée par l’opinion moderne, la sentimentalité de l’amour doit être assumée par le sujet amoureux comme une transgression forte qui laisse seul et exposé; par un renversement de valeurs, c’est donc cette sentimentalité qui fait aujourd’hui l’obscène de l’amour. »[169] Diagnostic confirmé par Pierre Legendre qui constate qu’on renonce désormais à « nouer ensemble le biologique, le social et l’inconscient subjectif » alors que cette conjonction « constituait l’homme comme homme et pas uniquement comme viande vivante. »[170]
Et même la bande dessinée[171] s’est encanaillée…
Dans ce genre que l’on pensait, à tort, destiné aux jeunes, la « révolution culturelle » de la deuxième moitié du XXe siècle a changé la donne.[172] Dans les années 30 aux États-Unis, les dessinateurs risquent des pointes d’érotisme ou abordent carrément la pornographie dans les « eight pagers »[173] qui se diffusent sous le manteau et rencontrent un grand succès.
Toutefois, dans les années 60-70, bien des dessinateurs veulent libérer les jeunes du carcan imposé par « la faucille et le goupillon »[174] c’est-à-dire par le moralisme communiste et l’Eglise.
Il faut ouvrir aux jeunes « les portes d’un épanouissement sain et dynamique »[175]. Et l’auteur se fait lyrique : « Faire partager aux autres ses phantasmes, ses angoisses, ses hallucinations, sa réalité, etc., quelle mission/activité plus noble ? plus enrichissante ? plus enviable ? Et ce, quels que soient le support ou les moyens ! Echanger/communiquer sa vérité « à poil » (intérieure/subjective), c’est absorber un peu de la vérité de l’autre ».[176] On l’a deviné, toute censure ou même auto-censure est injustifiable.
D’une part, « il n’y a pas les dessinateurs de culs et les autres, il y a le torrent de la vie qui plonge l’un à droite, l’autre à gauche, hors de toute véhémence ou théorème.
Facilité et talent peuvent gicler de la même source avec la même force ». En clair, il n’y a pas de différence « entre Delacroix et Goya, Goscinny et Crepax ».[177] D’autre part, « Entre enfer et paradis, l’homme existe avec ses plages de fantasmes, ses pulsions sexuelles, ses débords, ses inhibitions et ses castrations, ses envies d’actes parfois morbides, en bref cette part d’horreur/sexe que chacun porte en soi mais qu’il se refuse à avouer publiquement. »[178] Il s’agit donc de « décadenasser les consciences ». Quelles que soient les perversions montrées, « par-delà ces tortures ou ces scènes de bondage, existe l’extase suprême, sourd la vraie vie, la seule potable et acceptable. »[179]
De propos délibéré, certains dessinateurs vont forcer la censure des éditeurs de bandes dessinées pour les jeunes.
Ainsi, Jacques Martin[180], créateur d’Alix (1948) et de Lefranc (1952) a piégé l’éditeur du journal Tintin qui ne voulait pas de nudité féminine.
Tout d’abord en 1978, volontairement en retard, il apporta directement à l’imprimerie les deux dernières planches de l’album Les proies du volcan (16e aventure d’Alix) où il présenta le personnage de Malua seins nus.[181] En 1983, dans La crypte, c’est Julia Manfredi qui accompagne Lefranc dans son enquête qui paraît torse nu pour détourner l’attention des policiers.
Inutile de préciser qu’on ne compte plus aujourd’hui non seulement les créateurs de bandes dessinées dites pour adultes[182] qui jouent avec le sexe mais aussi les bandes dessinées réputées pour les plus jeunes qui, sous une forme ou une autre, ne le cachent pas.
Il faut encore ajouter que le dessin permet plus de fantaisies que le cinéma peut en offrir.
Le dessin n’est pas limité par la réalité. Il peut montrer ce que la caméra ne peut explorer et ce que les acteurs ne peuvent réaliser.
Il est donc plus libre et, partant, plus audacieux.
Par ailleurs, « à la différence du déroulement ininterrompu que la télévision et le cinéma imposent à la conscience, la bande dessinée offre au regard une succession qui peut à volonté être déchiffrée comme un enchaînement ou comme une juxtaposition.
Le lecteur peut soit s’y laisser entraîner au rythme imposé par l’auteur, soit au contraire choisir d’en privilégier les détails et les mises en scène correspondant à ses propres goûts. » De ce fait, « seule la B.D. offre à son spectateur la possibilité de retourner en arrière ou d’accélérer sa lecture pour le seul plaisir d’opérer un rapprochement visuel, de vérifier une réminiscence ou de contempler à plusieurs reprises le déroulement d’une même séquence.
Cette capacité du regard de « s’arrêter » sur une image sans pour autant connaître la raison de cette insistance et encore moins éprouver le désir de la comprendre évoque une caractéristique essentielle de la conscience, la possibilité de « fixer » une image intérieure. »[183]
Bref.
Après ce tour d’horizon dans la culture contemporaine, il nous faut constater que, dans l’absence presque totale de cadre légal[184], la pornographie, souvent décriée mais aisément accessible à tous, est devenue, pour beaucoup, un genre cinématographique ou graphique parmi d’autres, qui a contribué à rendre obsolètes les revues qu’on se glissait jadis sous le manteau et les salles spécialisées classiques où l’on entrait discrètement.
La pornographie apparaît comme un instrument de contestation de l’ordre établi et de toute forme de puritanisme, un objet culturel « qui définit la vie bonne [185] par la référence constante à la jeunesse et à la transgression des vieilles morales rigides ».[186]
Nous avons aussi entendu quelques voix s’élever en faveur d’un porno plus féminin qui en finisse avec la dictature des mâles ou, du moins, qui soit mieux encadré légalement pour garantir de meilleures conditions de travail.
Notre esprit critique doit-il s’arrêter là ?
Au terme de son parcours tendant à montrer que la pornographie est un « phénomène historique et culturel », l’auteur conclut : « C’est tout l’intérêt de la démarche historienne que de mettre en perspective les questionnements les plus contemporains, d’en retracer la généalogie. La pornographie est un bon exemple de l’historicité essentielle des phénomènes humains. Le mot apparaît dans l’Antiquité, disparaît avec le Moyen Age chrétien, réapparaît au siècle des Lumières et désigne jusqu’à nos jours des réalités diverses dans une même séquence temporelle et changeantes sur plusieurs séquences, du simple nu à la monstration close-up de l’acte sexuel. Pour autant, le scandale ou, pour le dire autrement, l’écart à la morale moyenne que constitue la représentation du corps et de ses gestes les plus intimes, est une constante de la civilisation occidentale comme le démontre, aussi, une histoire culturelle de la pornographie. »
Dans le monde, le marché des sex toys vaudrait 22 milliards de dollars, d’après Cyril Garrech-Casanova, rédacteur en chef de economyando.com. Ce marché s’adresse principalement aux femmes et à leur plaisir. Cf. : https://www.letribunaldunet.fr/sexy/technologie-plaisir-sextoys-2019.html
Ce dernier document rapporte que la pornographie rapporterait chaque année aux Etats-Unis 100 milliards de dollars. En décembre 2018, le « site de divertissement pour adultes » (sic), Pornhub, a avoué « 33,5 milliards de visites en un an, en sachant qu’il y avait cette même année 7,5 milliards de personnes sur Terre. C’est un chiffre en hausse comparé à l’année précédente : + 5 milliards entre 2017 et 2018. Par jour, cela représente 95 millions de visites. » Il ne faut pas oublier que « l’industrie du sexe touche de multiples de secteurs d’activité tels que la production, la commercialisation de produits sur Internet ou dans des sex shops. Mais aussi, les établissements de strip tease ou d’échangisme ». En France, la société Dorcel a lancé une plateforme de vidéo à la demande, trois chaînes de télévision, des boutiques, un magazine, un portail à destination des femmes, et même un système de financement participatif.
Cf. https://domicile-emploi.net/annonces/41829-s-exhiber-sur-internet-et-gagner-de-l-argentvenir-animatrice-cam.com
Brigitte Lahaie (née en 1955), actrice pornographique de 1976 à 1980, publie, en 1987, une autobiographie, Moi, la scandaleuse (Filipacchi ; republié en édition de poche chez J’ai lu), ce qui lui valut d’être invitée le 27 mars 1987 par Bernard Pivot dans l’émission Apostrophes. Elle est aussi l’auteur de romans érotiques et divers essais sur la sexualité. Elle anima des émissions de radio sur des questions de sexualité et aussi des émissions sur la chaîne pornographique XXL. Elle eut une émission quotidienne sur Radio Monte-Carlo, toujours sur la sexualité. En 2007, elle publie chez Flammarion avec le Père Patrice Gourrier Parlez-nous d’amour, Deux regards sur le couple, le désir et la sexualité. Le Père Gourrier est né en 1960, psychologue clinicien, il a publié de nombreux ouvrages. Il a été nommé missionnaire de la Miséricorde par le pape François en 2016. En janvier 2018 avec une centaine de femmes, elle signe dans Le Monde un article pour s’opposer aux mouvements MeToo ou BalanceTonPorc qui dénoncent le viol, l’agression sexuelle ou le harcèlement dont les femmes sont victimes. Dans cet esprit, elle déclare ailleurs : « On peut jouir lors d’un viol » (Huffington Post, 11 janvier 2018), propos qui fit scandale.
Bien d’autres femmes étaleront leurs expériences sexuelles dans des livres: Catherine Cusset (Jouir), Alice Massat (Le Ministère de l’Intérieur), Catherine Millet (La vie sexuelle de Catherine M.), Anna Rozen (Plaisir d’offrir, joie de recevoir), Christine Angot (L’inceste, Une semaine de vacances), Benoîte Groult (Les vaisseaux du coeur), Alina Reyes (Le boucher), Françoise Rey (La femme de papier), Annie Ernaux (Passion simple), et bien d’autres, adeptes de « l’hyperréalisme gynécologique » (Cf. DELEU Xavier, op. cit., pp. 43-48).
N.B. Il est dommage que l’analyse très fouillée et bien documentée réalisée par l’association FFPM manque ici et là de références.



